Société

Les leçons de Lalla Mimouna

le 24 juin 2020


L’affaire de la découverte la semaine passée de trois foyers d’infection du nouveau coronavirus dans la commune de Lalla Mimouna, dans le Gharb, a fait grand bruit dans notre pays.

Plus de 700 cas ont, en effet, été détectés, dans des usines de traitement de fruits rouges et les champs avenants, chez des ouvrières agricoles.

Cette catastrophe a été rapidement circonscrite grâce à la diligence des autorités qui ont imposé des mesures strictes de confinement dans les communes concernées et construit en quelques heures un hôpital de campagne à Sidi Slimane pour accueillir les personnes infectées.

Mais ce cluster a produit un effet psychologique pervers au moment où les mesures de déconfinement étaient annoncées, alors que l’opinion publique commençait à croire que la pandémie était en voie de disparition dans notre pays.

Cette affaire, sans remettre en question la politique de prévention mise en pratique avec succès depuis la mi-mars et les résultats remarquables obtenus dans la lutte contre la Covid-19, projette donc une ombre malvenue, mais surtout nous indique que ce satané virus est toujours présent et qu’il est impérieux de ne pas baisser la garde, de respecter les mesures de distanciation sociale et les gestes barrières, à titre individuel.

Sur le plan collectif, elle nous enseigne que les patrons d’unités industrielles ont des devoirs impérieux de protection de leurs personnels et qu’ils assument, y compris sur le plan pénal sans nul doute, la responsabilité de la santé de leurs salariés.

Le drame de Lalla Mimouna nous conforte également dans la conviction que les autorités publiques, locales notamment, ont également la responsabilité incontournable de procéder aux contrôles rigoureux périodiques afin de s’assurer que les consignes de sécurité sanitaire sont respectées et appliquées urbi et orbi.

Chose qui, très visiblement, n’a pas été faite pour ce cluster du Gharb !

L’annonce donc de l’ouverture d’une enquête par la Gendarmerie royale afin de déterminer les causes et responsabilités de ce drame est donc aussi bienvenue qu’importante et adresse ainsi un signal très clair aux patrons des unités qui, dans divers champs d’activités, disposent d’un personnel nombreux.

Elle permet également de comprendre que les concentrations humaines mal gérées produisent la résurgence systématique du coronavirus, comme c’est le cas aujourd’hui en Allemagne notamment, à Pékin, en Corée du Sud, ou ailleurs.

Elle nous montre, de même, que la Covid-19 constituera une menace majeure tant qu’un vaccin ne sera pas administré aux populations de par le monde, ce qui, dans le meilleur des cas, ne se produira pas avant plusieurs mois…

Dans l’intervalle, il nous faudra faire preuve de vigilance et d’esprit de responsabilité, pour soi-même et pour les autres afin que le retour à la situation ante l’apparition de la pandémie soit possible dans les meilleures conditions.

En effet, au vu des énormes dégâts économiques, financiers, sociaux, que la Covid-19 a causé à notre pays, un retour au confinement généralisé serait une catastrophe majeure pour tous.

Alors que les opérateurs du tourisme plaident, à raison, pour la réouverture des frontières, le redécollage des appareils de Royal Air Maroc, le sauvetage nécessaire d’une saison déjà fort compromise, il s’agit d’éviter à tout prix un retour en arrière.

De même, des dizaines de milliers de parents, privés de l’affection de leurs enfants qui étudient à l’étranger, sont dans le droit imprescriptible de les voir revenir au sein de leurs familles dans les meilleurs délais, ce qui, bien évidemment, n’a rien à voir, dans le principe, avec le rapatriement de nos concitoyens bloqués à l’extérieur du Royaume, mais qui est tout autant légitime.

Voilà pourquoi, sans aucun doute, l’opinion publique nationale, qui a, dans sa très grande majorité, observé avec diligence les mesures préventives contre le coronavirus, attend tout à la fois que la situation d’exception se termine rapidement, mais aussi que tous les citoyens soient rétablis dans leurs droits, et notamment celui de circuler à l’intérieur et à l’extérieur du Royaume.

Pour cela, bien évidemment, il sera nécessaire que la prévention la plus stricte soit respectée dans toutes les situations sensibles, avec une surveillance étroite des éventuelles menaces que pourraient porter des activités industrielles, commerciales, sportives, religieuses, festives, ou autres.

Notre pays et notre peuple ont payé, sans rechigner, le prix de l’endiguement du coronavirus.

Ce défi majeur a été relevé avec un succès qui a fait l’admiration de tous hors de nos frontières.

Alors, de grâce, ne laissons pas certains, avides de profits et inconscients, remettre en question les sacrifices de tous !

Fahd YATA