Les grands projets structurants du Ministère de la transition numérique
Dans le cadre du programme AI Made in Morocco, et la stratégie Maroc Digital 2030, le Ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration structure une dynamique nationale visant à développer une intelligence artificielle « made in Morocco », à renforcer l’innovation endogène et à réduire la dépendance technologique vis-à-vis de l’extérieur.
Cette dynamique s’appuie sur une approche qui considère l’IA non comme un simple outil, mais comme un choix stratégique de long terme, destiné à renforcer la compétitivité, la souveraineté et la capacité du pays à déployer des solutions concrètes et mesurables au service de la société et de l’économie.
Cette orientation se décline à travers le programme AI Made in Morocco, conçu comme le cœur opérationnel de la transformation numérique. La feuille de route repose sur trois socles complémentaires.
D’abord, un socle de souveraineté et de confiance, fondé sur la construction d’un cadre de confiance et de régulation, le développement d’une infrastructure de calcul souveraine, ainsi que la mise en place d’une plateforme des communs numériques comprenant une Data Factory et une Forge logicielle nationale.
Ensuite, des moteurs d’innovation et de compétitivité qui visent à stimuler la production de solutions nationales : modèles de langage adaptés aux réalités marocaines, développement du capital humain, financement deeptech et développement territorial de l’innovation, en particulier à travers le réseau des Instituts JAZARI.
Enfin, un axe d’impact, d’adoption et de rayonnement qui s’appuie sur la coopération internationale et la diplomatie technologique, le pilotage et la mesure de la performance, ainsi que l’accompagnement au changement, afin de passer d’expérimentations isolées à des solutions déployables, utiles et évaluables.
La journée « AI Made in Morocco », organisée le 12 janvier 2026 à Rabat, a constitué un jalon déterminant dans cette trajectoire. Elle a acté le lancement de dispositifs structurants appelés à devenir des leviers centraux de développement : un réseau national de centres d’excellence en IA, les Jazari Institutes, et un laboratoire de recherche et développement en intelligence artificielle « Mistral AI & MTNRA », destiné à ancrer la R&D et les capacités de co-développement dans une logique de souveraineté, de transfert de compétences et de passage à l’échelle.
Les « Jazari Institutes » constituent l’ossature d’une innovation à base de technologies émergentes, pensée pour être ancrée dans les territoires et connectée aux besoins concrets des régions.
Le dispositif est structuré autour de JAZARI ROOT, qui assure la gouvernance et la coordination avec les instituts régionaux organisés sous forme de groupements d’intérêt public. L’ambition est de bâtir un écosystème fondé sur l’excellence scientifique, la recherche appliquée et l’innovation, en reliant universités, administrations, startups et PME autour de projets concrets en intelligence artificielle.
Le lancement officiel de « Jazari Root » a marqué l’émergence du socle institutionnel du réseau, parallèlement à la signature, le 12 janvier 2026, d’accords structurants rassemblant l’ensemble des partenaires concernés par son déploiement à l’échelle nationale.
La vocation de JAZARI est double : produire de la compétence et produire de la solution.
D’une part, les instituts ont pour mission de consolider la recherche scientifique, de stimuler l’innovation technologique et de mobiliser l’IA afin d’accélérer la digitalisation de l’administration publique tout en garantissant l’interopérabilité des systèmes.
D’autre part, ils constituent des plateformes régionales de formation, de recherche appliquée et d’innovation partagée, conçues pour faire émerger des solutions à fort impact local et national, en cohérence avec les priorités de développement.
Dans cette logique, l’innovation territoriale est un axe structurant : l’objectif est d’éviter une concentration de l’innovation dans quelques pôles et de la rapprocher des territoires, en partant de problématiques réelles et en visant le déploiement effectif.
Cette dynamique est renforcée par un effort dédié au capital humain. L’École de l’intelligence artificielle et des sciences des données joue un rôle central en assurant un pipeline continu de talents certifiés pour les secteurs public et privé.
Les formations comprennent des licences professionnelles, des masters ainsi que des programmes intensifs de type bootcamps, fondés sur l’apprentissage par la pratique.
L’école contribue également à diffuser l’expertise en IA et en data science au sein de l’administration, via des programmes de montée en compétences destinés aux cadres.
L’impact du réseau JAZARI est appelé à être suivi au moyen d’indicateurs portant sur la production scientifique, le nombre de solutions développées et déployées, la montée en compétences des talents formés et la contribution des projets aux priorités nationales et régionales, avec l’ambition de positionner JAZARI comme un véritable dispositif national d’innovation territoriale.
Parmi les annonces majeures du 12 janvier 2026 figure le lancement du laboratoire de recherche et développement en intelligence artificielle « Mistral AI & MTNRA », dans le cadre d’un mémorandum d’entente conclu entre le ministère et Mistral AI, acteur de premier plan de l’IA générative.
Ce partenariat est présenté comme stratégique à double titre : il renforce l’insertion du Maroc dans les écosystèmes mondiaux de l’innovation, tout en reposant sur une approche qui maximise la souveraineté technologique grâce au recours à l’open source et aux modèles open-weights. Cette orientation permet de déployer et d’opérer des modèles localement, de réduire le verrouillage technologique lié aux plateformes fermées et de faciliter l’auditabilité ainsi que la sécurisation des solutions, considérées comme des prérequis essentiels pour les usages publics et les secteurs sensibles.
Le laboratoire a pour ambition d’instaurer une coopération pérenne en matière de R&D, à travers des échanges scientifiques réguliers, des ateliers, des séminaires, des sessions de co-conception et des programmes de renforcement des compétences. Les travaux porteront sur le co-développement de briques technologiques, la réalisation de prototypes et de preuves de concept, l’évaluation et la robustification de modèles, ainsi que la production de livrables techniques et méthodologiques.
L’ouverture des modèles est, dans ce cadre, un accélérateur décisif, puisqu’elle rend possible la construction de communs numériques — outils, composants, référentiels d’évaluation et modèles sectoriels — réutilisables par l’ensemble de l’écosystème, qu’il s’agisse des administrations, des startups, des PME ou des acteurs industriels. Le ministère assurera la supervision stratégique de cette coopération et son intégration dans la stratégie nationale, avec un objectif clair : en faire un levier concret de transfert de compétences, d’industrialisation et de passage à l’échelle, au service d’une IA utile, de confiance et adaptée au contexte marocain.
Le ministère inscrit l’adoption de l’IA dans une logique d’équité territoriale et d’inclusion, en considérant que l’innovation ne doit pas se concentrer dans quelques pôles, mais être au plus près des territoires et des besoins réels.
Cette approche se traduit d’abord par le rôle structurant des Instituts JAZARI, réseau de centres d’excellence déployé dans les 12 régions et orchestré par JAZARI Root, conçu comme un espace d’expérimentation encadrée où des solutions sont conçues à partir de besoins concrets — services essentiels, agriculture, eau, tourisme ou environnement — avec un objectif de déploiement réel.
L’équité repose aussi sur une souveraineté technologique inclusive. L’objectif n’est pas uniquement d’utiliser l’IA, mais de maîtriser des briques critiques et de garantir un accès effectif dans les langues et pour tous les publics, y compris les plus vulnérables.
Cette orientation se traduit par le développement de briques souveraines, notamment la reconnaissance vocale multilingue arabe/darija/amazigh, un OCR sécurisé pour les documents officiels, et des modèles linguistiques adaptés au contexte marocain. Elle se traduit également par la préparation de modèles sectoriels dédiés à des domaines tels que l’e-gouvernement, la justice, la santé, l’éducation ou l’énergie, afin de soutenir les missions publiques.
En parallèle, l’investissement dans les infrastructures — capacités de calcul, cloud et data centers — vise à démocratiser l’accès à la puissance de calcul, condition nécessaire pour éviter une IA à deux vitesses.
Enfin, l’inclusion suppose une gouvernance rigoureuse : transparence, responsabilité, non-discrimination et protection des droits sont intégrées dès la conception et vérifiées en continu. C’est le sens de l’initiative de co-construction d’un cadre de confiance en partenariat avec la CNDP, de la mise en place de mécanismes d’évaluation et de suivi de la performance des services publics numériques, et des actions d’accompagnement au changement, incluant la démystification, la co-conception avec les usagers et des relais territoriaux d’appui.
Dans le cadre du programme AI Made in Morocco, la construction d’une IA de confiance — souveraine, responsable et éthique — constitue une priorité.
Le ministère travaille à la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire dédié à l’intelligence artificielle, répondant simultanément à la protection des citoyens et de leurs droits, à la sécurité et à la souveraineté des données, et à la nécessité d’offrir de la visibilité aux investisseurs, entreprises et innovateurs pour encourager l’adoption dans un environnement sécurisé.
Cette approche est présentée comme une « troisième voie » : alignée sur les standards internationaux, mais proportionnée et adaptée aux priorités nationales, afin d’éviter à la fois la dépendance à des modèles fermés et une sur-régulation freinant l’innovation.
Concrètement, cette structuration est portée par le projet de loi Digital X.0, élaboré en coordination avec la CNDP, la DGSN, la DGSSI et l’ADD, et conçu en cohérence avec les cadres existants, notamment la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles et la loi 05-20 en matière de cybersécurité.
En parallèle, le MTNRA et la CNDP travaillent à un framework national d’IA responsable, cadre de référence pour des plateformes reposant sur des LLM intégrant les spécificités marocaines — langue, culture, cadre juridique et identité numérique souveraine — afin de mettre à disposition des citoyens, des entreprises et des administrations des outils d’IA générative et conversationnelle sécurisés, performants et respectueux des droits fondamentaux.
Cette structuration est complétée par une dimension de sensibilisation et de prévention via l’initiative « Culture numérique et protection des enfants en ligne », qui promeut des usages sûrs, éthiques et responsables.
Le développement des talents constitue une priorité majeure, traduite par plusieurs programmes complémentaires couvrant l’ensemble de la chaîne : formation accélérée, excellence scientifique, initiation précoce et employabilité.
JobInTech se positionne comme une locomotive pour renforcer la production de talents au service de l’écosystème numérique national. Les formations qualifiantes, d’une durée de quatre à six mois, visent les jeunes diplômés souhaitant approfondir leurs compétences digitales ou se reconvertir vers les métiers du numérique.
Les parcours couvrent des domaines clés tels que :
L’objectif est de former 14 000 apprenants sur trois ans, avec une couverture progressive de toutes les régions.
En parallèle, un effort est engagé en faveur de l’excellence scientifique. À l’horizon 2027, 568 bourses de doctorat seront financées dans les domaines liés à l’IA, aux données, au cloud et à la cybersécurité.
Depuis 2025, 150 doctorants bénéficient déjà de ce programme assorti d’une bourse mensuelle de 7 000 dirhams sur trois ans.
Le programme AI Master Junior, lancé en mars 2025, vise les jeunes de 8 à 18 ans et se déploie progressivement à partir de 12 Maisons de Jeunes couvrant les 12 régions.
Un second volet, en partenariat avec la FRMF, bénéficiera à près de 200 000 jeunes à travers les centres de formation des clubs.
Un autre programme, « Génération IA et IoT Maroc », vise à former 1 200 jeunes scientifiques par an dès 2026, selon une approche pratique orientée projets.
Enfin, la valorisation du capital humain s’inscrit aussi dans le développement du secteur de l’offshoring, avec l’ambition d’atteindre 40 milliards de dirhams d’exportations et 270 000 emplois à l’horizon 2030.
Dans le cadre de ses missions de réforme de l’administration publique et d’amélioration de la qualité des services rendus aux citoyens, le Ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration a lancé le projet de développement de l’application « IDARATI X.0 ».
Cette nouvelle génération de la plateforme existante vise à instaurer un accès unifié, intelligent et intégré aux services numériques publics.
Le projet ambitionne de dépasser les approches techniques fragmentées pour mettre en place une méta-application structurante, permettant de rapprocher durablement l’administration du citoyen.
Il repose sur la création d’un environnement numérique cohérent garantissant une expérience utilisateur fluide, personnalisée et sécurisée, fondée sur l’interopérabilité des systèmes publics.
Le projet adopte strictement les principes de « Privacy by Design » et de « Security by Design », intégrant la protection des données personnelles et la sécurité informatique dès la conception.
Le cœur de cette architecture repose sur l’adoption d’une Wallet nationale numérique souveraine, intégrée dans une infrastructure digitale sécurisée et interconnectée avec l’identité nationale souveraine incarnée par la carte nationale d’identité électronique.
Lors de la première phase de déploiement, plusieurs institutions publiques et entreprises se sont engagées dans cette initiative.
D’autres institutions et entreprises sont appelées à rejoindre progressivement cette initiative, appelée à constituer un pilier central de la modernisation administrative et de la consolidation de la confiance numérique publique.
