Pesée de têtes de cannabis dans un dispensaire de Los Angeles, le 8 février 2018 en Californie © AFP/Archives Frederic J. BROWN

International

Les banques américaines encore réticentes à s’ouvrir au secteur du cannabis

le 6 octobre 2019


Hope Wiseman se dit « à la merci » de sa banque qui peut fermer son compte n’importe quand. Pour cette vendeuse de cannabis médical, le vote récent d’une loi facilitant l’accès au secteur bancaire pour les professionnels de la marijuana est une première victoire.

Au dispensaire « Mary and Main », à Capitol Heights dans le Maryland, les patients de Mme Wiseman souffrent de migraines, maladies chroniques ou de dépression.

Le cannabis à usage médical est légal dans 33 Etats et à Washington. Onze Etats ainsi que la capitale américaine ont légalisé sa vente pour un usage récréatif.

Mais la loi fédérale considère toujours le cannabis comme une drogue dure, au même titre que la cocaïne, et les banques craignent des poursuites pour blanchiment d’argent si elles travaillent avec les professionnels de la marijuana.

La banque de Hope Wiseman est l’une des seules de l’Etat à l’accepter comme cliente. « On paye des frais énormes parce que notre secteur est très spécial », résume la jeune femme, qui a ouvert son commerce au printemps 2018.

Les transactions se font surtout en liquide et l’argent met plusieurs jours à être déposé sur son compte. Elle doit donc « jongler avec les factures ou les salaires des employés ».

Son compte en banque, qui peut être fermé si la banque a un doute sur la légalité des transactions, est surtout utilisé pour les paiements en crypto-monnaie de la part de ses acheteurs, et elle ne peut contracter aucun crédit, les grands réseaux refusant les clients à risque comme elle.

– « Petit pas » –

La réticence des banques vise aussi les sociétés régulièrement ou occasionnellement liées au cannabis.

Jenn Michelle Pedini, responsable développement chez NORML, l’un des principaux lobbies pro-cannabis, explique à l’AFP qu’elle a « eu des problèmes » avec l’administration quand sa société de conseil a aidé un vendeur de cannabis à monter son affaire.

Le secteur est pourtant en pleine expansion: il génère plus de 10 milliards de dollars de revenus et pourrait atteindre 56 milliards en 2025, selon les lobbies pro-légalisation.

Mais sur les 11.000 banques et instituts de crédits américains, seuls 700 travaillent avec des sociétés liées au cannabis, selon le ministère du Trésor.

La semaine dernière, la Chambre des représentants a adopté un texte visant à protéger les professionnels du cannabis et les entreprises associées d’éventuelles poursuites judiciaires ou fiscales par l’Etat fédéral.

Le « SAFE banking Act » réduit également, selon ses partisans, les risques de cambriolage ou de braquage violent dans un secteur où l’argent liquide est roi.

Les opposants au texte dénoncent un accès plus facile et moins contrôlé au secteur financier pour les cartels de la drogue.

Selon Tanner Daniel, responsable des relations avec le Congrès pour l’Association des banquiers américains (ABA), le vote est un « petit pas en avant nécessaire ».

– Taxer les revenus –

« L’ABA ne prend pas position sur la légalisation, mais 99% de nos membres estiment qu’il faut des clarifications », a-t-il dit lors d’un récent forum sur la question organisé à Washington. Selon lui, 75% des membres de l’ABA ont fermé les comptes de clients potentiellement associés à l’industrie du cannabis.

Le texte doit toutefois encore être voté au Sénat, contrôlé par des républicains plutôt opposés au cannabis.

Michael Correia, du lobby National Cannabis Industry Association, estime que le Congrès « n’est pas encore prêt à discuter de la légalisation ».

Les avancées doivent venir du niveau local, dit-il, où les élus « suivent les sondages et les électeurs ».

C’est ce que souhaite faire Thiru Vignarajah, ancien procureur adjoint du Maryland et candidat démocrate à la mairie de Baltimore.

S’il est élu en avril 2020, « nous serions les premiers (dans le Maryland) à légaliser, en espérant que l’Etat suive », explique-t-il à l’AFP.

Il veut aussi taxer les revenus de la vente de cannabis grâce à une crypto-monnaie garantie par la municipalité, pour investir massivement dans l’éducation.

La légalisation permettrait aussi selon lui de lutter contre la criminalité à Baltimore, l’une des villes les plus violentes du pays.

« Le taux d’homicide est l’un des plus élevés du pays, et vient en grande majorité de la guerre des gangs », dit-il, en admettant que la marijuana ne concerne qu’une partie du trafic.

LNT avec AFP