Économie et Finance

L’émission obligataire du Crédit Du Maroc sur-souscrite 40 fois !

par Afifa Dassouli | le 28 décembre 2016


Entretien avec M. Patrice BOCCACCINI, Directeur Général Adjoint Groupe Finance, Crédit Du Maroc

La Nouvelle Tribune :
M. Boccaccini, les émissions obligataires subordonnées sont un moyen de refinancement utilisé par les banques. Elles ont ainsi un effet de renforcement des fonds propres et le Crédit Du Maroc lance une troisième émission du genre, d’un montant de 500 Mdh. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs les objectifs de cette opération, notamment en termes de consolidation de vos ratios ?

M. Patrice Boccaccini :

Le Crédit Du Maroc vient effectivement de lancer une émission obligataire à hauteur de 500 millions de dirhams. Notre établissement étant historiquement excédentaire en liquidités, l’objectif de cette émission consiste avant tout à consolider nos fonds propres. Il s’agit d’un mécanisme classique et récurrent permettant à la fois de régénérer notre stock de titres subordonnés mais également et surtout d’accompagner le développement de la banque. Le Conseil d’administration du Crédit du Maroc a d’ailleurs, à cet effet, renouvelé en juillet dernier la validation d’un programme d’émission de titres subordonnés pour un montant pouvant aller jusqu’à 2 milliards de dirhams sur 3 ans. Sur la base d’études prospectives réalisées par la Direction Financière, le Directoire a décidé de lancer une première émission dans le cadre de ce programme.
Effectivement, cette émission renforcera les ratios de solvabilité de la banque : d’une part au niveau du Crédit du Maroc entité sociale émettrice, mais également au niveau du Groupe Crédit du Maroc en vision consolidée. Au-delà du respect strict des minima exigés par Bank Al-Maghrib en social et en consolidé, Crédit du Maroc, en lien avec Crédit Agricole France, gère de façon anticipative et prudente le niveau de ses ratios prudentiels.

Sachant que vous en êtes à votre troisième émission obligataire subordonnée, à quel niveau sont les fonds propres du Crédit du Maroc ?

A fin septembre 2016, les fonds propres prudentiels du CDM s’établissent à 5.4 milliards de dirhams dont 4,3 milliards de fonds propres durs « Tier 1» et 1,1 milliards de fonds propres complémentaires « Tier 2 » constitués de titres obligataires subordonnés. Il faut savoir que, selon la réglementation de Bank Al-Maghrib, les quasi-fonds propres intégrés dans le compartiment « Tier 2 » ne peuvent dépasser la moitié des fonds propres « Tier 1 ». Par ailleurs, les titres subordonnés « Tier 2 » sont soumis à un mécanisme de décote qui réduit progressivement leur prise en compte dans les ratios de solvabilité à partir de la cinquième année qui précède l’échéance de ces titres, soit cinq ans après l’émission de titres de maturité 10 ans. C’est d’ailleurs un des éléments qui est à l’origine du lancement de toute nouvelle émission obligataire subordonnée, car, pour conserver un niveau de fonds propres complémentaires stables, il faut émettre de nouvelles obligations subordonnées régulièrement afin de compenser les effets de la décote.
Je rappelle à cette occasion, que la première émission subordonnée du CDM d’un milliard de dirhams a été initiée en 2008 et la seconde de 500 MDH en 2011. Dans ces conditions, la première émission est déjà concernée par le mécanisme de décote et la seconde le sera dès 2017.

Mon propos est dans cette démarche d’aller un peu contre l’avis général qui tend à dire que les banques sont fragiles. Je veux montrer qu’au contraire, elles sont attentives à la hauteur de leurs fonds propres et aux ratios qui les caractérisent.

Je vous confirme en effet que notre niveau de fonds propres est actuellement confortable et que la gestion prudente mise en place par le CDM consiste à piloter les ratios réglementaires sur un horizon à moyen/long terme dans le cadre de notre plan stratégique. Par ailleurs, un dispositif spécifique d’alertes concernant nos ratios prudentiels est mis en place en lien avec les préconisations de notre actionnaire principal le Crédit Agricole France. Il s’agit, en fonction de certains franchissements de seuils, en amont de ceux édictés par Bank Al-Maghrib, d’alerter le management et de lancer d’éventuelles actions consolidantes.

Donc, l’émission obligataire subordonnée actuelle de CDM de 500 Mdh, doit accompagner votre plan stratégique de développement. Pouvez vous nous l’exposer ?

Parfaitement. Cette émission permet d’accompagner et de sécuriser le développement prévu dans le cadre du projet d’entreprise « CAP 2018 ». Ce plan, initié en 2013, s’appuie sur quatre axes majeurs : l’accroissement de l’efficacité commerciale, le développement des ressources humaines, l’efficacité opérationnelle ainsi que l’amélioration de la rentabilité et de la gestion des risques. A mi parcours, en lien avec le projet d’entreprise élaboré par Crédit Agricole France, notre plan stratégique a été prolongé de deux ans. Tout en conservant les grandes orientations initiales, « CAP 2020 » ambitionne, sur la base de plusieurs chantiers mobilisateurs et structurants, de poursuivre la transformation de la banque et son développement. Aussi, l’émission obligataire que nous lançons, permet d’accompagner plus particulièrement 3 vecteurs de développement spécifique : tout d’abord, bien évidement, le développement du crédit qui constitue notre métier de base et notamment le crédit habitat que nous avons privilégié. En second lieu, le projet d’entreprise prévoit un plan d’investissement relativement ambitieux qu’il convient d’accompagner également. Enfin, le lancement de la banque participative qui est prévu en 2017, nécessitera aussi une couverture particulière en fonds propres.

Pouvez-vous préciser pour nos lecteurs les axes d’investissement que vous privilégiez dans ce schéma?

Tout d’abord permettez-moi de rappeler que, fidèle aux valeurs du Groupe Crédit Agricole France, le CDM privilégie toujours la vision à long terme et donc l’investissement. Parmi les axes que notre projet soutient particulièrement, je citerai en premier lieu l’outil informatique qui sécurise nos processus, accompagne notre développement commercial et permet d’ancrer la dimension « digitale » au service de tous nos clients. Le patrimoine immobilier nécessite également un investissement régulier et soutenu. Il s’agit ainsi d’entretenir et de rénover le parc d’agences bancaires mais nous prévoyons aussi de bâtir un nouveau siège social pour accroitre l’efficacité opérationnelle collective. Enfin, nos investissements accompagneront également le développement personnel des collaborateurs du CDM par l’intensification des formations proposées ainsi que le développement de nos plans de communication internes et externes.

Pour revenir à l’émission obligataire subordonnée de quatre tranches, quels ont été les résultats de son placement ?

En effet, notre offre est complète et se compose de quatre tranches distinctes (cotés, non cotés, taux fixes et taux variables), afin de servir au mieux les demandes de tous les investisseurs.
A l’issue de cette opération, je suis très heureux de vous annoncer que l’émission a connu un véritable succès. Avec une demande qui avoisine les 20 milliards de dirhams, l’offre a été souscrite environ 40 fois ! Ce résultat témoigne de la confiance accordée par les investisseurs dans les fondamentaux du Crédit du Maroc et dans ses perspectives de développement. Cette opération s’inscrit dans une démarche de financement de l’économie marocaine sur l’ensemble des marchés : Grande Entreprise, Professionnels, Particuliers, …

Entretien réalisé par Afifa Dassouli