Législatives 2026 : le grand malaise préélectoral…
On a beau dire que la classe politique s’est rendu compte de l’importance de revoir ses discours, ses arguments, voire ses convictions, afin de permettre au Maroc de faire face aux grands enjeux actuels à tous les niveaux… que nenni ! Les récentes sorties médiatiques de certains leaders politiques parmi les plus en vue du Royaume renvoient plutôt à une triste réalité : celle d’une classe politique déconnectée des véritables attentes du Maroc et des Marocains.
À Rabat, le ministère de l’Intérieur a entamé, en ce début de semaine, des consultations avec les partis politiques en vue des prochaines élections législatives prévues fin septembre. Des invitations ont été envoyées afin de débattre du cadre juridique et des modalités organisationnelles du scrutin. Cette démarche anticipée vise, selon le ministère, à garantir des élections transparentes et bien encadrées. À l’approche de cette échéance majeure, ces concertations revêtent une importance particulière pour assurer le bon déroulement du processus électoral et renforcer la crédibilité des institutions constitutionnelles.
Dans le même temps, les appels se multiplient pour inciter les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales, preuve que la question de la participation populaire aux urnes demeure centrale pour le succès de tout processus électoral.
C’est dire qu’au niveau de Rabat, les préparatifs vont bon train, dans l’espoir de réussir cette nouvelle épreuve démocratique qui intervient dans un contexte marqué par de nombreux défis et aspirations d’ordre politique, économique, social et géopolitique.
Mais en attendant, force est de constater que ceux qui devraient être les premiers à saisir les enjeux du moment se livrent plutôt à une guerre acharnée de règlements de comptes politiciens, d’insultes et d’accusations lancées dans tous les sens. Avec les réseaux sociaux, les choses prennent même un virage encore plus inquiétant pour l’avenir du débat démocratique et des valeurs qui devraient l’accompagner au Maroc.
En effet, à entendre les récentes déclarations d’Abdelilah Benkirane du PJD, d’Abdellatif Ouahbi du PAM ou encore de Nabila Mounib du PSU, on comprend rapidement qu’en dehors des réunions officielles avec le ministère de l’Intérieur, certains responsables politiques replongent dans leurs vieux réflexes et leurs habitudes d’antan.
Abdelilah Benkirane, figure historique de l’islamisme politique au Maroc, préfère ainsi revenir sur une ascendance familiale remontant à un Sahabi (compagnon du Prophète) pour rappeler que ce dernier aurait été un sérieux concurrent d’Aboubaker Assedik pour la Khilafa après la mort du Prophète (PSL). Beaucoup diront alors : « So what ? ». En quoi ce type de déclaration permet-il d’améliorer le débat public sur les véritables problématiques qui préoccupent les Marocains au quotidien ?
Le même Benkirane, à l’occasion de la fête du Travail, n’a pas manqué de brouiller davantage les lignes en prononçant un discours politique lors d’une journée historiquement et symboliquement dédiée aux syndicats, au Maroc comme ailleurs dans le monde.
De son côté, Abdellatif Ouahbi semble toujours s’interroger sur la manière dont le Maroc organisera la Coupe du Monde 2030 alors que le Code pénal sanctionne la consommation d’alcool ou les relations sexuelles hors mariage. Et de se demander, à sa manière, comment le Royaume accueillera Cristiano Ronaldo, père de plusieurs enfants vivant avec sa compagne, alors que certains hôtels continuent de réclamer un acte de mariage aux couples. Même interrogation, selon lui, concernant les supporters européens ou sud-américains, « toujours en état d’ivresse ».
Quant à Nabila Mounib, elle estime que la politique des investissements constitue un outil de « colonisation capitaliste » destiné à exploiter les Marocains et leurs ressources naturelles, tout en appelant à se méfier d’un « sionisme » qui chercherait, selon elle, à s’infiltrer au Maroc.
Comment, dans ces conditions, convaincre un Marocain, jeune ou moins jeune, d’aller voter lorsqu’il entend ce type de discours souvent déconnectés des réalités concrètes du pays ?
Sans oublier les responsables politiques impliqués dans des affaires de corruption, ceux qui préparent déjà leurs enfants à prendre leur relève, ou encore ces « moul chkara » confortablement assurés de rempiler grâce à leur argent. Tout cela ne fait qu’accentuer la défiance, déjà profonde, des Marocains envers la chose politique. Clairement.
H.Z
