Société

L’eau, une problématique centrale longtemps ignorée

le 11 novembre 2016


20 ans, et 20 COP, c’est le temps qu’il aura fallu attendre avant que la question de l’eau ne soit officiellement inscrite à l’agenda de la conférence onusienne. Et ce n’est que deux mois avant la COP21 de Paris que, finalement, la problématique de l’eau a été placée au centre des débats. Pourtant, sur 162 INDC reçues en juin 2016, 77% mentionnent l’eau. C’est même le sujet le plus souvent mentionné par les différentes parties, notamment les pays africains et insulaires.

On est en droit de se demander pourquoi la question de l’eau a été souvent ignorée, tant les chiffres sont accablants. Dans le monde, 884 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau, et 2,6 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires de base. Et chaque année, 2 millions de personnes, surtout des enfants, décèdent suite à la consommation d’eau malpropre. Le manque d’eau est également un grand obstacle au développement. Par exemple, les femmes devant parcourir des kilomètres chaque jour pour chercher de l’eau ne peuvent pas prétendre à une éducation décente. L’eau est également un des facteurs principaux derrière les questions migratoires, et d’ici 2020, 60 millions d’habitants d’Afrique subsaharienne auront migré vers le Maghreb et l’Europe.

Une problématique transversale

L’étude des INDC révèle que la question de l’eau se décline en 4 thématiques principales : l’eau agricole, la gestion des risques (inondations et sécheresse), la Gestion intégrée de la ressource eau (GIRE), et l’eau potable. Au niveau des actions proposées, 3 priorités ressortent : les infrastructures, les systèmes d’information, et les mesures institutionnelles et réglementaires.

L’eau est donc au centre d’un grand nombre de problématiques liées au climat, de l’agriculture à l’énergie, en passant par la santé, les littoraux, la pêche, les écosystèmes, etc. C’est une véritable question transversale qui se doit d’occuper une place centrale pendant les négociations onusiennes, et il était grand temps qu’on lui accorde l’intérêt qu’elle mérite.

#climateiswater

Au Maroc, beaucoup d’efforts mais la crise menace

Le Maroc est en zone aride et semi-aride. L’immense majorité de l’apport en eau dans le pays vient donc de la pluie. La gestion des ressources en eaux demande donc de forts investissements, notamment à cause de leur répartition inégale, et du manque d’assainissement. Les grands besoins d’eau pour l’agriculture et l’élevage, dont l’économie dépend fortement, peuvent provoquer de fortes variations au niveau du PIB, comme en 2016, mais peuvent aussi causer des problèmes de sécurité alimentaire.

Le Maroc a mené, entre autres, deux grands programmes pour faire face à la question de l’eau : la politique des barrages entamée par feu le Roi Hassan II, et le programme d’approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales, qui a permis en 10 ans de passer de 14% d’accès à l’eau à 90%, malgré des problèmes persistants d’assainissement. Ce dernier point a amené le lancement en 2005 du Programme national d’assainissement liquide.

Pourtant, en 2020, la moyenne nationale d’accès à l’eau serait de 490m3, en-deçà du seuil de pénurie absolue. De nombreux efforts doivent donc encore être accomplis pour combler ce déficit, par exemple par la recherche d’eau non conventionnelle (par exemple par dessalement de l’eau de mer), l’utilisation du solaire et de l’éolien…

Comme le Maroc, de nombreux pays du Sud se dirigent vers une crise hydrique grave, qui demandera les efforts de tous les acteurs pour être prévenue, ou du moins atténuée.

Selim Benabdelkhalek


La Coalition Marocaine de l’Eau, COALMA

Cette association à but non lucratif a vu le jour en octobre 2016, et s’inscrit dans le cadre des initiatives de la CGEM en préparation de la COP22. La COALMA se veut un espace fédérant l’ensemble des parties prenantes (gouvernement, privé, société civile, monde académique…), dans le but de trouver les solutions pour pérenniser les ressources en eau du Maroc.

Depuis la veille informative jusqu’à la planification et la mise en œuvre de projets dans les domaines de l’eau et l’environnement, la COALMA entreprendra nombre d’actions dans le but d’améliorer la gestion de la ressource hydrique au Maroc, sensibiliser et éduquer la population, renforcer les capacités, et être une vraie force de proposition auprès des institutions internationales.
Elle tiendra un side-event à la COP22 à Marrakech.


Water for Africa

Water for Africa est une OGN fondée en 2003 par des hommes d’affaires philanthropes, qui a pour mission de permettre l’accès à l’eau aux pays africains. Sa première action a été d’installer une foreuse à la pointe de la technologie en Gambie, afin de réduire la dépendance à l’eau de pluie de la population locale. Une nouvelle plateforme de forage est actuellement en construction.

Mais l’équipement sans la formation est peu utile, donc l’OGN a mis en place une équipe locale formée par des spécialistes et ayant acquis de l’expérience tout autour du monde. A travers la formation et le soutien, Water for Africa vise à fournir un soutien pérenne à tous les projets autour de l’eau en Afrique.

Ainsi, l’association espère solutionner un des plus gros obstacles à l’aide aux pays en voie de développement: le fait que l’action ponctuelle n’a pas d’effet sur le long terme, et que sans support et expertise locaux, l’équipement se détériore et les puits s’assèchent. Water for Afrique considère que pour aboutir à une solution pérenne, chaque pays doit être staffé en personnel compétent, tout en maintenant le soutien en termes de pièces détachées et services.

Selim Benabdelkhalek