AGRICULTURE

Économie et Finance

L’eau, moteur essentiel de l’agriculture

le 20 avril 2017


20 ans, et 20 COP, c’est le temps qu’il aura fallu attendre avant que la question de l’eau ne soit officiellement inscrite à l’agenda de la conférence onusienne. Et ce n’est que deux mois avant la COP21 de Paris que, finalement, la problématique de l’eau a été placée au centre des débats. Pourtant, sur 162 INDC reçues en juin 2016, 77% mentionnent l’eau. C’est même le sujet le plus souvent mentionné par les différentes parties, notamment les pays africains et insulaires.

On est en droit de se demander pourquoi la question de l’eau a été souvent ignorée, tant les chiffres sont accablants. Dans le monde, 884 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau, et 2,6 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires de base. Et chaque année, 2 millions de personnes, surtout des enfants, décèdent suite à la consommation d’eau malpropre. Le manque d’eau est également un grand obstacle au développement, et l’un des facteurs principaux derrière les questions migratoires.

Du côté du Maroc, il suffit de constater le terrible impact qu’a eu le déficit hydrique de 2015 sur le PIB du Royaume, et ce malgré les multiples dispositions anti-sécheresse prises par le ministère de l’Agriculture, pour bien se rendre compte de l’importance vitale de cette problématique pour notre pays.

Il est donc parfaitement compréhensible que les 9èmes assises de l’agriculture, dont les travaux se sont se déroulés la veille de l’ouverture du SIAM 2017, aient été tenues sous le thème «Agriculture et sécurité alimentaire au fil de l’eau», avec pour mission de de sensibiliser et de mobiliser autant les opérateurs agricoles que les décideurs et l’opinion publique sur l’impératif d’une gestion hydrique efficiente et respectueuse des impératifs environnementaux.

Les experts en la matière sont formels, le Maroc encourt le risque permanent de se retrouver en stress hydrique, c’est-à-dire dans une situation où les besoins en eau dépassent les quantités disponibles, et compte tenu des changements climatiques à venir, la situation ne fera que s’aggraver durant les années à venir. Il est ainsi d’une urgence grandissime de prendre les mesures nécessaires pour s’en prémunir.

Selim Benabdelkhalek


L’eau au centre du Plan Maroc Vert

Le Plan Maroc Vert (PMV) a développé depuis son lancement, trois principaux programmes d’adaptation de l’Agriculture aux changements climatiques centralisés autour de l’eau.

Il s’agit du programme national d’économie d’eau d’irrigation (PNEEI), du programme d’extension de l’irrigation (PEI) et du programme de partenariat public-privé en irrigation, a expliqué M. Aziz Akhannouch, lors des assises de l’agriculture.

Ces programmes ont pour objectif de permettre d’économiser quelque 2 milliards m3 d’eau par an et de doubler la valorisation de l’eau d’irrigation, notamment, à travers des techniques plus efficientes et plus respectueuses de l’environnement.

De plus, plusieurs projets d’envergure ont été lancés dans le cadre du PMV, visant notamment à équiper les fermes agricoles en irrigation localisée.

Par ailleurs, les travaux d’aménagement hydroagricole de la plaine de Boudnib ont été lancés cette année.

Selon M. Akhannouch, ces projets intégrés d’usage rationnel de l’eau d’irrigation ont entraîné d’importants résultats économiques, manifestés dans l’équipement de 500.000 ha en irrigation de goutte à goutte, alors que l’objectif initial consistait à atteindre 550.000 ha d’ici 2020.


La Coalition Marocaine de l’Eau au travail

Cette association à but non lucratif a vu le jour en octobre 2016, et s’inscrit dans le cadre des initiatives de la CGEM en préparation de la COP22. La COALMA se veut un espace fédérant l’ensemble des parties prenantes (gouvernement, privé, société civile, monde académique…), dans le but de trouver les solutions pour pérenniser les ressources en eau du Maroc.

La COALMA a choisi la région Souss-Massa pour la première sortie de cette association, le mardi 11 avril à Agadir. A l’occasion de cet événement, la COALMA a fait savoir que la nouvelle loi n°36-15 sur l’eau requiert plus d’efficacité et une mise en œuvre des réformes qu’elle apporte en termes de gouvernance des ressources hydriques. Ce nouveau texte, qui a introduit des réformes visant la valorisation des ressources en eau, nécessite selon l’association une déclinaison au niveau des programmes et projets.

 «Le retour d’expérience peut aider à la réflexion au sujet de l’efficacité de cette loi sur l’eau», a déclaré à l’occasion Houria Tazi Sadeq, présidente de la COALMA. En effet, selon les experts, la réutilisation des eaux usées tarde à se concrétiser au niveau d’Agadir et sa région, malgré l’appel de l’ONU à avoir recours aux eaux usées.


Triple A, cinq solutions pour mieux gérer les ressources hydriques

L’initiative d’Adaptation de l’Agriculture Africaine, dite « Triple A », a mis en avant cinq solutions concrètes pour une gestion durable de l’eau.

Tout d’abord, il s’agit de mieux mobiliser le potentiel hydrique existant en construisant de nouveaux ouvrages structurants et en réhabilitant ceux existants pour en optimiser les capacités, et de développer l’irrigation complémentaire entre l’irrigation à grande échelle par l’aménagement de grandes plaines, l’agriculture de bas-fonds et de décrue, ainsi que la petite irrigation villageoise et l’irrigation individuelle.

La troisième solution repose sur la modernisation et la promotion de systèmes d’irrigation et de production plus économes en eau et plus productifs, tandis que la quatrième consiste à renforcer les capacités techniques managériales des agriculteurs et des institutions en charge de la maîtrise de l’eau agricole.

Pour ce qui est de la cinquième solution, il s’agit d’un ensemble de mesures d’accompagnement qui complètent le dispositif et facilitent l’émergence d’un écosystème agricole durable.

Ces mesures reposent sur la mise à niveau du cadre réglementaire, la généralisation de la formation, le développement de la Recherche et de l’Innovation, ainsi que la mise à niveau institutionnelle, qui revêt une importance primordiale du fait qu’un écosystème agricole viable et durable ne saurait émerger que sous l’impulsion d’institutions de gestion de l’eau régies par des mécanismes de bonne gouvernance.