Capture d’écran 2026-04-22 145848

Le Maroc lance une stratégie nationale pour structurer le financement des chaînes de valeur

Finance

Le Maroc lance une stratégie nationale pour structurer le financement des chaînes de valeur

Par LNT
Capture d’écran 2026-04-22 145848

Le ministère de l’Économie et des Finances et Bank Al-Maghrib ont lancé, mercredi à Casablanca, la stratégie nationale de financement des chaînes de valeur (Supply Chain Finance – SCF), une initiative élaborée avec l’appui de International Finance Corporation, visant à structurer un cadre propice au développement de solutions de financement destinées à améliorer l’accès des entreprises, notamment les PME, aux ressources nécessaires pour couvrir leurs besoins en fonds de roulement.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte marqué par les contraintes persistantes auxquelles font face les très petites, petites et moyennes entreprises, qui représentent 99,5 % du tissu entrepreneurial national et 70,6 % des emplois formels, mais dont la contribution au PIB et aux exportations reste limitée au regard de leur poids économique. Les délais de paiement, les difficultés d’accès au financement, la faible digitalisation et la fragilité des trésoreries figurent parmi les principaux freins identifiés.

Les promoteurs de cette initiative présentent la Supply Chain Finance comme une réponse structurante à ces contraintes. Ce dispositif regroupe un ensemble de solutions permettant d’optimiser la gestion du fonds de roulement et des liquidités entre donneurs d’ordre, fournisseurs et institutions financières, à travers des instruments comme l’affacturage, l’affacturage inversé, le financement des bons de commande, le financement des distributeurs ou encore les solutions basées sur les stocks.

Un potentiel encore peu exploité

Les documents présentés à l’occasion du lancement soulignent qu’une étude réalisée en 2020 a estimé le potentiel du marché marocain de la SCF à plus de 80 milliards de dirhams, alors que les opérations effectives ne représentaient qu’environ 6 milliards de dirhams à cette date. Ils indiquent également que le taux de pénétration de l’affacturage au Maroc demeure limité, à 2 % du PIB en 2023, contre 4 % au niveau mondial et 12 % en Europe.

Selon les concepteurs de la stratégie, ce décalage traduit un potentiel important de développement encore sous-exploité, dans un environnement où l’offre demeure concentrée sur un nombre limité d’instruments et bénéficie principalement aux grandes entreprises, tandis qu’une large part des PME reste peu couverte.

C’est dans cette perspective que la stratégie vise à élargir et diversifier l’offre de financement, à améliorer l’accès des PME aux solutions adaptées, à contribuer à la réduction des tensions liées aux délais de paiement et à renforcer la résilience des chaînes de valeur.

Une architecture en trois piliers

L’architecture retenue repose sur trois piliers stratégiques. Le premier porte sur la consolidation et la mise à l’échelle des solutions existantes sur le marché intérieur, en particulier l’affacturage et l’affacturage inversé, dans le cadre réglementaire actuel.

Le deuxième pilier prévoit un élargissement progressif de l’offre vers d’autres instruments, notamment le financement des bons de commande, des distributeurs et des stocks, ainsi que des programmes fondés sur des instruments négociables électroniques.

Le troisième pilier vise à étendre progressivement le champ de la SCF aux transactions internationales et à la finance participative, dans une logique d’élargissement de la couverture du dispositif à d’autres segments du marché.

Cette architecture est soutenue par cinq leviers transversaux portant sur le renforcement des capacités, la création d’un environnement juridique et opérationnel favorable, les mécanismes de partage des risques et de refinancement, les infrastructures technologiques et l’engagement des grands donneurs d’ordre publics.

Le volet technologique constitue l’un des axes mis en avant dans le dispositif présenté. La stratégie considère les plateformes numériques comme un élément clé pour le déploiement à grande échelle de la Supply Chain Finance, en facilitant les échanges de données, la traçabilité, la gestion du risque et l’automatisation des opérations.

Plusieurs scénarios sont envisagés pour le Maroc, allant de plateformes portées par des institutions financières privées à des modèles collaboratifs associant secteur public et secteur privé, voire à une plateforme nationale à couverture élargie. Les arbitrages sur ce volet doivent être affinés durant la phase de mise en œuvre.

Cette dimension technologique est également présentée comme liée aux enjeux de digitalisation des chaînes de valeur, de prévention des fraudes et de modernisation des infrastructures de financement.

Une mise en œuvre sur quatre ans

Le déploiement de la stratégie est conçu sur un horizon estimé à environ quatre ans, avec une montée en charge progressive en fonction des priorités et de l’engagement des parties prenantes. La gouvernance prévue repose sur trois niveaux : un comité de pilotage coprésidé par le ministère de l’Économie et des Finances et Bank Al-Maghrib, une cellule de gestion de programme, ainsi que des groupes de travail thématiques chargés du suivi des chantiers techniques.

Un dispositif de suivi et d’évaluation doit accompagner ce déploiement, avec des indicateurs destinés à mesurer l’avancement des actions, le nombre d’institutions proposant des solutions SCF, la diversification des instruments disponibles et le volume de PME financées.

Les prochaines étapes annoncées portent sur la mise en place des instances de gouvernance, la mobilisation des parties prenantes et la finalisation des outils d’opérationnalisation, notamment le planning détaillé de mise en œuvre et les instruments de suivi. Les documents rappellent par ailleurs que le diagnostic ayant servi de base à cette stratégie a été conduit principalement entre 2021 et 2022.

SB

Consultez librement toutes nos parutions hebdomadaires, nos hors-série et toutes les communications financières