Économie et Finance

Le Maroc face au défi de la transformation digitale

le 3 août 2016


La digitalisation de l’économie mondiale n’est plus une prophétie, c’est désormais non seulement un fait avéré, mais surtout une tendance lourde de la mondialisation. Internet, par essence, contribue à faire tomber les frontières, quelles soient physiques, linguistiques ou technologiques.

Ainsi, le marché du digital représentera une contribution d’environ 375 milliards de dollars au PIB européen en 2022 et devrait atteindre 2 500 milliards à l’horizon de 2025, selon une étude du cabinet McKinsey datée de juin 2016 et intitulée « L’Europe digitale : déplacer la frontière, capturer les bénéfices ».

La transformation digitale consiste à implémenter à tous les niveaux sectoriels de l’économie, une approche à la fois de dématérialisation et de mise à niveau technologique des outils et process des entreprises.

En Europe toujours, alors que le continent peut se targuer d’une forte progression dans le domaine, les secteurs les plus avancés dans ce processus de transformation sont les services, de l’IT à la Finance en passant par les médias et la communication. En revanche, de nombreux secteurs sont encore à la traine, notamment l’industrie, l’agriculture ou encore les services publics dont l’éducation et la santé.

Au Maroc, le digital est compris par les décideurs comme un outil de communication au mieux, avec l’émergence d’un secteur médiatique en ligne fort et surtout l’omniprésence des réseaux sociaux dans le quotidien des Marocains. Si les usages sont un préalable nécessaire et indissociable de la transformation digitale de l’économie, celle-ci ne saurait s’y arrêter. En effet, la révolution digitale fait évoluer les modes de consommation et de communication, mais elle impacte également fortement la notion même de service. Des citoyens plus connectés sont des citoyens aux habitudes et aux attentes différentes.

Pourtant, les autorités et nombre d’entreprises pêchent encore trop par manque de prise de conscience de l’impact économique de ces nouveaux comportements. Ainsi, la moitié des entreprises cotées à la Bourse de Casablanca ne dispose pas de site web malgré leurs obligations légales de transparence et d’accès à l’information. On imagine ainsi facilement le gouffre qu’il reste à combler, même s’il est tout à fait normal que le développement d’une économie digitale ne se réalise pas dans les mêmes proportions en fonction des secteurs concernés.

Que faire pour corriger la donne ?

Le digital au Maroc est une opportunité inédite pour le développement du pays pour au moins trois raisons cruciales.

Premièrement, le retard du Maroc est relativement plus faible que sur d’autres secteurs économiques plus traditionnels compte tenu de l’émergence récente de ce pan nouveau de l’économie au début du 21ème siècle.

Deuxièmement, le Maroc bénéficie d’un important vivier de jeunes qui pourrait porter cette transition digitale pour peu que l’on comprenne que ce secteur offre intrinsèquement sa chance à une jeunesse qui maitrise et comprend les outils et langages mieux que n’importe lequel de ses ainés.

L’expérience tant prisée par les employeurs perd ainsi sa préséance au profit du dynamisme et de la créativité propres à cette jeunesse ultra-connectée.

Enfin, last but not least, alors que le Maroc se positionne de plus en plus en tant que modèle de développement pour de nombreux partenaires africains, les entreprises marocaines pourraient bénéficier de la position de hub du Royaume pour pénétrer et conquérir de nouveaux marchés à l’image de la success story d’acteurs marocains opérant dans la monétique ou l’intégration de solutions technologiques qui dament le pion aux géants internationaux dans certains pays africains.

La méconnaissance du potentiel de cette digitalisation est incontestablement l’une des problématiques à solutionner prioritairement par le Maroc.

Si les administrations marocaines commencent à convertir une partie de leurs services sur le digital, facilitant par ce biais la réalisation de leurs missions respectives à l’égard du citoyen, force est de constater que l’impulsion étatique n’est pas suffisante pour faire du Maroc une locomotive dans ce secteur. L’Éducation doit être dirigée vers des formations académiques en phase avec l’évolution de notre monde ouvert et interconnecté. Les jeunes Marocains sont des community managers, des designers digitaux, des développeurs web en puissance, mais on continue à les former dans le public comme dans le privé, à être au mieux, manager, marketeur ou ingénieur, sans même faire semblant de rattacher ces formations classiques aux problématiques actuelles.

Il y a quelques années, l’Etat marocain a positionné le pays sur l’offshoring qui s’est matérialisé par le développement d’un secteur de niche, celui des centres d’appels, sujet aux aléas de l’activité économique étrangère. Aujourd’hui, la priorité doit être la création d’une économie de services digitaux multiples et variés, basée sur des compétences jeunes et mobiles, une perspective bien plus pérenne que celle d’une formation professionnelle dont l’horizon ne semble pas répondre aux aspirations de notre jeunesse.

La création d’un statut d’auto-entrepreneur, même s’il n’était pas destiné a priori à cela, mais qui d’ores et déjà fait de nombreux émules, est une première pierre à cet édifice dans la mesure où l’économie digitale est composée partout dans le monde d’un bassin fort d’entrepreneurs aux besoins de financement faibles par rapport à l’impact potentiel de leur activité.

En un mot comme en mille, faute d’avoir pu participer aux différentes révolutions économiques, le Maroc doit saisir cette opportunité historique que constitue la révolution digitale, en s’appuyant sur des atouts indéniables dans un contexte mondialisé que sont la disponibilité de sa jeunesse et son ouverture sur le continent africain.

Zouhair Yata