Le Maroc et ses amortisseurs contre les chocs externes
Les guerres continuent et leur impact sur l’économie mondiale se traduit par une crise économique planétaire qui impacte différemment les pays émergents qui sont les principaux perdants.
Le Maroc qui s’affirme comme tel, semble tenir le choc. Il n’est certes pas « immunisé », mais la résilience dont on qualifiait le pays, s’est transformée en résistance structurelle. Car, depuis il s’est doté d’ « amortisseurs » contre les chocs extérieurs qui lui permettent de mettre en place une stratégie contre les risques d’inflation engendrée par l’augmentation du prix du pétrole et du gaz, ainsi que les problèmes de transport et de logistique dus entre autres au blocage du détroit d’Ormuz.
Ce constat propre au Maroc est conforté par les chiffres très prometteurs au 1er trimestre 2026 des réalisations du tourisme, qui après avoir dépassé les 18 millions d’entrées en 2025, a connu 4,3 millions d’arrivées en 3 mois et 1,6 millions pour le seul mois de mars, en croissance de 18% par rapport à mars 2025. Alors que les recettes en devises atteignent les 21 milliards de dirhams pour les 2 premiers mois de l’année à + 22%. En conséquence, le trafic global des aéroports du pays explose et celle de la compagnie nationale Royal Air Maroc également. Sachant que le tourisme est sensible à l’incertitude géopolitique, il est possible que le Maroc profite du détour des voyageurs des pays du Golf proches des terrains de conflits.
L’autre bonne nouvelle concerne l’industrie aéronautique marocaine qui connait le même essor avec une nouvelle usine de pièces de moteurs d’avions avec un investissement de 76 millions de dollars contribuant à la croissance des IDE qui ont dépassé les 50 milliards de dirhams réalisés en 2025.
Toutefois, le Maroc reste importateur net de produits énergétiques pour couvrir 90% de ses besoins alors que le prix du Brent est passé de 70 $ à plus de 100 $ le baril entre fin 2025 et fin avril 2026, faisant de sa facture énergétique le premier poste de son déficit commercial. Face à ce choc inflationniste le Maroc engage plus de 6 milliards de dirhams par mois pour protéger les citoyens avec une prise en charge de l’appréciation du prix du gaz et de l’électricité, mais aussi en subventionnant les transporteurs économiques. Mais l’État n’a pas touché aux taxes appliquées au hydrocarbures continuant à profiter de cette manne fiscale pour faire face à l’appréciation des importations de ces derniers dont il est dépendant. C’est là encore un de ses amortisseurs !
L’autre force du pays repose sur le Groupe OCP dont les performances en matière de productions d’engrais constituent un autre amortisseur géopolitique pour le pays. En effet, il faut savoir que le Groupe OCP contrôle environ 70% des réserves mondiales de phosphate. La Russie et la Biélorussie étant sanctionnées, il est devenu le fournisseur de préférence pour des pays dont les besoins sont majeurs comme l’Inde ou le Brésil et en Afrique, qui constitue un des terrains privilégiés de son développement à travers son entité OCP Africa. Ce scénario qui se maintient en 2026 combiné à une augmentation de près de 35% des prix des engrais depuis fin février constitue une contribution indirecte pour le Maroc qui lui permet de compenser une part importante de sa facture pétrolière.
Par ailleurs, le Maroc est également engagé dans une diversification énergétique accélérée. Ainsi, les énergies renouvelables se sont imposées dans le mix électrique, la part de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables au Maroc ayant atteint un peu plus de 46 % en 2025 avec l’objectif d’atteindre les 52% en 2030. Le Royaume collabore également activement avec l’Union européenne sur la transition vers l’hydrogène vert qui permettrait aux Européens de réduire leur dépendance au gaz russe, tout comme le gazoduc Nigeria-Maroc qui devient une priorité pour une Union européenne dont les circonstances actuelles de guerre en Iran poussent vers une accélération de sa politique de financement de ce type de projets impliquant le Maroc.
D’autre part, pour ce qui concerne les problèmes de positionnement logistique du pays, Tanger Med est devenu le 1er port d’Afrique, sur le détroit de Gibraltar. Selon les analystes, si Ormuz reste fermé et que la mer Noire devient risquée, les flux Europe-Afrique-Asie vont prendre le détour par le Maroc y compris pour les câbles sous-marins et data centers, encore un autre amortisseur éventuel du pays.
Alors que la plus grande force du pays a toujours été la stabilité politique, celle-ci s’est encore renforcée avec l’amélioration de la gestion budgétaire de l’État, la maîtrise de la dette publique à 70% du PIB assortie d’une note « investment grade » accordée par deux agences qui la juge soutenable. Le Maroc encaisse les effets de la crise du pétrole mais ne plie pas et utilise ses nouveaux atouts pour résister.
En conséquence, la croissance de l’économie marocaine devrait rester positive autour de 2,5-3% en 2026 contre 1,8% pour la région MENA (hors Iran) même si les guerres persistent.
Le FMI a affirmé que « l’impact sur les économies en développement serait près de 2 fois plus sévère en cas d’escalade. Leur situation avec les chiffres d’avril 2026, les expose à un triple choc énergétique avec les prix du pétrole et du gaz qui croient de 55% du fait que 40% des raffineries mondiales sont actuellement touchées par la fermeture d’Ormuz alors que l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, la Turquie, l’Égypte et le Maroc sont des importateurs nets. Le Nigeria, les Philippines, le Sri Lanka sont aussi des pays qui souffrent d’une dette déjà élevée qui fait face à un dollar fort, des taux d’intérêt élevés qui en renchérissent le coût de la dette voire l’explose comme an Argentine, Égypte, au Ghana, Pakistan et en Tunisie… »
A ce titre, le Royaume se distingue des pays émergents qui encaissent les chocs actuels de façon brutale.
Afifa Dassouli
