Avec 51 050 tonnes importées de Chine sur un seul mois, le Royaume est passé devant l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Inde, une progression de plus de 160% d’un mois sur l’autre qui traduit la recomposition des circuits mondiaux de l’azote.
Les volumes relevés placent le Maroc nettement au-dessus de l’Australie, à 34 344 tonnes, de l’Afrique du Sud, à 24 997 tonnes, et de l’Inde, à 24 683 tonnes. La position marocaine se distingue toutefois par sa nature : là où ces pays consomment l’ammoniac comme intrant agricole final, le Royaume l’utilise comme matière première industrielle. Le groupe OCP le transforme, sur les plateformes de Jorf Lasfar et de Safi, en acide phosphorique et en engrais phosphatés destinés à l’exportation.
Le Maroc ne produit pas d’ammoniac en quantité significative, faute de ressources gazières, et importe la totalité de ses besoins. Cette dépendance constitue le principal point de vulnérabilité d’une industrie par ailleurs adossée aux plus importantes réserves de phosphates au monde, et justifie le programme d’ammoniac vert engagé par le groupe, fondé sur l’électrolyse alimentée par des énergies renouvelables.
Le mouvement s’inscrit dans une poussée des exportations chinoises d’engrais, en hausse de 11,9% en volume sur les cinq premiers mois de l’année, à 14,36 millions de tonnes. Cette offre trouve preneur dans un marché azoté contraint par les tensions dans le détroit d’Ormuz et par le ralentissement des unités européennes d’ammoniac, pénalisées par le coût du gaz.
L’Afrique subsaharienne reste par ailleurs dépendante des importations pour environ 80% des engrais consommés, avec une consommation inférieure à 25 kilogrammes par hectare dans 37 pays, contre une moyenne mondiale de 139 kilogrammes. Pékin investit directement dans ce déficit, avec des projets de potasse au Congo-Brazzaville et un complexe phosphatier en Égypte, positionnement qui place la Chine à la fois en fournisseur et en concurrent du Royaume sur le continent.
LNT