Le Hammam traditionnel, cette culture qui se perd

Le hammam en général est connu pour ses vertus bienfaitrices sur la santé. En effet, il diffuse une chaleur humide qui permet d’évacuer stress et toxines par sudation.

Appelé aussi «Bain Maure» en référence à l’Espagne musulmane d’Al-Andalus, l’histoire du hammam puise ses origines dans les thermes romains et grecs, et s’est développé à la faveur de l’expansion de l’Islam dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient grâce à l’Empire Ottoman.

De l’Egypte jusqu’au Maroc, les hammams sont présents au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et jouent un rôle culturel important comme lieu de rencontres sociales et de purification rituelle.

Le hammam au Maroc reste un phénomène social important, impliquant tout un rituel à suivre. Du savon noir, Kassa, Ghassoul ou Argile et huiles essentiels, le hammam marocain reste le plus connu de tous, pour ses bienfaits pour le corps. D’ailleurs, certains hammams dans les pays du Golfe le proposent pour les jeunes mariées et leurs clients VIP.

Le hammam remplissait une autre fonction, en plus du fait de se baigner. Dans le passé, le hammam était considéré comme un lieu de rencontre et de sociabilité. C’est entre ses murs que les habitants du même quartier se retrouvaient.

Les jeunes filles en profitaient pour faire admirer leurs petites serviettes brodées et leur beauté, alors que les femmes plus âgées choisissaient des épouses potentielles pour leurs fils. Aussi drôle que cela puisse paraître, ces femmes avaient des codes pour savoir si une femme était célibataire, mariée, veuve ou divorcée. La situation familiale variait selon la couleur des serviettes qu’elles utilisaient. Pour les hommes, le hammam étaient un lieu pour parler d’affaires privées ou politiques.

Nous pouvons trouver plusieurs hammams dans un seul quartier. Toutes les catégories de la société fréquentaient ce lieu public au moins une fois par semaine, mais dernièrement les hammams traditionnels, comme les ont connus nos grands-mères et nos mères, commencent à disparaitre.

Certains quartiers résistent toujours à cette nouvelle tendance. «Je ne comprends pas de quoi vous parlez. J’ai toujours travaillé ici et il y a autant de gens qu’il y en avait quand j’ai commencé ce métier il y a 20 ans. Les Marocains adorent le hammam, il y a même des femmes qui viennent deux fois par semaine. Par contre, les employés du hammam ne préparent plus le thé à la menthe pour leurs clients, moi je le prépare toujours !», déclare Saâdia, employée d’un hammam à Derb Sultan.

D’autres quartiers cèdent et plusieurs hammams ferment leurs portes, voire sont carrément démolis, vu qu’ils ne connaissent plus le même nombre de visites chaque jour. «J’ai dû changer mon hammam en douche public. Il y a de plus en plus de hammams modernes dans le quartier où j’avais ouvert mon hammam il y a des années. C’était le seul dans les environs, mais maintenant les gens préfèrent les hammams modernes et les bains turcs», déclare Mohamed, ancien propriétaire d’un hammam traditionnel à Bernoussi.

Hammam

Avec l’évolution constante de la société marocaine et le stress que connaissent certaines personnes qui doivent travailler toute la journée et se fatiguent, les clients préfèrent fréquenter un hammam moderne où ils n’auront qu’à s’allonger et où une personne se chargera du reste. Certaines suivent cette vague parce que tout le monde le fait, d’autres disent que les bains modernes sont plus propres. «C’est une question d’hygiène. Je fréquentais tout le temps les hammams traditionnels avec ma mère quand j’étais petite ; d’ailleurs elle continue toujours à y aller mais seule. J’ai toujours considéré que les pratiques de certaines femmes étaient sales et intolérables au hammam, mais ma mère m’obligeait à l’accompagner. Maintenant que j’ai grandi, je ne l’accompagne plus. A part les rituels de ces femmes, la plupart des hammams n’ont pas été restaurés depuis des années», explique Nawal, chef de projet junior.

Les temps ont changé, les femmes n’ont plus besoin de se rendre au hammam pour trouver une future épouse à leurs fils. Les hommes et les femmes font connaissance partout, sur les lieux de travail, les cafés, dans la rue et même via Internet. Un homme n’a plus besoin de sa maman pour trouver une épouse. Pour discuter affaires, les gens peuvent se rencontrer partout. Plus besoin de hammam, d’autres endroits le remplacent pour ces cas-là.

«Avant, quand j’ai commencé à travailler au hammam, nous recevions plusieurs femmes par jour. C’était plein tout le temps, et les femmes y passaient des heures, certaines des après-midis. Mais maintenant, il y a moins de fréquentation pour ce lieu, et même celles qui viennent toujours ne dépassent pas une heure et demie», déclare Hassania, employée d’un hammam. « C’est un quartier populaire mais depuis que le propriétaire fait payer aux gens 12 dirhams au lieu de 10, ils ne viennent plus dans ce hammam, ils vont dans un autre un peu plus loin. Je les comprends, chaque propriétaire fixe le prix qu’il veut, il y en a un autre un peu plus loin où les gens payent 18 dirhams. Personnellement, je me contente de prendre une douche chez moi au lieu de me faire arnaquer. Nous ne savons pas sur quoi ils se basent pour fixer leurs prix, et pourtant, ces 3 hammams sont tous presque pareils!», commente Ali, fonctionnaire qui habite à Maârif.

Il est vrai que les Marocains restent très attachés à leur culture mais il faut avouer que le hammam traditionnel, comme nous l’avons connu tout petits, n’intéresse plus les gens, et donc laisse place à une nouvelle sorte de hammam, un peu plus moderne et plus sophistiqué.

Hajar Hamri

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