Économie et Finance

Le FMI n’est pas le gendarme économique que l’on croit!

le 13 mai 2014


Le FMI est considéré dans l’histoire récente du Maroc comme l’institution financière internationale qui a sauvé notre pays au début des années 80 du siècle dernier en lui imposant le PAS, Programme d’Ajustement Structurel, lequel a permis le redressement des comptes publics nationaux.

Depuis, le Fonds Monétaire International a accompagné le Maroc, en a suivi les agrégats macro-économiques et a toujours  intervenu pour y faciliter les réformes économiques.

Aujourd’hui, cette institution, dirigée par une Française, Mme Christine Lagarde, n’a pas perdu son intérêt pour ce pays d’Afrique du Nord et du Maghreb qui a des caractéristiques qui lui sont propres. Et le récent séjour de Mme Lagarde à Rabat est la continuité du travail fait quasi quotidiennement par ses équipes, en collaboration avec les différents départements du ministère des Finances en particulier.

C’est pourquoi, dans ses différentes interventions lors de sa visite de la semaine dernière à Rabat, elle a marqué sa confiance pour le Maroc, prenant appui sur les efforts entrepris par le Trésor dans lla restauration de l’équilibre du budget public et la gestion de la dette. Certes, en cette mi-année 2014 quasiment, la santé financière du Royaume s’est améliorée parce que des fonds arabes sont venus à notre rescousse permettant au Trésor de se réduire les déficits, mais Mme Lagarde a aussi pris acte des engagements de M.

Boussaid, qui, lors de son arrivée au ministère des Finances, s’est engagé sur des réformes structurelles d’ordre économique et social afin d’améliorer les recettes fiscales et diminuer les dépenses de l’Etat dans l’objectif que le rééquilibre du budget de l’État se pérennise.

En effet, qu’il s’agisse de l’aide des pays du Golfe amis du Maroc, ou de la ligne de garantie, LPL, de 6 milliards de dollars accordée par le FMI au Maroc pour l’accompagner sur les marchés internationaux, ce sont deux mesures de soutien à l’Etat et au financement de notre économie, qui sont ponctuelles et conjoncturelles.

Lurgence des réformes

C’est pourquoi, il est temps que l’ensemble des réformes recommandées par le FMI, ami du Maroc mais non moins spécialiste de toutes les économies du monde et des pays émergents tout particulièrement, soit effectivement réalisé pour sortir le Royaume de la dépendance économique et financière vis-à-vis de l’extérieur.

La-directrice-du-FMI,-Christine-Lagarde

Ainsi, une question posée à Mme Lagarde par un journaliste de La Nouvelle Tribune, lors de sa conférence de presse à Rabat vendredi dernier, « sur les différentes réformes attendues par le FMI dans notre pays »,  elle a répondu : « c’est au gouvernement marocain qu’il faut s’adresser », parce qu’en effet, toutes les réformes nécessaires à l’épanouissement économique du Maroc sont connues et il suffit de les mettre en oeuvre.

Il s’agit bien sûr de poursuite de la réforme de la Caisse de compensation déjà enclenchée, qui peut faire gagner au budget public petit à petit quelques 35 milliards de dirhams. De la réforme fiscale décrétée aux Assises de la Fiscalité il y a deux ans, basée sur une meilleure justice fiscale qui dicte que les professions libérales payent leurs impôts comme tous les salariés pour lesquels l’Impôt sur le Revenu est « stoppé à la source » sur leur salaire, que 80 % de l’IS ne soit plus payés par 2 % des sociétés, que la TVA soit réduite à deux taux uniquement et qu’elle soit neutre pour tous et enfin surtout que l’économie souterraine passe à la transparence.

Il s’agit également de la réforme du système de retraites et de l’érection de deux pôles pour les caisses de retraites, un privé et un public, avec comme première priorité le sauvetage de la CMR en quasi-faillite aujourd’hui. Il s’agit enfin de la réforme de la loi budgétaire avec le vote d’une loi organique qui interdirait les dérapages budgétaires en cours d’exercice, comme cela a pu se produire ces dernières années.

Toutes réformes ayant comme objectif central d’engager la grande conversion de l’économie marocaine telle que préconisée par une étude du CESE en 2012 pour la satisfaction de la demande intérieure tout en  induisant la baisse des importations, l’amélioration de la compétitivité de notre économie à l’export et partant le rééquilibrage du solde extérieur.

Il faut insister sur cette dernière réforme économique parce qu’elle est la base de notre indépendance économique, seule capable de lui assurer une place d’acteur économique sur le plan international, notamment vis-à-vis de l’UE et à travers ses partenariats avec d’autres pays comme les Etats-Unis ou même la Turquie.

Sans ces réformes qui tardent à être appliquées, le Maroc restera le bon élève du FMI un jour, un élève médiocre le lendemain !

Le FMI, n’est pas dupe, ses économistes focalisent leurs recommandations sur ces mêmes réformes pour rendre l’économie marocaine créatrice de richesses, d’emplois, mais aussi de recettes fiscales nécessaires au rééquilibrage du Budget public et à la maîtrise de l’endettement du Trésor.

En attendant, arrêtons de nous féliciter des « compliments » de Mme Christine Lagarde sur notre pays car le FMI se base aussi sur des considérations politiques qui sont que le Maroc est le pays plus solide politiquement depuis le printemps arabe, qu’il occupe une situation stratégique en Afrique du Nord, et que le calme et la sécurité y règnent.

Le FMI travaille dans le sillage de la politique américaine pour qui la Monarchie marocaine est garante de stabilité dans une région quelque peu perturbée et en faillite économique.

Le Maroc est aussi pour ses interlocuteurs occidentaux un représentant crédible des pays arabes, une aide contre l’immigration clandestine et le terrorisme.

Pour toutes ces raisons, il faut prendre les propos de Mme le Directeur général du FMI comme des encouragements et non des félicitations. le FMI est un partenaire de grande importance pour le Maroc, attention donc de ne pas le décevoir !

En un mot, le Royaume doit sans tarder passer à la mise en oeuvre des réformes « conseillées » par le Fonds Monétaire International, aussi politique et intéressée que peut être sa sympathie envers le Maroc !!!

Afifa Dassouli