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Le dollar sous pression en 2026 : une fragilité plus structurelle que conjoncturelle

Le dollar sous pression en 2026 : une fragilité plus structurelle que conjoncturelle

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Le dollar entame l’année sur une trajectoire clairement baissière, prolongeant une tendance amorcée en 2025. Cette évolution n’est pas uniquement cyclique. Elle révèle deux vulnérabilités structurelles majeures pour la monnaie américaine à l’horizon 2026 : l’évolution de la gouvernance de la Réserve fédérale et la dégradation continue de la balance courante des États-Unis, en particulier de la balance des revenus, souvent moins commentée que le déficit commercial mais potentiellement plus dangereuse.

Le débat public se focalise traditionnellement sur le déficit commercial américain. Celui-ci reste effectivement élevé, porté par une dynamique d’importations nettement plus soutenue que celle des exportations. En 2024, le déficit de la balance courante s’est creusé pour atteindre 7,2 %, soit 237,6 milliards de dollars. Les importations de biens ont progressé de 15,4 milliards de dollars pour atteindre près de 794 milliards, tandis que les exportations n’augmentaient que de 2,3 milliards, à 516 milliards de dollars. Les déséquilibres bilatéraux restent marqués, notamment avec la Chine, l’Union européenne, le Mexique et le Vietnam.

Cependant, le point le plus critique se situe ailleurs. La balance des revenus des États-Unis est désormais négative et continue de se détériorer. Les revenus reçus de l’étranger augmentent, mais moins vite que ceux versés au reste du monde. Cette situation reflète l’accumulation d’un stock de dette extérieure dont le coût devient de plus en plus lourd. Contrairement à un déficit commercial, que l’on peut théoriquement corriger par un ralentissement de la demande intérieure, un déficit de la balance des revenus est beaucoup plus rigide. Il possède une inertie structurelle qui empêche toute correction rapide, sauf à agir sur deux leviers : une baisse significative des taux d’intérêt servis au reste du monde ou une dépréciation du dollar.

C’est précisément dans ce contexte que la politique monétaire américaine devient centrale. Pour rétablir durablement une balance des revenus positive, les États-Unis devraient réduire fortement le taux d’intérêt moyen qu’ils versent aux détenteurs étrangers de leur dette. Or cette option suppose un assouplissement monétaire marqué. Le remplacement prochain de Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale renforce cette perspective. Le futur président de la Fed est attendu sur une ligne plus accommodante, ce qui contribuerait mécaniquement à la poursuite de la baisse du dollar.

Cette orientation est politiquement assumée par Donald Trump, pour qui un dollar faible constitue un instrument stratégique. L’objectif est clair : améliorer la compétitivité des exportations américaines dans un contexte de guerre commerciale persistante. Le déficit commercial américain a d’ailleurs atteint 56 milliards de dollars sur les dix premiers mois de 2025, tandis que, sur la même période, la zone euro enregistrait un excédent de 144,6 milliards d’euros.

Sur les marchés des changes, les effets sont déjà visibles. Le dollar connaît l’un de ses pires débuts d’année depuis plusieurs décennies. En 2025, il a perdu près de 10 %, revenant à son plus bas niveau depuis début 2022. En ce début d’année, il recule fortement face au franc suisse, au yen et à l’euro. Alors que la devise européenne a récemment atteint 1,1950 dollar et le franchissement du seuil de 1,20 est désormais envisagé par de nombreux opérateurs. Cette dynamique concerne également le yen, la livre sterling et le yuan, conséquence d’une faiblesse généralisée du billet vert.

Pour autant, le scénario d’un dollar durablement affaibli n’est pas sans risques. Les marchés avaient initialement sous-estimé un facteur clé : l’impact inflationniste d’une dépréciation prolongée de la monnaie américaine. Car, une baisse trop rapide ou trop prolongée des taux par la Fed pourrait stimuler l’activité à court terme, mais au prix d’un regain d’inflation à moyen terme. Sachant que l’inflation érode les rendements réels, ce qui pousse les investisseurs à revoir leurs allocations. C’est précisément ce mouvement de réallocation qui s’observe actuellement, avec un intérêt croissant pour les actifs européens.

Cette appréciation de l’euro n’est cependant pas neutre pour l’économie de la zone euro. Selon les économistes, une hausse de 10 % du taux de change réduit le PIB et l’inflation d’environ 0,3 point. Avec une croissance attendue à 1,2 % en 2026, un euro durablement au-dessus de 1,20 dollar ramènerait cette prévision autour de 0,9 %, tandis que l’inflation reculerait de 2 % à 1,7 %. Les pays et secteurs les plus exposés seraient les grandes économies exportatrices, au premier rang desquelles l’Allemagne, la France et l’Italie.

Enfin, cette baisse du dollar n’est pas sans conséquences pour les économies émergentes, notamment le Maroc. La dépréciation du billet vert face au dirham présente des effets contrastés mais globalement favorables. Environ la moitié des importations marocaines étant libellées en dollars, leur coût diminue, allégeant la facture énergétique et industrielle. À l’inverse, les exportateurs, dont 35 à 40 % des ventes sont facturées en dollars, voient leurs revenus en dirhams se contracter. Néanmoins, compte tenu du poids supérieur des importations par rapport aux exportations, l’impact global sur la balance commerciale reste positif. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger, majoritairement effectués en euros, bénéficient également de la hausse de la monnaie européenne. À cela s’ajoute un effet de déflation importée qui soutient le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises.

Surtout, l’effet attendu de la baisse du dollar intervient alors que l’Office des Changes vient de publier les chiffres du comportement des balances commerciales, des marchandises, des services  et de voyages pour 2025, lesquelles s’améliorant peuvent supporter l’effet dollar. En effet, les échanges commerciaux de marchandises montrent une hausse des importations de biens de 8% à 822 milliards de dirhams dont une partie peut bénéficier de la baisse du dollar comme le déficit commercial qui se creuse à 15,8% .

Pour la balance des services, les importations de services ont cru de +9,7% en 2025 alors et l’excédent de la balance des services s’affiche à +14,2% . Quand la balance des voyages, elle, a atteint 138 milliards en 2025 contre 114 MMDHS en 2024. Sans oublier les recettes des investissements directs étrangers qui se sont élevés à 56 milliards de dirhams en 2025 en hausse de 28%….

En définitive, la faiblesse du dollar en 2026 ne relève pas d’un simple ajustement de marché, mais d’un déséquilibre plus profond entre choix monétaires, contraintes budgétaires et position extérieure des États-Unis. Si cette dynamique ouvre des opportunités pour certaines économies, dont le Maroc, elle recompose aussi les rapports de force monétaires et commerciaux à l’échelle mondiale.

 

Afifa Dassouli

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