Mme Nadia Laraki, Directrice Générale de l’Agence Nationale des Ports

Économie et Finance

L’ANP ambitionne d’être un émetteur régulier et profiter des atouts du marché des capitaux

le 11 juin 2019


Entretien avec Mme Nadia Laraki, DG de l’ANP

A l’instar de sa première émission obligataire effectuée en Octobre 2017 pour un montant de 500 Millions de DHS, et tout le succès qui l’a caractérisé, l’Agence Nationale des Ports (ANP) réalise encore une fois, une réussite spectaculaire à travers sa 2ème émission obligataire d’un montant d’un Milliard de DHS souscrite durant la période allant du 29 au 31 Mai 2019.

En effet, cette 2ème émission a enregistré un taux de souscription record de 76,2% jamais réalisé sur le marché obligataire national, l’équivalent d’un total de souscriptions de 76,2 Milliards de DHS, et a permis de couvrir l’ensemble des catégories d’institutionnels et d’Investisseurs.

Ce résultat traduit la confiance affichée et réitérée par ces derniers, la solidité du business model de l’ANP et les atouts de son mode de gouvernance, notamment en matière de politique financière.

Dans l’entretien accordé à La Nouvelle Tribune et au portail www.lnt.ma, Madame Nadia LARAKI, Directrice Générale de l’ANP, aborde les contours de cette opération d’émission, la situation financière de l’Agence et son ambition pour se positionner sur le marché obligataire national.

 

La Nouvelle Tribune :
Mme LARAKI, vous dirigez l’Agence Nationale des Ports qui vient de lancer sa deuxième émission obligataire, la première datant de 2016 pour 500 Mdh, vous continuez donc dans la diversification du financement de votre activité, pouvez-vous nous en parlez ?

Mme Nadia Laraki :
Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour cette question si importante et qui l’est encore plus pour un secteur aussi névralgique et à vocation stratégique pour un pays tel que le Notre.

Le secteur portuaire présente la spécificité d’un secteur à investissements fortement capitalistiques et budgétivores ; ce qui nécessite la mobilisation de financements conséquents et la mise à contribution des opportunités qui s’offrent sur le marché financier en la matière à la fois au niveau national et international.

C’est pour cela que l’Agence Nationale des ports (ANP) a fait de la diversification de ses modes de financement un des leviers de sa politique financière.

Cela s’inscrit également, dans une logique de mise à contribution du marché national dans le financement des infrastructures portuaires.

L’intervention de l’ANP sur le marché obligataire en Octobre 2017, à travers l’émission d’un emprunt obligataire de 500 millions de DHS, qui avait connu une réussite sans précédent, se plaçait dans ce cadre. L’Agence compte conforter encore plus, son positionnement sur ce marché en tant qu’émetteur régulier.

La 2ème émission obligataire d’1 Milliard de DHS lancée en Mai 2019, s’inscrit dans cette continuité pour permettre la réalisation des projets d’investissement et de développement prévus par l’Agence dans le cadre de son programme d’investissement couvrant la période 2019-2021 dont le montant s’élève à près de 4 Milliards de DHS.

Concernant cette 2ème émission, l’Agence Nationale des Ports réalise une nouvelle performance avec un taux de souscription record de 76,2%, jamais enregistré sur le marché obligataire national.


L’ANP, créée en 2006, a été financée par l’Etat au gré d’alimentations d’un fonds de dotation correspondant à son capital.
Est-il vrai que sa dernière contribution a été versée en 2018, et que cela signifiait-il pour l’ANP ?
La même année, l’ANP a procédé à une augmentation de ce fonds par l’incorporation de ses réserves pour atteindre un capital de 44 milliards de dirhams, est-ce à dire qu’elle est suffisamment dotée pour une indépendance financière vis-à-vis de l’Etat ?

L’ANP en tant qu’établissement public est tenue, au même titre que toute Entreprise de droit public ou privé, de veiller sur ses équilibres financiers et la couverture de ses engagements vis-à-vis de ses partenaires.

Le fonds de dotation auquel vous faites allusion, constitue les fonds avancés par l’Etat en tant qu’actionnaire unique dans les Etablissements publics, soit dans un cadre de renforcement des ressources propres de ceux-ci, soit pour l’appuyer dans la réalisation de projets d’investissement à préoccupation commune.

Pour le cas de l’ANP, sachez que l’Agence est l’un des rares Etablissements publics qui ne sollicite pas la contribution de l’Etat et dispose d’un « business modèle » qui lui offre toutes les garanties pour accompagner le financement de ses projets de développement.

Cela justifie le non-recours par l’ANP à la garantie de l’Etat pour lever des fonds, y compris à l’international.

L’Agence est également, appuyée par la solidité de sa structure financière, à travers ses indicateurs d’équilibres financiers, notamment son niveau d’endettement maitrisé avec un gearing de 35% à fin 2018.

Traditionnellement, en se refinançant auprès du système bancaire, l’ANP avait un taux d’endettement faible d’à peine 30% qui témoigne d’une très bonne santé financière, qu’en est-il après les deux émissions obligataires de 2016 et 2019 ?

En parlant de financement auprès du système bancaire, je tiens à vous préciser que l’ANP a été l’Etablissement pionner à avoir introduit le financement bancaire dans la réalisation d’infrastructures portuaires et permettre, à travers cela, aux banques nationales de contribuer et de soutenir les investissements publics en général et ceux du secteur portuaire en particulier.

Entre les deux émissions obligataires, l’ANP soucieuse de préserver la solidité de ses indicateurs, a marqué délibérément « une pause » en s’appuyant essentiellement sur ses propres ressources financières.

En témoigne, le niveau d’endettement affiché par l’Agence à Fin 2018 et qui est à peine de 53%, nettement en deçà du seuil permis. Ce taux évoluera pour les trois prochaines années dans la limite de ce seuil.

Mme Laraki, le plus important est la destination du milliard de dirham de votre émission obligataire actuelle, quels en sont les projets d’investissements ?
L’ANP a-t-elle un nouveau plan de développement, quelles en sont les grandes lignes ?

Comme je l’ai souligné auparavant, l’ANP poursuit aujourd’hui, son effort d’investissement pour permettre à la fois (i) une mise à niveau des infrastructures portuaire existantes, (ii) un développement et une diversification de l’offre portuaire à travers de nouvelles infrastructures (iii) et l’accompagnement de l’Etat dans la réalisation de nouveaux sites portuaires.

C’est à ces défis que l’Agence ambitionne de répondre dans le cadre de son programme d’investissement 2019-2021.

Ce programme, qui est l’aboutissement de la réflexion stratégique de l’ANP intégrant l’évaluation de la demande, les attentes des partenaires de l’Agence, les préconisations de la stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030 et les visions de l’ANP pour chacun de ses domaines d’intervention, nécessite une enveloppe de près de 4 Milliards de DHS dont 69% correspondent à des projets d’infrastructures.

L’ANP vise et veille à mettre à la disposition de l’économie marocaine des ports performants, sécurisés et aux standards internationaux et à faire des ports un outil de développement intégré dans leur environnement local, régional et international au service de la communauté portuaire et de la compétitivité du commerce extérieur national.

Sachant que le Ministre des Finances a annoncé publiquement que l’Etat compte ouvrir le financement des projets publics aux privés, l’ANP n’a-t-elle pas été précurseur en la matière ? Comment appréciez-vous la profondeur du marché des capitaux sur la base de la souscription de cette émission ?

L’ANP est un département de l’Etat, elle s’inscrit parfaitement dans cette orientation. D’ailleurs, permettez-moi de rappeler ici que l’une des retombées majeures de la réforme portuaire mise en place en 2006, est l’encouragement du secteur privé dans le financement, la gestion et l’exploitation des ports et des infrastructures portuaires ; c’est ce qui explique l’augmentation de l’investissement dans les ports à la fois public et privé depuis l’entrée en vigueur de ladite réforme.

S’agissant du marché des capitaux, notre intervention sur le marché obligataire a été des plus réussies et je saisis cette occasion pour remercier tous les investisseurs et tous les institutionnels qui ont fait confiance à l’Agence lors de la 1ère émission obligataire et qui réitèrent cette confiance à l’occasion de cette 2ème émission pour accompagner l’Agence dans ses projets de développement.

Notre ambition est de nous positionner encore davantage en tant qu’émetteur régulier sur ce marché et profiter des atouts qu’il présente.

Entretien réalisé par Afifa Dassouli