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L’Afrique face à son potentiel minier : 8.600 milliards de dollars d’actifs inexploités, selon Africa Finance Corporation

Economie

L’Afrique face à son potentiel minier : 8.600 milliards de dollars d’actifs inexploités, selon Africa Finance Corporation

Par LNT
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L’Afrique disposerait d’un potentiel minier considérable encore largement sous-exploité. Selon le Compendium of Africa’s Strategic Minerals 2026, publié par Africa Finance Corporation (AFC), le continent abrite environ 29.500 milliards de dollars de valeur minière au stade « mine-site », dont 8.600 milliards de dollars restent à développer. Ce montant représente environ deux fois et demie le produit intérieur brut annuel du continent, estimé à 3.060 milliards de dollars en 2025.

Au-delà du volume des ressources, le rapport insiste sur un constat central : la contrainte principale de l’Afrique n’est pas géologique, mais structurelle. Le défi réside moins dans la disponibilité des ressources que dans la capacité à les transformer en actifs productifs, en capacités industrielles et en chaînes de valeur régionales intégrées.

Un potentiel concentré dans des minerais stratégiques

Les actifs inexploités se concentrent principalement dans le minerai de fer (environ 2.000 milliards de dollars), l’or (1.100 milliards), la potasse (1.000 milliards), les phosphates (près de 911 milliards), les métaux du groupe du platine (523 milliards), la bauxite (516 milliards), le graphite (424 milliards), les sables minéralisés (358 milliards) et le cuivre (343 milliards).

Ces minerais jouent un rôle clé non seulement dans les chaînes de valeur mondiales liées à la transition énergétique et aux technologies avancées, mais également dans les priorités internes du continent : industrialisation, sécurité alimentaire, infrastructures, énergie et développement urbain.

Le rapport souligne que l’Afrique continue d’exporter majoritairement des matières premières brutes, tout en important des produits transformés à plus forte valeur ajoutée. Ce décalage limite la capture de valeur et renforce la dépendance structurelle aux marchés extérieurs.

La transformation comme levier de création de valeur

L’AFC met en évidence l’effet multiplicateur de la transformation industrielle. Le minerai de fer, évalué à environ 2.800 milliards de dollars à la sortie de mine, pourrait générer jusqu’à 25.400 milliards de dollars une fois transformé en acier. De même, la bauxite, estimée à 874 milliards de dollars à l’extraction, pourrait atteindre plus de 15.000 milliards de dollars après raffinage en aluminium.

Ce différentiel illustre, selon le rapport, l’enjeu stratégique de la valorisation locale et régionale des ressources. La question centrale n’est donc pas seulement l’exploitation, mais l’intégration des chaînes de valeur à travers des infrastructures adaptées, des capacités énergétiques fiables et des marchés régionaux suffisamment profonds.

Infrastructures : condition préalable à l’intégration

Le document accorde une place centrale aux infrastructures. L’absence de coordination entre gisements, réseaux ferroviaires, ports et production électrique constitue l’un des principaux freins au développement intégré.

Les corridors miniers restent souvent structurés selon un modèle « mine-port », hérité de logiques extractives historiques, sans véritable articulation avec des pôles industriels ou des marchés régionaux. Le rapport plaide pour une évolution vers des infrastructures partagées et multi-usages, capables de soutenir des activités de transformation et d’industrialisation.

Les ports, par exemple, ont vu leur capacité d’exportation de vrac augmenter significativement, notamment en Afrique de l’Ouest. Toutefois, cette expansion demeure majoritairement orientée vers l’exportation de minerais bruts, avec une intégration limitée aux écosystèmes industriels locaux.

Un repositionnement stratégique dans un contexte géoéconomique tendu

Le rapport souligne également que les tensions commerciales mondiales, la concentration des chaînes d’approvisionnement et les politiques industrielles nationales renforcent la dimension stratégique des minerais africains.

Certains segments, tels que le raffinage du manganèse, des terres rares ou du graphite, restent fortement concentrés à l’échelle mondiale. L’Afrique pourrait, selon l’AFC, tirer parti de cette configuration en se positionnant comme alternative crédible dans des maillons spécifiques à forte valeur stratégique.

Des projets de raffineries de terres rares en Angola, de manganèse de qualité batterie en Afrique australe ou encore la reprise de la production d’uranium en Namibie et au Malawi sont cités comme signaux d’un repositionnement progressif.

L’or comme instrument de stabilité macroéconomique

Parmi les minerais analysés, l’or occupe une place particulière. Le continent disposerait de plus de 5.000 milliards de dollars de valeur aurifère, dont plus de 1.000 milliards restent inexploités. L’AFC souligne que l’or peut jouer un rôle dans le renforcement des réserves de change et la stabilisation macroéconomique.

L’exemple du Ghana est mis en avant : la mise en place d’une structure d’achat centralisée a permis d’accroître les réserves officielles, de formaliser une partie de la production artisanale et de renforcer les équilibres extérieurs.

Vers une approche endogène des minerais stratégiques

Le Compendium propose une définition des « minerais stratégiques » fondée sur les priorités africaines plutôt que sur des classifications externes. Il identifie cinq grandes catégories : sécurité économique, systèmes industriels et manufacturiers, demande domestique et infrastructures, transition énergétique et technologies émergentes.

Cette approche vise à replacer les ressources minières au cœur d’une stratégie de transformation structurelle, en articulant extraction, transformation, énergie, logistique et marchés régionaux.

En conclusion, le rapport affirme que le potentiel minier de l’Afrique constitue une base significative pour son industrialisation, à condition que les contraintes liées aux infrastructures, à l’énergie, au financement et à la coordination régionale soient levées. L’enjeu dépasse l’exploitation des ressources : il s’agit de convertir un capital géologique en levier durable de transformation économique.

SB

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