Économie et Finance

Les lacunes de la culture dominante

le 26 juillet 2019


La problématique de la confiance, qui sous-tend ce numéro spécial dédié au Maroc et les fulgurances et stagnations qui le caractérisent, est intéressant parce qu’il est au cœur de la construction sociale et du développement de notre pays !

En fait la question de la confiance dépasse de loin l’économique.

La confiance, est d’abord  pour tout individu vis-à-vis d’autrui, dans l’avenir, dans son environnement, dans les institutions. Elle se traduit par la façon dont on se projette et comment on interagit avec les autres.

Aussi, si la façon dont on se projette relève de l’économique, l’interaction repose sur la constitution de la société, ses valeurs, son évolution. Et, il s’agit là des deux dimensions essentielles de la confiance.

Car lorsque l’on se projette, que la confiance est instaurée, cela profite directement à l’économie, comme le montrent les conclusions d’une étude faite récemment au Danemark.

La confiance, une denrée rare !

Au Maroc, plusieurs études ont montré que le niveau de confiance des Marocains est très faible et que nos concitoyens se méfient d’abord les uns des autres.

Il se continue dans l’absence de confiance dans les institutions, dans l’avenir, ce qui entraîne des comportements individualistes et à court terme, sans projections à long terme et un manque de solidarité avec tout ce qui dépasse le cercle familial classique.

Certes, cette caractéristique du Marocain, a des conséquences économiques lorsque des groupes familiaux refusent d’associer des « étrangers », c’est-à-dire des personnes qui n’appartiennent pas à leur cercle familial élargi, à leurs affaires ou leur management.

La confiance est donc un vrai sujet du fait de son impact économique certe mais social également. Le constat est clair, le référentiel auquel s’identifient les gens reste très limité, au simple cercle familial.

Au-delà de la maison, c’est l’extérieur hostile.  « Je nettoie ma maison, mais ce qu’il y a à la porte ne me concerne pas » c’est là un reproche  qui caractérise la famille marocaine depuis longtemps. Et donc, tout ce qui est à l’extérieur de la zone de confiance est, par définition, hostile. Et de cette appréhension, naît le désintérêt pour les questions citoyennes, le devenir de la cité, les affaires publiques, les institutions, etc.

L’Éducation, une condition essentielle

On pourrait se demander comment faire évoluer les Marocains vers la solidarité, l’ouverture et la conscience de leur rôle à l’égard de leur environnement ?

La réponse à cette question se trouve au niveau du préscolaire quand on introduit des techniques d’empathie entre les enfants.

Si on ne scolarise qu’à partir de six ans l’enfant et qu’il arrive dans une classe où il devra se battre pour faire sa place, forcément, l’extérieur sera perçu avec agressivité. Il se trouve en situation d’avoir à se défendre, en situation de méfiance.

Il faut que les enfants soient scolarisés dans le cadre d’un contexte d’empathie, de solidarité, de plaisir, pour développer une attitude plus confiante.

Certaines études démontrent que le développement des enfants est accéléré quand des techniques d’apprentissage de la solidarité et de l’empathie sont appliquées.

De là à ce que l’entrepreneur marocain soit réticent, méfiant, qu’il manque de volontarisme, recherche des niches rentières et les exonérations fiscales, se complaît dans un comportement moutonnier suivant ceux qui gagnent, il n’y a qu’un pas.

Le contexte climatique

C’est d’ailleurs pourquoi, l’industrie est récente dans l’histoire de notre pays et de notre population, tout comme le travail de façon industrielle et la prise de risque.

Une autre explication à l’attitude réservée du Marocain se trouve dans des études faites par des historiens et des anthropologues qui ont fait le lien entre les conditions climatiques et la façon de travailler des gens.

Ainsi, dans les pays du Nord, l’hiver est très rigoureux, mais plutôt normé. Ce qui fait que les populations ont appris à vivre avec cette échéance de l’hiver pour laquelle si on n’a pas fait des réserves, on risque de mourir de faim.

C’est ainsi que les populations du Nord, millénaire après millénaire, ont intégré les notions de planification, d’organisation, d’anticipation parce que leurs conditions de vie en dépendaient.

Dans des pays beaucoup plus favorisés par le climat et la température, où les fruits poussent tous seuls, des légumes également et qu’il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser, nul besoin de s’organiser, de planifier et d’anticiper parce qu’il n’y va pas de son existence même.

Cette étude explique que cela conduit à des comportements qui sont extrêmement influencés par le rapport à la nature et aux saisons.

Selon cette approche, le Maroc est un pays privilégié. Et le Marocain a vécu dans un environnement naturel où, hormis quelques périodes de catastrophes, etc., survivre n’était pas vraiment problématique et le développement économique du Maroc s’est fait par le commerce et l’artisanat.

Jusqu’au Protectorat, l’économie marocaine ne connaissait pas l’industrie, laquelle exige anticipation, capitalisation, construction. Il n’y a pas eu de révolution industrielle, mais des artisans produisant tranquillement, à leur rythme et le commerce pour réguler entre les zones de production et celles de commercialisation, sur un horizon très court termiste.

Et quand l’accélération économique du vingtième siècle est arrivée, avec des modes nouveaux de production et de constitution de richesses, on n’a pas vraiment évolué tandis que les rentes de situation se développaient.

Qui pouvait se remettre en cause dans un tel contexte ?

Le chemin est encore long…

En fait, la remise en cause n’est vieille que de vingt ans !

Et c’est un délai trop court pour changer des états d’esprit construits sur des millénaires de fonctionnement. L’investissement à long terme, l’innovation ne sont pas encore intégrés dans la culture dominante de la société marocaine.

Et ceux qui ont été exposés aux hautes formations intellectuelles, ne sont pas assez nombreux pour impacter des millions de personnes qui n’ont pas eu l’accès à ces conditions de privilégiés.

L’État a été incontestablement volontariste en incitant les gens à aller vers certains secteurs à coups d’incitations, de subventions, mais ce genre d’opportunités a fermé la porte aux métiers qui en étaient dépourvus. Le chemin du rétablissement de la confiance du Marocain est long parce que certaines mentalités sont encrées. Il faut compter sur la réforme de l’éducation, les nouvelles générations et la nouvelle économie numérique qu’affectionnent ces derniers pour qu’une vraie révolution des mentalités s’impose …