Le Raja se qualifie au terme d'un match fou. Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Sport

La Tribune de Nas : Des rouges devenus verts…

le 25 novembre 2019


Quel est le point commun entre Flamengo et le Raja de Casablanca ? Ils ont tous deux renversé des matchs épiques à la toute dernière minute, en profitant de la fragilité mentale de leurs adversaires, River Plate et le Wydad de Casablanca, deux équipes qui ont malheureusement suivi le modèle du Paris-Saint-Germain…

Qu’est-ce qu’il faut retenir de ce derby ? Beaucoup de choses, et on va  commencer par le moins bon…

Tout le football marocain se développe à vive allure, sauf le volet de la billetterie qui est complètement à revoir. En effet, on est passé de la distribution dans un seul point de vente, à celui dans plusieurs points. Et maintenant, on a souhaité imiter le modèle européen, en proposant les billets sur internet. C’est bien, mais très mal fait.

Pourquoi ? Tout d’abord, on n’essaye pas ce type d’opération dans un match aussi crucial. C’est une erreur de débutant. Ensuite, le site est constamment bloqué. Ce qu’il faut faire, c’est une file d’attente virtuelle, comme ce que font la FIFA ou l’UEFA, pour la Coupe du Monde et l’Euro. C’est bien de combattre le marché noir; cependant, il faut proposer des solutions alternatives. Par exemple, en Europe, lorsque l’on ne peut pas acheter un billet sur le site officiel, on se redirige vers un site de revendeurs officiel, j’ai bien dit officiel, comme Viagogo, où les prix sont un peu plus élevés mais disponibles au grand public, et les acheteurs identifiés. C’était le seul point noir de la soirée.

Car il faut le dire, nous avons assisté au plus grand derby de l’histoire Wac vs Raja. Pourquoi ?

Tout d’abord au niveau du public et des tifos, qui ont fait le tour du monde. Pour vous donner une idée, lorsque j’allais au stade Mohammed V fin des années 90, la chose la plus spectaculaire que pouvaient faire les supporters étaient le jet de papier toilette du haut des tribunes comme en Amérique du Sud. Aujourd’hui, en plus de chants exceptionnels, que ce soit la Curva Nord (Les Winners du Wydad) ou la Curva Sud (Green Boys), chacun des groupes d’ultras a proposé un tifo en 2D, un tifo en 3D, fumigènes et feux d’artifice à chaque mi-temps, ce qui représente un budget, un investissement colossal. Ayant raté le leur à l’aller, le Raja de Casablanca a rectifié le tir, en déployant des tifos, certes provocateurs, mais de toute beauté, notamment avec celui de Daisy, le canard et personnage de dessin animé, car «  El Batta »  est la mascotte du Wydad.

Ces derniers n’étaient pas en reste puisqu’ils ont rendu un bel hommage au père Jego et petite nouveauté, qu’aucun stade dans le monde n’a encore expérimenté, des feux d’artifice en plein match dans le stade pour accompagner les tifos, les chants et les fumigènes. Bravo au public des deux camps avec une mention spéciale pour le Raja sur ce match. Et comme vous pouvez le voir sur le Facebook live de lnt diffusé au début de match, ce qui est le plus impressionnant, c’est que les 20 000 personnes de chaque Curva Nord et Sud ont levé les tifos à la même seconde. Vous ne vous rendez pas compte,  mais c’est un travail et une organisation chirurgicaux.

En ce qui concerne le match, l’homme de cette première mi temps est sans contexte le portier Rouge et Blanc, Reda Tagnaouti, qui à lui seul a arrêté toutes les offensives des diables verts. Pourquoi je dis à lui seul, parce que le maillon faible du Wydad était ce soir-là Mohamed Nahiri, car vous remarquerez que tous les buts du Raja sont venus de son côté. Il a été trop lent pour intercepter les vagues rajaouies. Parce que ce Raja, malgré le fait qu’il ait été mené au score (1-4) à la 72 ème minute, a montré une force de caractère incroyable. Et ce retour est symbolisé par un seul homme, Mohsine Metouali, un  véritable chef d’orchestre : 2 buts et 2 passes décisives, what else ?

Ce joueur me fait penser à Manuel Rui Costa, par sa gestuelle et sa technique nonchalante. Un véritable génie, comme on en voit très peu en ce moment en 2019. Il a certes 33 ans, mais le coach Vahid, présent au stade, devrait penser à l’incorporer au milieu de terrain des Lions, car je suis désolé, je n’ai pas peur de le dire, il est beaucoup mieux qu’un joueur comme Faycal Fajr, qui est incolore et inodore à mon goût… Enfin sa chicha est plutôt pomme…

En tout cas, malgré les absences du milieu de terrain titulaire Jabrane/Saidi/El Karti, ce qu’a fait le Wydad est véritablement une faute professionnelle. Se faire remonter de cette façon à domicile, face à l’ennemi juré devrait être sanctionné. D’ailleurs, le Président n’a pas hésité à virer 3 joueurs de l’équipe première vers l’équipe espoir…

Pour finir, il faut rendre un grand hommage au public Wydadi qui dans l’ensemble a applaudi les 22 acteurs. Il en sort grandi, lui comme l’ensemble du football marocain, qui a montré au monde entier qu’il est un véritable pays de football et de passion,  pas comme certains pays, qui sont des pays de basketball et d’argent…

Nas
Depuis le complexe Mohamed V