Économie et Finance

La politique tous azimuts de Bank Al-Maghrib

le 25 juin 2020


M. Abdelatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, a insisté en conclusion de sa récente intervention publique la semaine dernière, sur la gravité de la crise économique actuelle que connaît notre pays, affirmant que, selon son diagnostic du moment, elle serait sujette à une aggravation !

Mais, les nouvelles mesures adoptées par BAM lors de la tenue de son dernier conseil, dénotent déjà de très fortes inquiétudes quant à la situation économique du Maroc en 2020 et à venir.

En effet, il n’est pas anodin que Bank Al-Maghrib décide d’une seconde baisse de son taux directeur de 50 points de base, le ramenant à 1,5%.

Car, le niveau de ce dernier est à la base de la détermination des taux de financement de l’économie, et plus il est bas, plus le coût de ces derniers est faible, le rendant plus accessible. Mais encore faut-il que la politique monétaire soit efficiente.

Ce qui signifie que grâce aux mesures instaurées par la banque centrale la liquidité des banques doit être assurée continuellement sur le moyen terme.

Pour ce faire, BAM, assure aussi et surtout un refinancement bancaire quotidien appuyé sur des instruments financiers élargis, des bons du trésor aux obligations privées et autres instruments de dettes, pour accompagner son assouplissement réglementaire, afin de permettre aux banques d’accorder plus de crédits à l’économie, en particulier aux PME.

Sachant, toutefois, que son intervention sur les marchés interbancaire, des BT et obligataire, permet de stabiliser ces marchés et que son aide aux banques peut permettre d’éviter un « credit crunch ».

A moyen terme, c’est l’accumulation de mesures monétaires, réglementaires et budgétaires qui, au final, va aider l’économie à se redresser.

Concrètement, la politique monétaire de la Banque centrale utilise toute la flexibilité possible au risque de s’affranchir des règles prudentielles pour le financement des prêts aux PME à des conditions favorables, en étant moins regardante sur le respect de ces règles orthodoxes, en faveur des banques qui, ainsi, maintiennent leur soutien aux PME.

Car, la simple annulation de la réserve obligatoire ne suffirait pas à augmenter la capacité des banques à accorder des prêts à l’économie, sans l’assouplissement réglementaire qui porte sur un abaissement du niveau des capitaux propres exigés.

On que reconnaîtra que ce dernier effort de BAM est exceptionnel, sachant que juste avant cette crise d’exception, en 2018 et 2019, elle avait exigé de toutes les banques, un renforcement de leurs capitaux propres sous forme de capital social, d’obligations subordonnées, simple ou perpétuelles.

Mais, il faut savoir que l’objectif de BAM est d’assurer la liquidité sur les marchés avec l’augmentation du refinancement des banques, aussi et surtout pour faire de sorte qu’elles continuent à avoir une activité normale car couramment les 4/5 du financement des banques viennent des prêts bancaires.

Le rôle de BAM ne porte donc pas uniquement sur l’assurance de la stabilité des marchés, mais aussi et surtout sur le soutien des banques dans leur rôle fondamental d’octroi de crédits bancaires.

Et on peut même affirmer que c’est la raison essentielle des mesures prise par Bank Al-Maghrib !

Ainsi, avec l’annulation de la réserve obligatoire, elle libère une manne de liquidités de près de 12,9 MMDH au profit des banques.

Et, avec la baisse des capitaux propres réglementaires qu’elle leur concède, les banques peuvent, grâce à l’effet de levier, financer 10 fois plus de de prêts à l’économie.

C’est à ce niveau que BAM attribue une aide très importante à la reprise économique.

C’est pour toutes ces raisons que les dernières mesures prises par la banque centrale peuvent être qualifiées d’exceptionnelles !

C’est, en effet, pour la première fois, qu’elle procède à deux baisses consécutives de son taux directeur et qu’elle le ramène à un niveau inférieur à sa cible d’inflation longtemps fixé à 2%.

Le Taux Directeur est aujourd’hui à son plus bas depuis 15 ans.

Idem pour le compte de la réserve obligatoire des banques, jusque-là jamais réduit à zéro.

Pourtant, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib exclue tout recours à des moyens non conventionnels de financement, comme le font des banques centrales notamment la BCE et la FED.

Il affirme poursuivre une politique accommodante uniquement pour soutenir la relance de la croissance économique sans recourir à la planche à billets, qui pourrait être nuisible à terme aux fondamentaux de l’économie marocaine.

C’est là en effet une très bonne nouvelle pour un pays encore émergent comme le Maroc.

Le Gouverneur Jouahri dit vouloir rester à l’écoute des besoins des opérateurs économiques, les banques en tête, tout en jouant son rôle de régulateur.

Mais, pour reprendre sa conclusion, l’efficience de sa politique monétaire dépendra de la cadence de la reprise de l’économie …

Afifa Dassouli