Alors que 88 % de la population marocaine bénéficie désormais d’une couverture sanitaire, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’accès effectif aux soins et la soutenabilité financière du système de santé constituent des enjeux majeurs. Réunis mercredi 14 octobre à Marrakech, à l’initiative du Conseil de la concurrence, plusieurs responsables institutionnels ont appelé à renforcer la régulation du secteur, à encourager les investissements et à mieux maîtriser les dépenses. Les prestations servies par la CNSS au titre de l’assurance maladie obligatoire ont atteint 23 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 17 % sur un an.
La généralisation de la couverture sociale au Maroc soulève de nouveaux défis pour l’organisation et le financement du système de santé. Au-delà de l’élargissement du nombre de bénéficiaires, les pouvoirs publics doivent désormais veiller à la disponibilité des prestations, à leur accessibilité financière et à la maîtrise des coûts.
Ces questions ont été au centre d’une conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence, sous le thème « La politique de santé au Maroc : concurrence, régulation et gouvernance à l’ère de la couverture sociale universelle ».
Intervenant à l’ouverture des travaux, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a insisté sur la nécessité de renforcer l’attractivité du secteur de la santé afin d’encourager les investissements et le développement de l’offre de soins.
Selon lui, la participation du secteur privé constitue une composante importante de la généralisation de la couverture sociale. Elle doit toutefois s’inscrire dans un environnement respectueux des règles de concurrence, de la législation et des principes éthiques.
L’enjeu consiste à concilier l’augmentation des capacités de prise en charge avec la qualité des prestations et la maîtrise des dépenses supportées par les patients et les organismes d’assurance maladie.
Ahmed Rahhou a également rappelé les travaux menés par son institution sur le secteur de la santé, notamment concernant les circuits de distribution des médicaments et les mécanismes de fixation de leurs prix. Il a appelé à renforcer la coopération entre les institutions publiques, les régulateurs et les opérateurs.
De son côté, le président du CESE, Abdelkader Amara, est revenu sur les avancées de la généralisation de la couverture médicale, qui concerne désormais 88 % de la population marocaine.
Il a toutefois souligné que l’évaluation de cette réforme ne pouvait se limiter au nombre de personnes couvertes. L’accès effectif aux prestations reste déterminant, notamment en matière de proximité géographique des établissements, de disponibilité des professionnels de santé et de coût restant à la charge des patients.
Abdelkader Amara a également plaidé pour un équilibre entre les secteurs public et privé. Si les investissements privés peuvent contribuer à répondre à l’augmentation de la demande de soins, le secteur public doit conserver sa capacité à prendre en charge l’ensemble de la population, particulièrement les catégories les plus vulnérables.
Cette complémentarité suppose notamment une répartition adaptée des ressources humaines et des infrastructures sur le territoire.
La soutenabilité financière du système a constitué un autre axe des discussions.
Le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Hassan Boubrik, a indiqué que les prestations servies au titre de l’assurance maladie obligatoire (AMO) avaient atteint 23 milliards de dirhams en 2025, soit une augmentation de 17 % par rapport à l’année précédente.
Cette progression, dans un contexte d’élargissement de la couverture médicale, renforce les enjeux de maîtrise des dépenses et de continuité du financement des prestations.
Hassan Boubrik a notamment insisté sur la nécessité de garantir l’effectivité des droits des assurés et de préserver la continuité de leur couverture.
Pour maîtriser les dépenses, le directeur général de la CNSS a préconisé un renforcement de la régulation des prix des médicaments et des mécanismes de remboursement.
Il a notamment évoqué le recours accru aux médicaments génériques et aux biosimilaires, ainsi que l’actualisation des tarifs de référence et des listes de médicaments remboursables. Ces mesures pourraient contribuer à limiter les coûts supportés par les organismes d’assurance maladie et les patients.
Le responsable a également souligné l’importance de la prévention et d’une meilleure coordination des parcours de soins afin de réduire certaines dépenses évitables.
La lutte contre la fraude constitue un autre volet de cette régulation. Hassan Boubrik a appelé à renforcer les contrôles pour prévenir les pratiques de surfacturation, les actes médicaux injustifiés et les éventuelles irrégularités dans la facturation des prestations.
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de doter la Haute Autorité de santé des moyens nécessaires à l’exercice de ses missions de régulation et d’amélioration de la qualité des soins.
Les interventions ont ainsi mis en évidence les défis liés à la généralisation de la couverture médicale. L’augmentation du nombre de bénéficiaires nécessite des investissements dans les infrastructures, les équipements et les ressources humaines.
Parallèlement, la progression des dépenses appelle un encadrement renforcé des prix, des remboursements et des pratiques de facturation.
LNT
