Politique

La diplomatie territoriale climatique en action

le 10 novembre 2016


Sommet des élus locaux et régionaux à Marrakech le 14 novembre

Parmi les multiples side-events qui se dérouleront tout au long de la COP22 de Marrakech, dont les travaux se poursuivront jusqu’au 17 novembre, on ne pourra ignorer que l’un des plus importants sera consacré au rôle des régions et de leurs élus dans la mobilisation contre les effets du réchauffement climatique.
En effet, le lundi 14 novembre, se tiendra dans un grand complexe hôtelier de la Ville ocre, «Le Sommet des élus locaux etrégionaux pour le Climat». Une manifestation d’une importance névralgique organisée par l’Association Marocaine des Présidents de Conseils Communaux et l’Association des Régions Marocaines, avec l’ensemble des grands réseaux internationaux de gouvernements locaux et régionaux.

Cette réunion au sommet des maires, gouverneurs et autres représentants des villes et régions se veut, comme l’expriment les organisateurs nationaux, l’AMPCC et l’ARM, la concrétisation de la volonté du Royaume d’ajouter une palette d’importance à l’extraordinaire foisonnement d’initiatives et de manifestations qui accompagnent cette COP22, mais dans une dimension incontournable, celle de la diplomatie «municipale et régionale».

Car aujourd’hui, nul ne peut contester que les régions et les villes, leurs élus, leurs opinions publiques, c’est-à-dire les habitants, sont et doivent encore plus à l’avenir, être les acteurs volontaires et déterminés de l’action contre les changements climatiques.

Les nouveaux acteurs

C’est un des grands commis de la mondialisation, M. Pascal Lamy, qui fut Commissaire européen mais surtout Directeur général de l’OMC durant deux mandats consécutifs, qui soulignait dans un entretien accordé à La Nouvelle Tribune pour son édition spéciale d’août 2016, consacrée aux effets de la globalisation, que : «…d’autres puissances que la puissance étatique sont apparues. Elles remettent en cause le monopole des Etats-Nations dans la conduite des affaires internationales. Nous connaissons ces nouvelles puissances, ces sont des entreprises multinationales, des organisations de la société civile tout aussi multinationales, des entités infra-étatiques comme les villes.

Il y a cinquante villes sur cette planète dont les maires sont beaucoup plus puissants que la moitié des membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies !
Cela, parce que le ratio entre leur pouvoir et leur légitimité est bien meilleur que celui de nombre de dirigeants étatiques… (cf. La Nouvelle Tribune, édition spéciale, août 2016).

Cette vérité est, incontestablement, celle qui s’exprimera, de façon claire et affirmée lors de ce sommet des élus locaux et régionaux pour le Climat parce que ces élus, les équipes qui les assistent, les habitants qui les accompagnent, tous vivent au quotidien les effets du réchauffement climatique.

Unis par la même et angoissante problématique, ils doivent désormais, aux côtés des Etats, des gouvernements, entrer eux aussi dans l’action puisque celle-ci est désormais à l’ordre du jour après l‘entrée en vigueur, salutaire bien sûr, de l’Accord de Paris, le 4 novembre dernier.

De même donc qu’on réunit à Marrakech, dans sa Zone bleue aux conditions d’accès si légitimement strictes, les diplomates et experts de 196 Etats, le Sommet des élus locaux et régionaux réunira le 14 novembre les adeptes d’un nouveau concept né des évolutions sociétales et politiques, des exigences de la représentativité démocratique, celui de la diplomatie territoriale climatique.

Car, nul est mieux placé que l’élu local, le maire, le président de commune ou celui de région pour appréhender les dangers climatiques qui menacent l’espace territorial qu’il occupe avec ses citoyens-administrés.

Realpolitik climatique

Ce sommet sera donc celui du réalisme, de la vérité la plus terre-à-terre, celle qui nous concerne et nous interpelle dans notre vécu quotidien et notre espace privilégié, celui de notre résidence, de notre quartier, de notre ville, de notre région.

Ce sommet sera donc l’occasion de mettre en place les politiques et les moyens pour renforcer les coopérations pour l’ingénierie de mécanismes adaptés d’accès à ces financements Climat, en toute autonomie, afin de mieux répondre aux besoins, mais également pour mieux saisir les opportunités locales et régionales.

Cette grande rencontre des élus sera également le lieu et l’occasion où une première Cartographie des Opportunités de Financement pour les Villes et Régions du Monde sera dévoilée par la «Cities Climate Finance Leadership Alliance» (CCFLA), en écho à l’Appel de Marrakech qui sera lancé à l’issue du Sommet.

Quand on sait que seuls 9% du budget des grandes banques de développement sont alloués au financement climat de projets locaux, on mesure combien le financement de l’adaptation aux changements climatiques représente un enjeu majeur pour les infrastructures locales, alors qu’ils sont basés sur des modèles financiers « non bancables » et que les villes et les régions, surtout dans les pays en voie de développement et/ou démunis, ne disposent ni des moyens ni de l’ingénierie nécessaires à l’atténuation des effets du changement climatique.

L’urgence est là et chacun le reconnaît désormais. Il appartient donc, avec ce Sommet des élus locaux et régionaux pour le Climat, de se mettre au diapason des autres institutions, officielles ou de la société civile, des entreprises et des organisations, qui ont l’ambition et la volonté d’entrer dans la nouvelle ère inaugurée par l’Accord de Paris et la COP22 de Marrakech, celle de l’action conséquente, pérenne, durable et collective contre le changement climatique et le réchauffement.

Nul doute que ce défi sera positivement relevé le 14 novembre prochain à Marrakech !

Fahd YATA