L’ancien président kosovar Hashim Thaçi a été condamné mercredi à vingt-cinq ans de prison par le tribunal spécial siégeant à La Haye, qui l’a reconnu coupable de quatre chefs d’accusation portant sur des crimes commis durant le conflit de 1998-1999 avec la Serbie.
Âgé de 58 ans, l’accusé était l’un des principaux commandants de l’Armée de libération du Kosovo. Les charges retenues comprennent le meurtre, la torture et la détention illégale. Les juges ont notamment établi sa responsabilité dans l’assassinat par des forces de l’ALK de 96 opposants politiques et de personnes considérées comme collaborant avec les forces de sécurité serbes. Thaçi, qui a toujours clamé son innocence et nié l’ensemble des accusations, est resté silencieux à l’énoncé du verdict. L’accusation avait requis quarante-cinq ans.
Le verdict touche à un point sensible de la mémoire nationale kosovare. Thaçi a été successivement chef politique de la guérilla, négociateur des accords de Rambouillet, Premier ministre puis président, et incarne pour une large part de la population la figure de l’indépendance obtenue en 2008. Sa condamnation a provoqué des manifestations dans le pays.
La juridiction qui l’a jugé présente une particularité institutionnelle. Les Chambres spécialisées pour le Kosovo relèvent du droit kosovar mais siègent aux Pays-Bas, avec des magistrats internationaux, dispositif conçu pour soustraire les procès aux pressions locales sur les témoins. Leur création, votée en 2015 sous forte pression occidentale, avait été contestée à Pristina comme une justice à sens unique, les crimes commis par les forces serbes relevant d’autres juridictions.
Le jugement intervient dans un contexte régional tendu, où la normalisation entre Pristina et Belgrade demeure bloquée malgré les médiations européennes successives. Il fournit à la Serbie un argument dans la bataille des récits sur le conflit, tandis qu’il alimente au Kosovo le sentiment d’un traitement asymétrique.
Un appel reste possible. Les procédures devant ces chambres s’étendent sur plusieurs années, et la décision définitive n’interviendrait pas avant un délai significatif.
LNT
