Jorge Borrego, UPM:« La Méditerranée est l’une des régions du monde les plus vulnérables aux effets du changement climatique »

Jorge Borrego, Premier Secrétaire Général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, chargé de l’énergie et l’action pour le climat, nous livre ici les tenants et les aboutissants d’un développement durable de la zone méditerranéenne, dans le contexte de changements climatiques auxquels la région est particulièrement sensible.

La Nouvelle Tribune: Quelles sont les enjeux à venir pour la région méditerranéenne dans les jours à venir ?

Jorge Borrego: La région méditerranéenne est l’une des principales zones sensibles au changement climatique en raison, entre autres: de la pénurie d’eau, de la désertification, de la concentration des activités économiques et de la population dans les zones côtières, et de la dépendance vis-à-vis d’une agriculture sensible au climat. La hausse de la température de 1,5°C, limite fixée par l’accord de Paris, est déjà dépassée, selon le dernier rapport spécial du GIEC sur le réchauffement de la planète (octobre 2018). Un appel à l’action pour un agenda méditerranéen commun sur le climat est crucial. Des décisions politiques sont urgentes afin d’atténuer les risques environnementaux et envisager des options d’adaptation. Pourtant, le manque d’informations adéquates retarde le processus – en particulier pour les sociétés les plus vulnérables du sud de la Méditerranée, où il existe moins de systèmes d’observations systématiques, de projections et de modèles scientifiques d’évaluation des impacts. Consciente de ce défi, l’Union pour la Méditerranée soutient un effort régional spécifique visant à synthétiser les connaissances scientifiques existantes dans toutes les disciplines dans le but de fournir une meilleure compréhension des multiples risques. Cette étude est entreprise par le Réseau d’experts méditerranéens sur le changement climatique et environnemental (MedECC). Il faut noter la contribution exceptionnelle des scientifiques marocains dans ce domaine, notamment par la préparation d’un rapport spécifique qui devrait être soumis plus tard cette année. Ce document fournit des données qui serviront de base aux pays de la région pour préparer les futures politiques dans ce domaine.

Quels sont les freins et les obstacles majeurs pour le développement et la mise en place de nouveau projets pour les énergies durables dans la région ?

Sans mesures d’atténuation supplémentaires, l’augmentation de la température régionale sera de 2,2 °C en 2040, pouvant dépasser les 3,8 °C dans certaines régions en 2100. Les précipitations estivales ont diminué de 10 à 30% selon les régions. Une étude régionale commandée par l’UpM sur le financement public international de la lutte contre le changement climatique souligne que le sud et l’est de la Méditerranée ont reçu en 2016 un montant annuel d’environ 8,3 milliards USD pour le financement de la lutte contre le changement climatique. Cela représente 13% du financement mondial pour l’action pour le climat. Les principaux pays bénéficiaires des flux de financement dans la région méditerranéenne sont actuellement la Turquie (38%), l’Égypte (22%), le Maroc (12%) et la Jordanie (12%). Les projets d’atténuation constituent la majorité des fonds obtenus (transport et production d’énergie). D’autre part, les ressources en eau sont inégalement réparties autour de la Méditerranée et les ressources en eau douce diminuent en qualité et en quantité. Par ailleurs, la demande de produits alimentaires augmente tandis que les rendements des cultures, du poisson et du bétail diminuent. En conséquence, les écosystèmes sont de plus en plus touchés par les changements climatiques, l’utilisation des sols, la pollution et la surexploitation. Avec des ressources limitées et des conflits sociaux en augmentation, on pouvait s’attendre à des migrations humaines à grande échelle. Les pays du sud et de l’est de la Méditerranée sont souvent plus vulnérables et leurs conditions sanitaires peuvent se détériorer en raison de la situation sociale et politique.

Quelle est la méthodologie de l’UpM ?

L’UpM a consolidé une méthodologie orientée vers l’action et une ambition commune pour la région en créant des liens efficaces entre la dimension politique et sa traduction opérationnelle au travers du développement d’initiatives et de projets concrets sur le terrain. Cette méthodologie est formée de trois éléments : un forum politique, des plateformes de dialogue et des projets régionaux (les trois « P »). L’UpM construit son identité autour d’une dimension politique, qui se traduit par des réunions de représentants de ministères et gouvernements définissant les priorités des travaux à mener par l’adoption d’un agenda régional commun. Les ministres des Affaires étrangères se rencontrent une fois par an lors du Forum régional de l’UpM afin de définir les domaines et les priorités stratégiques. Adoptées par les 43 ministres par consensus, les déclarations définissent la portée et les objectifs de cet agenda régional commun. Les réunions ministérielles sectorielles complètent utilement le dialogue politique en répondant aux priorités stratégiques de la région. Sur la base des orientations politiques des États membres, l’UpM structure un dialogue approfondi entre tous les acteurs impliqués dans chaque secteur de la coopération régionale. Ces plateformes régionales impliquent un réseau de plus de 25 000 parties prenantes. De plus, l’UpM a le statut d’observateur à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Sur la base de ces dialogues, des projets et initiatives sont soutenus par l’UpM. A titre d’exemple, le projet « UfM Energy University de Schneider Electric » fournit des programmes d’éducation spécialisée gratuits pour les professionnels de l’énergie par le biais d’une plateforme en ligne. Les objectifs du projet sont le développement des compétences en efficacité énergétique et en énergies renouvelables grâce à des cours en ligne gratuits et à une mise en réseau améliorée entre les experts régionaux en efficacité énergétique et en énergies renouvelables. Un groupe restreint de pays (Maroc, Tunisie, Turquie et Algérie) agit en tant que facilitateur du projet afin d’assurer que le contenu des cours répond aux priorités et besoins définis pour la région, en coordination avec le promoteur Schneider Electric. De plus, le Maroc, en tant que membre de l’UpM, participe activement aux trois plateformes régionales de dialogue concernant l’énergie, organisées par l’UpM, tant en ce qui concerne les énergies renouvelables que les secteurs de l’électricité et du gaz. Le Maroc est sur la bonne voie dans le domaine des énergies renouvelables, ajoutant que le Royaume avait progressé dans le secteur des énergies propres et cherchait à développer le secteur du gaz.

Pourquoi la collaboration en termes d’énergie entre les pays de la Méditerranée est importante pour la région ?

La Méditerranée est l’une des régions du monde les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Promouvoir une réponse collective des pays de la région à ces défis est au cœur du mandat de l’Union pour la Méditerranée. Aussi, la région Méditerranéenne est riche en sources d’énergie renouvelables telles le solaire ou l’éolien, et le potentiel pour développer l’efficacité énergétique est énorme non seulement pour économiser de l’énergie mais également pour créer des emplois, favoriser les investissements du secteur privé et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un renforcement significatif de la coopération et de l’intégration régionaux afin de faire face aux défis communs en matière énergétique ne peut être atteint que par une multiplication des échanges et une hausse des investissements directs ainsi qu’un élargissement important du marché dans le but d’assurer la sécurité d’approvisionnement pour les consommateurs ainsi que, du côté de la demande, pour les fournisseurs. Tous les acteurs ont un rôle important à jouer. Au sein de la région méditerranéenne, il faut souligner qu’aux gouvernements se rajoutent le secteur privé, les institutions financières internationales, les associations régionales réunissant les régulateurs ou les opérateurs, des projets régionaux visant un renforcement de la coopération ou l’industrie. Toutes ces parties prenantes ont un rôle actif au sein des plateformes UpM de dialogue en matière d’énergie. Seulement à travers le dialogue et la collaboration permanents, nous pourrons bénéficier des grandes opportunités qui déclinent des importants défis que connaît notre région.

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