Jazzablanca : TIF et Alfa Mist, deux univers, une même intensité

TIF Jazzablanca

La 18ᵉ édition de Jazzablanca a offert, mercredi soir à Anfa Park, l’une de ses affiches les plus singulières avec la rencontre de deux artistes que tout semble opposer, mais que réunit une même exigence musicale : le rappeur TIF et le pianiste britannique Alfa Mist. Entre introspection jazz, poésie urbaine et énergie scénique, la soirée a illustré la capacité du festival à décloisonner les genres et à faire dialoguer des univers artistiques parfois éloignés.

La soirée a débuté avec Alfa Mist, figure incontournable de la nouvelle scène jazz londonienne. Accompagné de son quintet, le pianiste, compositeur et producteur britannique a livré une prestation tout en nuances, où le jazz contemporain s’est mêlé à la soul, au hip-hop et à des influences électroniques subtiles. Fidèle à son esthétique, l’artiste a construit un voyage sonore à la fois élégant et contemplatif, alternant longues envolées instrumentales, grooves hypnotiques et passages rappés.

Dans une atmosphère feutrée, presque méditative, le public s’est laissé porter par des compositions à la richesse harmonique remarquable. Chaque musicien a trouvé sa place dans un ensemble parfaitement maîtrisé, offrant un concert d’une grande cohérence artistique. Loin des démonstrations techniques gratuites, Alfa Mist a privilégié l’émotion et la narration musicale, confirmant pourquoi il est aujourd’hui considéré comme l’une des figures les plus influentes du jazz contemporain.

Quelques heures plus tard, changement radical d’ambiance sur la scène Casa Anfa avec l’arrivée de TIF. Devant un public jeune et particulièrement enthousiaste, le rappeur a démontré pourquoi il s’impose progressivement comme l’une des voix les plus originales de sa génération.

Porté par des musiciens en live, l’artiste a revisité plusieurs de ses morceaux les plus populaires, notamment Hinata, Amnesia et No Party. Entre chant, rap et instrumentation organique, sa performance a dépassé les codes habituels du genre pour proposer un véritable spectacle musical où l’émotion occupait une place centrale.

À travers les titres issus de ses projets Houma Sweet Houma et 1.6, TIF a exploré des thèmes liés à l’identité, à l’exil, à la mémoire et au quotidien, créant une connexion immédiate avec un public qui reprenait en chœur de nombreux refrains. Son écriture sensible, son interprétation habitée et son aisance sur scène ont transformé le concert en un moment de communion rare.

Cette double programmation a parfaitement illustré l’esprit de Jazzablanca, qui continue d’affirmer son identité en proposant des rencontres inattendues entre les genres et les générations. En réunissant sur une même soirée un architecte du jazz moderne et un représentant d’une nouvelle scène rap en pleine effervescence, le festival a une nouvelle fois démontré sa capacité à capter les évolutions de la création musicale contemporaine.

Au-delà des concerts, Jazzablanca poursuit son ambition d’offrir une expérience immersive à ses festivaliers. À Anfa Park, les espaces aménagés autour des deux scènes principales, les zones de restauration, les espaces de détente et l’ambiance conviviale contribuent à faire du festival bien plus qu’une succession de concerts : un véritable lieu de vie et de rencontres.

Cette volonté d’ouverture se prolonge également hors du site principal avec la scène gratuite « Nouveau Souffle », installée au Parc de la Ligue Arabe. Pensée comme une vitrine des talents émergents, elle accueille cette année plusieurs concerts ouverts au grand public avec Daraa Tribes, Mehdi Qamoum, Anas Chlih Quintet et Soukaina Fahsi.

Alors que Jazzablanca se poursuit jusqu’au 12 juillet, cette soirée portée par Alfa Mist et TIF restera comme l’une des plus représentatives de l’ADN du festival : une célébration de la diversité musicale, de l’audace artistique et des passerelles entre les cultures.

 

AB

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