À peine annoncé, déjà fragilisé. Le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Liban sous médiation américaine peine à produire ses effets sur le terrain. Alors que Washington, Beyrouth et Tel-Aviv ont officiellement convenu d’une mise en œuvre progressive de la trêve et de la création de zones sous contrôle exclusif de l’armée libanaise, les bombardements israéliens se poursuivent dans plusieurs régions du Liban, alimentant les craintes d’un nouvel embrasement régional.
Mercredi encore, des frappes israéliennes ont causé plusieurs morts au Liban, tandis que des drones continuaient de survoler Beyrouth. Quelques heures auparavant, Israël avait menacé de frapper la banlieue sud de la capitale libanaise, bastion du Hezbollah, malgré les efforts diplomatiques en cours pour consolider la trêve.
Cette situation nourrit un profond sentiment d’incompréhension au Liban. Car si l’accord de cessez-le-feu prévoit l’arrêt des hostilités et le renforcement du rôle de l’armée libanaise dans le sud du pays, les opérations militaires israéliennes se poursuivent. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a d’ailleurs affirmé que son armée continuerait ses opérations et maintiendrait sa présence dans une « zone de sécurité » au Liban-Sud, même après l’entrée en vigueur de l’accord.
Pour de nombreux responsables libanais, cette attitude vide la trêve de sa substance. Depuis plusieurs semaines, le président libanais Joseph Aoun dénonce des violations répétées du cessez-le-feu et accuse Israël de compromettre les efforts de stabilisation du pays. Des responsables libanais estiment que les frappes et les survols permanents empêchent le retour des populations déplacées et maintiennent un climat de peur dans plusieurs régions du pays.
Les chiffres témoignent de l’ampleur du drame humain. Depuis la reprise des hostilités au début du mois de mars, plus de 3.400 personnes ont été tuées au Liban et plus d’un million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile. Les bombardements ont touché des villages, des infrastructures civiles et des quartiers résidentiels, aggravant une crise économique déjà dévastatrice pour le pays du Cèdre.
Plus inquiétant encore, plusieurs frappes ont visé ces derniers jours des secteurs éloignés des zones de combat traditionnelles. Fin mai, une attaque israélienne a touché la banlieue sud de Beyrouth, une première depuis plusieurs semaines, provoquant de nouveaux mouvements de panique parmi les habitants. Dans le sud du pays, plusieurs localités ont également été visées malgré les discussions diplomatiques en cours.
Cette poursuite des opérations militaires suscite également des interrogations sur les véritables objectifs israéliens. Officiellement, Tel-Aviv affirme vouloir empêcher toute reconstitution des capacités militaires du Hezbollah. Mais au Liban, nombre d’observateurs estiment que les frappes récurrentes et le maintien de troupes israéliennes sur certaines portions du territoire s’apparentent à une stratégie de pression permanente destinée à imposer un nouvel équilibre sécuritaire par la force.
Pendant ce temps, la population civile paie le prix fort. Dans plusieurs villages du sud, les habitants hésitent à rentrer chez eux malgré l’annonce du cessez-le-feu. Des quartiers entiers restent dévastés, tandis que les infrastructures essentielles peinent à être réhabilitées. Les autorités libanaises, confrontées à des ressources limitées, multiplient les appels à la communauté internationale pour protéger les civils et faire respecter les engagements pris dans le cadre de la trêve.
Alors que les négociations doivent se poursuivre dans les prochaines semaines, une question demeure : quelle crédibilité peut encore avoir un cessez-le-feu lorsque les bombardements continuent, que les populations restent déplacées et que la menace d’une nouvelle offensive sur Beyrouth plane toujours au-dessus du Liban ? Pour de nombreux Libanais, la paix promise ressemble aujourd’hui davantage à une pause précaire qu’à une véritable sortie de crise.
LNT
