Israël franchit une nouvelle étape dans la formation de son prochain gouvernement. Samedi soir, la présidence israélienne a annoncé que Gadi Eisenkot serait officiellement chargé, dimanche à 17 heures, de constituer une coalition gouvernementale.
« Le président Isaac Herzog a invité Gadi Eisenkot à la résidence présidentielle, où il lui confiera demain la mission de former le gouvernement », a précisé la présidence dans un communiqué.
Âgé de 66 ans, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne apparaît désormais comme le principal candidat à la succession de Benjamin Netanyahu, après plus de dix jours de tractations entre les différentes formations politiques.
« Le moment est venu de former un gouvernement d’urgence nationale. Je ferai tout mon possible pour que nous soyons à la hauteur », a réagi Gadi Eisenkot sur X.
Le bloc d’opposition, composé de quatre formations allant de la gauche à la droite nationaliste, avait obtenu 48 sièges lors des élections du 27 octobre, alors que 61 députés sont nécessaires pour disposer d’une majorité à la Knesset.
Les consultations menées depuis le scrutin ont toutefois permis à Gadi Eisenkot de recueillir le soutien de 67 parlementaires, contre 46 pour Benjamin Netanyahu.
Ce soutien ne garantit cependant pas la formation d’un gouvernement, les divergences entre les différentes formations susceptibles de participer à une coalition restant importantes.
Plusieurs scénarios sont actuellement envisagés, notamment un rapprochement avec les partis ultra-orthodoxes, une coopération avec les formations arabes ou encore la constitution d’un gouvernement élargi associant une partie du Likoud, le parti de Netanyahu.
La formation Yashar, dirigée par Gadi Eisenkot, a d’ailleurs appelé les membres du Likoud à rompre avec leurs alliés les plus radicaux pour rejoindre un gouvernement placé sous la direction du chef de l’opposition.
Les deux principales formations arabes, la Liste unifiée et Raam, disposent ensemble de 19 sièges et ont exprimé leur soutien à Gadi Eisenkot.
Cette perspective demeure néanmoins controversée au sein même du bloc d’opposition. Avigdor Liberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, qui compte sept députés, a réaffirmé son opposition à tout accord avec les partis arabes, y compris dans le cadre d’un soutien parlementaire extérieur.
Les formations ultra-orthodoxes apparaissent ainsi comme des partenaires potentiels. Shass et Judaïsme unifié de la Torah disposent ensemble de 13 sièges, susceptibles de permettre la constitution d’une majorité alternative.
Leur éventuel ralliement dépend toutefois de compromis sur la question du service militaire des étudiants religieux, qui constitue l’un des principaux points de désaccord de la vie politique israélienne.
Avigdor Liberman s’est récemment déclaré prêt à faire preuve de souplesse sur ce dossier, alors qu’il défendait jusqu’ici une application plus stricte des obligations militaires.
De son côté, Benjamin Netanyahu a multiplié les critiques à l’encontre de ses adversaires politiques, particulièrement concernant une éventuelle participation des formations arabes au prochain gouvernement.
Samedi soir, le Premier ministre sortant a affirmé qu’une coalition associant ces partis risquerait de « démanteler l’État d’Israël de l’intérieur ».
À la tête du gouvernement pendant plus de 19 ans au total, Benjamin Netanyahu voit sa position fragilisée par les résultats électoraux et les tensions avec certains de ses anciens partenaires.
Le parti Judaïsme unifié de la Torah, qui figurait parmi ses alliés depuis trois décennies, lui a notamment retiré son soutien, sur fond de désaccord concernant l’exemption du service militaire pour les étudiants religieux.
Cette rupture constitue un revers pour le dirigeant du Likoud, dont la campagne électorale avait largement reposé sur les questions sécuritaires et la nécessité, selon lui, de maintenir une direction politique expérimentée.
Gadi Eisenkot devra désormais transformer les soutiens recueillis lors des consultations présidentielles en une coalition parlementaire viable.
Son parcours militaire et son positionnement politique pourraient faciliter certains rapprochements, mais les désaccords entre partis nationalistes, formations religieuses et représentants des Arabes israéliens compliquent les négociations.
Fils de juifs marocains, Gadi Eisenkot pourrait également, s’il parvient à former un gouvernement, devenir le premier Premier ministre séfarade de l’histoire d’Israël.
La mission qui lui sera officiellement confiée dimanche ouvre ainsi une période décisive pour l’avenir politique du pays, sans garantir à ce stade la fin de l’ère Netanyahu.
Avec AFP
