Longtemps perçu comme un ensemble institutionnel complexe, l’écosystème marocain de l’investissement repose aujourd’hui sur une répartition des rôles de plus en plus claire entre le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques et le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement (FM6I).
Si leurs missions sont complémentaires, elles répondent à deux logiques distinctes : l’une consiste à créer les conditions favorables à l’investissement, l’autre à financer les projets jugés stratégiques pour l’économie nationale.
Créé en 2020 et doté de 45 milliards de dirhams, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement constitue le fonds souverain d’investissement du Royaume.
Sa vocation est d’intervenir comme investisseur public dans des projets structurants, en mobilisant des capitaux privés autour d’opérations considérées comme prioritaires.
Son principe de fonctionnement repose sur un effet de levier : chaque dirham investi par le Fonds doit permettre de mobiliser trois à quatre dirhams supplémentaires auprès d’investisseurs privés.
À l’inverse, le ministère de l’Investissement n’a pas vocation à financer directement les projets.
Depuis sa création, il intervient principalement comme pilote de la politique nationale de l’investissement. Son rôle consiste à définir les orientations stratégiques, mettre en œuvre la Charte de l’investissement, simplifier les procédures administratives, attirer les investissements étrangers et assurer l’évaluation des politiques publiques.
En somme, le ministère « fait les règles du jeu », tandis que le FM6I « joue sur le terrain avec son argent ».
Pour un porteur de projet, le premier interlocuteur reste le ministère de l’Investissement et les Centres régionaux d’investissement (CRI).
Le ministère pilote notamment les guichets uniques régionaux chargés d’accompagner les investisseurs dans leurs démarches administratives et de réduire les délais d’instruction.
À travers la Charte de l’investissement de 2022, il fixe également les critères d’éligibilité aux différentes aides publiques.
L’objectif affiché est d’atteindre 550 milliards de dirhams d’investissements et la création de 500 000 emplois à l’horizon 2026.
Le ministère intervient également lorsque des projets rencontrent des blocages administratifs, coordonne les missions de promotion économique à l’international et assure le suivi de l’impact des investissements réalisés sur les territoires.
De son côté, le Fonds Mohammed VI intervient comme investisseur institutionnel.
Contrairement à une banque, il ne distribue pas directement des crédits classiques.
Il peut entrer au capital d’entreprises, octroyer des prêts ou des quasi-fonds propres et créer des fonds d’investissement spécialisés, dont la gestion est confiée à des sociétés de gestion, tout en conservant les orientations stratégiques.
Son action se concentre sur cinq secteurs considérés comme prioritaires :
L’objectif est d’intervenir sur des projets de grande envergure, souvent jugés trop risqués ou nécessitant des financements de long terme que les acteurs privés ne souhaitent pas assumer seuls.
Après le dépôt d’un dossier sur la plateforme « Invest in Morocco » ou auprès du CRI compétent, une première phase de recevabilité permet de vérifier la complétude du dossier.
Vient ensuite une phase d’instruction menée par la Commission régionale unifiée d’investissement (CRUI), qui examine la viabilité économique du projet, son éligibilité aux dispositifs de la Charte de l’investissement ainsi que son impact en matière d’emploi, d’intégration locale, de décarbonation ou encore d’export.
En cas d’avis favorable, une convention d’investissement est signée avec l’État.
Celle-ci ouvre l’accès aux différentes aides prévues par la Charte, notamment des primes pouvant atteindre 30 % du montant de l’investissement, auxquelles peuvent s’ajouter des bonifications pour certains secteurs stratégiques, ainsi que des avantages fiscaux ou fonciers.
Le suivi du projet est ensuite assuré par le CRI, les aides étant versées progressivement en fonction de l’avancement des investissements réalisés.
L’articulation entre les deux institutions apparaît surtout pour les projets de grande taille.
Lorsqu’un investissement dépasse environ 200 millions de dirhams ou présente un caractère stratégique, le ministère peut orienter son promoteur vers le Fonds Mohammed VI pour un éventuel co-investissement.
Une nouvelle phase s’ouvre alors, fondée sur les méthodes du capital-investissement, avec des analyses financières approfondies et des procédures de due diligence.
Ainsi, le ministère accompagne les investisseurs dans leurs démarches administratives et leur accès aux dispositifs publics, tandis que le FM6I intervient uniquement lorsque le projet nécessite un financement structurant susceptible de mobiliser des capitaux privés supplémentaires.
La complémentarité des deux institutions permet d’éviter les chevauchements de compétences et d’accélérer la transformation de l’économie marocaine vers une part croissante d’investissements privés adossés à l’investissement public, allégeant de fait la pression sur le budget de l’État, appelé à se concentrer sur d’autres priorités.
SB
