Sans titre-1 (9)

Intempéries : Quand l’épreuve devient méthode

Intempéries : Quand l’épreuve devient méthode

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Les intempéries faites de fortes pluies qui ont frappé le pays ces dernières semaines ne sont pas seulement un fait divers météo après sept longues années de détresse hydrique et de sécheresse. C’est une bénédiction divine inespérée et appréciée comme telle par l’ensemble de la population.

Pour autant, la durée et la force de cet épisode climatique ont des conséquences tout aussi extrêmes sur une partie de la population qui se retrouve sinistrée, déplacée, privée de son quotidien. Crues intenses, routes inaccessibles, écoles fermées, le revers de la médaille est douloureux pour un grand nombre de nos compatriotes.

Le Maroc a encore en mémoire deux chocs qui ont marqué les esprits et les chairs. D’abord le séisme d’Al Haouz, événement brutal qui a pris les autorités de court par l’ampleur, la dispersion des besoins et la difficulté d’accès. Ensuite, la tragédie de Safi, en décembre 2025, où des crues soudaines ont causé un lourd bilan humain, symbole d’une vulnérabilité urbaine quand les infrastructures et la prévention ne suivent pas la violence de l’épisode pluvieux.

Ces deux événements tragiques ont eu pourtant un seul bénéfice majeur, celui d’avoir contribué à changer la perception du risque pour l’État marocain, sa capacité à apprendre vite, et sa manière de transformer des drames récents en réflexes opérationnels. Et, le changement de posture est flagrant.

Car, si l’État ne peut pas maîtriser la nature, sa capacité d’anticipation, d’organisation et de coordination peut sauver des vies et atténuer l’impact d’événements climatiques qui risquent de se multiplier à l’avenir.

Sur le terrain, la réponse a donc pris la forme d’un dispositif multi acteurs. L’armée a été mobilisée aux côtés de la protection civile et des services d’urgence, avec des opérations de secours incluant des moyens aériens, notamment des hélicoptères, et la mise en place d’abris temporaires, pendant que les cours étaient suspendus dans les zones les plus touchées. La communication institutionnelle insiste sur une mobilisation “totale” et proactive, en coordination entre départements et services, signe d’une chaîne de décision qui cherche à gagner du temps, pas à en perdre, pour garder le contrôle sur les événements.

Et, de fait, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le ministère de l’Intérieur a communiqué un volume de quelque 143 000 personnes évacuées dans plusieurs provinces du nord-ouest, dont Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Dans la zone la plus exposée, Ksar El Kébir, l’ampleur a été telle qu’une grande partie de la ville s’est vidée, au point que certaines estimations évoquent environ 85% de la population contrainte de quitter les lieux.

Décider d’évacuer tôt, d’évacuer large, et de déplacer des dizaines de milliers de personnes, a un coût indéniable et nécessite une logistique lourde. Mais c’est un maigre sacrifice qui fait la différence entre une crise qui dure et un drame national.

Ce test à grandeur nature que traverse le Maroc nous permettra également de tirer des leçons majeures sur l’état de nos infrastructures et d’améliorer par la même nos capacités à pallier les épisodes futurs. Le taux de remplissage national des barrages qui a fortement progressé autour de 62%, contre 27% un an plus tôt, a révélé des limites et des risques que nous n’espérions plus adresser tant la sécheresse était systémique. De même, l’urbanisme, le drainage, la gestion des zones inondables, l’entretien des ouvrages, l’éducation au risque climatique de la population, la transparence sur les responsabilités, tous ces chantiers sont ouverts mais à la différence majeure qu’ils sont désormais connus et adressables plutôt que subis parfois tragiquement.

Hors tout l’enjeu est là. Comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

Zouhair Yata

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