Plus de 250 000 hectares partis en fumée dans l’Union européenne à fin juillet, soit le double de la moyenne historique avant le mois d’août. Environ 1 200 feux recensés, contre 569 en moyenne annuelle. L’Espagne concentre à elle seule 200 000 hectares et son plus grand incendie jamais enregistré.
Les données du système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), opéré dans le cadre du programme d’observation de la Terre Copernicus, dessinent une saison hors norme. À la date du 29 juillet 2026, plus de 250 000 hectares avaient déjà brûlé dans les États membres de l’Union européenne — une surface équivalente à celle du Luxembourg tout entier, et environ le double de la moyenne historique constatée avant le mois d’août, traditionnellement le pic de la saison.
Environ 1 200 feux, plus du double de la normale
Le nombre d’événements est aussi anormal que les surfaces. Quelque 1 200 incendies avaient été recensés à fin juillet, contre une moyenne historique de long terme d’environ 569 feux annuels — soit plus du double, et avant même l’entrée dans le mois le plus critique.
EFFIS ne comptabilise que les feux dépassant 30 hectares, détectés via les capteurs satellitaires MODIS et VIIRS. Les chiffres réels, incluant les sinistres plus modestes, sont donc supérieurs.
L’Espagne en première ligne, avec un record historique
L’Espagne concentre l’essentiel du bilan : environ 200 000 hectares brûlés, soit 0,4% de son territoire national. Le pays a notamment enregistré le plus grand incendie de son histoire, plus de 50 000 hectares partis en fumée dans le secteur de Burgohondo. Au moins quatorze décès y sont à déplorer.
Au Portugal, environ 0,3% du territoire a brûlé, et l’ensemble des districts du nord et du centre du pays avaient été placés en alerte maximale dès le 28 juillet. En France, quelque 90 000 personnes ont dû être évacuées dans le sud-ouest, en particulier en Gironde et dans les Landes.
Le basculement vers l’Europe du Nord
Le fait nouveau de l’été 2026 est l’extension du phénomène à des latitudes jusqu’ici considérées comme peu exposées. L’incendie des Hautes Fagnes, en Belgique, a dévasté plus de 1 650 hectares mi-août — le plus important jamais enregistré dans ce pays — tandis qu’en Allemagne, environ 1 800 personnes étaient évacuées à Hürtgenwald. Les tourbières et landes d’Europe du Nord, riches en matière organique sèche, se révèlent redoutablement combustibles lors des épisodes de canicule.
Huit millions de tonnes de CO₂ et une boucle qui s’autoalimente
Au-delà des surfaces, l’impact climatique est mesuré : les feux ont relâché l’équivalent de plus de 8 millions de tonnes de CO₂ dans l’Union européenne à fin juillet, selon Copernicus. Une contribution qui alimente le mécanisme même dont ces incendies sont la conséquence — la boucle de rétroaction que redoutent les climatologues.
Ce que cela signifie pour le pourtour méditerranéen
Pour les pays de la rive sud, dont le Maroc, ces données portent un double enseignement. Le premier concerne la mutualisation des moyens : les bombardiers d’eau et hélicoptères lourds, ressources rares, sont désormais sollicités simultanément sur plusieurs fronts européens, ce qui réduit la disponibilité d’appuis extérieurs en cas de sinistre majeur. Le second est budgétaire : la prévention — débroussaillement, pistes d’accès, surveillance — coûte structurellement moins cher que l’extinction, un arbitrage que la saison 2026 rend difficile à différer.
LNT
