Le feu reflue dans le nord de l’Algérie, où cinq foyers seulement restaient actifs samedi matin contre soixante-neuf quatre jours plus tôt. Le bilan officiel s’établit à douze morts pour la vague d’août, dix-huit depuis le début de l’été. Le président Abdelmadjid Tebboune, qui a évoqué un acte criminel, réunit ses ministres ce dimanche. La question des moyens aériens et celle d’une aide marocaine restent en suspens.
La décrue est nette. Sur les vingt-quatre heures précédant samedi 7 heures, la direction générale de la protection civile algérienne a recensé 123 départs de feu, dont 118 éteints. Cinq foyers demeuraient actifs dans trois wilayas : deux à Jijel, deux à Sétif et un à Tébessa. À Texenna, dans la wilaya de Jijel, les habitants du lieu-dit Mechtat El Messa ont été évacués par précaution et deux avions AT-802 engagés en appui.
Le contraste avec le début de la semaine mesure l’intensité de l’épisode. Au soir du 26 août, la protection civile recensait 159 incendies, dont 69 encore actifs, avec dix-huit foyers pour la seule wilaya de Béjaïa, treize à Skikda et douze à Tizi-Ouzou. Vendredi 28 à 7 heures, 174 feux étaient dénombrés sur vingt-quatre heures, dont 64 toujours en cours, concentrés à Jijel, Skikda, El Tarf, Guelma, Annaba et Béjaïa.
Le bilan humain communiqué par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, depuis Souk el Tenine, à l’est de Béjaïa, fait état de douze morts et cinquante-quatre blessés, dont six dans un état critique. Les décès se répartissent entre cinq à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi-Ouzou. À Béjaïa, deux victimes ont été recensées à Melbou, une à Tamridjt et une à Toudja. À Tizi-Ouzou, trois femmes d’une même famille, une mère de soixante-dix-neuf ans et ses deux filles, sont mortes asphyxiées au village Ath Ali. Un enfant de huit ans figure parmi les victimes. Cumulé avec la première vague de l’été, le bilan atteint dix-huit morts.
Des bilans très supérieurs ont circulé sur les réseaux sociaux durant la semaine. Aucun n’est attribuable à une autorité identifiée, les seuls chiffres officiels demeurant ceux du ministère de l’Intérieur.
Le président Tebboune a décrété un deuil national de trois jours à compter du jeudi 27 août, suspendant les manifestations festives et les compétitions sportives nationales, le lancement du championnat de football étant reporté au début septembre.
Le chef de l’État s’est rendu vendredi 29 août au centre des grands brûlés de Zéralda, à l’ouest d’Alger. Il y a salué la mobilisation des équipes médicales, de la protection civile, de l’armée et de la gendarmerie, avant d’avancer une explication sans ambiguïté sur l’origine des feux : il y a un acte criminel, a-t-il déclaré, et les enquêtes révéleront tout. Il a annoncé la tenue ce dimanche d’une réunion destinée à arrêter des mesures de renforcement de la protection civile et de prévention des catastrophes.
Cette thèse recoupe les instructions données deux jours plus tôt par le ministre de l’Intérieur depuis l’hôpital de Taher, à Jijel. Saïd Sayoud avait annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies par les services de sécurité, en s’appuyant sur un argument de méthode : l’ampleur du phénomène et le nombre de départs de feu survenus dans plusieurs wilayas pratiquement au même moment.
Des poursuites avaient déjà été engagées lors de la vague de juillet. Sept personnes avaient été placées en détention provisoire fin juillet, dans les wilayas de Guelma, Constantine, Tipaza, Jijel et Bouira, pour sabotage mettant en danger les personnes et les biens et incendie volontaire de zones forestières, selon le tribunal de Sidi M’hamed à Alger.
La polémique porte cependant moins sur l’origine des feux que sur les moyens engagés pour les combattre. Interrogé sur l’absence de bombardiers d’eau au-dessus de plusieurs foyers, le ministre de l’Intérieur a invoqué les conditions météorologiques, les températures élevées, la force du vent et la concentration des fumées, qui ont empêché le déploiement aérien. Le président a fait état de rafales dépassant 100 kilomètres à l’heure.
Les moyens mobilisés relèvent pour l’essentiel de l’Armée nationale populaire : deux bombardiers d’eau amphibies Beriev BE-200, quatre avions AT-802 de moindre capacité et plusieurs hélicoptères lourds MI-26, complétés par des colonnes mobiles interwilayas. L’Algérie ne dispose pas de Canadair, appareil amphibie de référence pour ce type d’intervention. Le ministère de l’Intérieur avait annoncé avant la saison le recrutement de 3 000 agents supplémentaires pour la protection civile au titre de 2026.
Sur le volet des réparations, le ministre de l’Intérieur a transmis aux walis, sur instruction présidentielle, la consigne d’indemniser les sinistrés avant la rentrée sociale, l’échéance de fin août ayant été fixée comme objectif. Des commissions de wilaya ont été chargées de recenser sur le terrain les habitations, mobiliers, récoltes et cheptels détruits. Des indemnisations d’un montant annoncé de 6 milliards de dinars au profit de 188 familles sinistrées en juillet étaient encore en cours de versement lorsque la seconde vague a frappé les mêmes wilayas.
LNT
