Économie et Finance

II ème Forum International Afrique Développement du Groupe AWB

le 19 novembre 2012


La seconde édition du Forum International Afrique Développement, organisé les 8 et 9 novembre 2012 à Casablanca par le Groupe Attijariwafa Bank, a réuni 1 300 décideurs économiques et politiques venus de 12 pays africains. Plus de 2 600 rencontres B to B ont été enregistrés et beaucoup de marchés ont été concrétisés. Durant ces deux jours, les participants ont débattu sur les principaux obstacles qui entravent le développement des échanges et des investissements entre le Maroc et le reste du continent, notamment l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Réunir plus de 1 300 décideurs économiques et politiques africains en deux jours pour discuter du business et des conditions à même d’améliorer les échanges commerciaux et des investissements entre le Royaume et le reste du continent est une gageure que le Groupe Attijariwafa bank a réussi avec brio. D’éminentes personnalités politiques africaines ont fait le déplacement dont M. Yaranga Coulibaly, Ministre de l’Agriculture de la République Mali, Mme Marilyn Moulion Roosalem, Ministre du Commerce et de l’Industrie de la République Centrafricaine et M. Yonly Ernest, ancien Premier Ministre et Président du Conseil Economique et Social du Burkina Faso. Et du côté marocain, outre M. Nizar Baraka, Ministre de l’Economie et des Finances, la rencontre a été marquée par les présences de M. Youssef Amrani, Ministre délégué des Affaires Etrangères et de la Coopération et de M. El Aïd Mahsoussi, Secrétaire Général du Ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies.

D’emblée, M. Mohamed El Kettani, PDG du Groupe Attijariwafa Bank, a souligné qu’«une aussi prestigieuse assistance, composée de plus de 1 300 décideurs économiques et politiques de haut rang, venus de 12 pays de notre continent, témoigne, en soi, du caractère vital et stratégique de la coopération Sud-Sud», avant d’ajouter qu’«il est de notre responsabilité, entreprises et opérateurs économiques, de se mobiliser pour installer les ponts, faciliter les opérations de transport et de logistique de nos productions, le financement de nos investissements ainsi que leurs protections, pour davantage de création de valeurs, et d’opportunités communes de développement». Emboîtant au PDG du Groupe Attijariwafa bank, M. Yonly Ernest a mis l’accent sur «la faiblesse des échanges intra-africain qui ne dépasse guère 10 % des échanges du continent avec le reste du monde et ce malgré la multiplication des regroupements régionaux», soulignant «la nécessité de porter le taux du commerce intra-africain à 25-30 % des échanges du continent et faire du commerce intra-africain un moteur clé du développement du continent». Afin de stimuler les échanges intra-africains, la Banque Africaine de Développement (BAD) contribue à la mise en place des programmes d’intégration régional et le développement des infrastructures. Par ailleurs, selon Mme Amani Abou-Zeïd, Représentante Résidente de la BAD au Maroc, «la BAD a mis en place un fonds Sud-Sud visant à contribuer au développement de la coopération Sud-Sud», et elle invite les opérateurs et décideurs politiques africains «à exploiter et à explorer les instruments nombreux offerts par la BAD pour accompagner la coopération et le développement de l’Afrique».

Trois panels riches

Reste que malgré les nombreuses initiatives, les échanges intra-africains demeurent faibles, pour ne pas dire négligeables au regard des importantes potentialités et des complémentarités d’échanges. A titre d’exemple, malgré une forte hausse des échanges du Maroc avec le reste du continent africain, avec des exportations qui ont doublé lors des 5 dernières années, l’Afrique ne représente que 7 % du commerce extérieur du Royaume avec un volume de 20 milliards de dirhams enregistré en 2011 dont 9 milliards de dirhams avec l’Algérie. Pourtant, selon M. Youssef Amrani, le Maroc a noué des accords commerciaux avec plus de 40 pays africains et a signé plus de 500 accords de coopérations avec des pays du continent, rappelant qu’au cours de ces dernières années, «les relations avec l’Afrique ont été axées davantage sur le volet économique et les accords négociés récemment concernent essentiellement le commerce et l’investissement».

En tout cas, les opportunités d’échanges sont énormes entre le Maroc et les pays africains comme en atteste d’ailleurs le nombre impressionnant de rencontres B to B, qui démontrent l’intérêt grandissant des opérateurs économiques africains et marocains pour ces rencontres où se négocient les affaires et se nouent les deals commerciaux et les investissements productifs.

Harmoniser la fiscalité

Ainsi, ce sont 2 600 rencontres B to B qui ont été enregistrées lors de cette seconde édition, contre 1 400 lors de la première édition de 2012 et plusieurs contrats ont été signés entre opérateurs. Et sur ces 2 600 rencontres, ce sont les secteurs agroalimentaires et les BTP qui se taillent les parts du lion devant le négoce et la distribution, les industries mécaniques & électronique et le transport & logistique.

Outre ces rencontres d’affaires, les participants ont, durant deux jours, eu des échanges fructueux qui ont contribué à éclairer davantage les obstacles au développement des échanges commerciaux et des investissements au sein du continent. Et comme ces problèmes n’ont pas beaucoup évolué depuis la première édition du Forum International Afrique Développement organisée en 2010, le Groupe Attijariwafa bank a préféré reconduire, pour les trois panels programmés, les mêmes thématiques débattus lors de la première édition, à savoir : «Transport et Logistique», «Protection des investissements et cadre règlementaire et fiscal» et «Financement des échanges commerciaux et des investissements».

Au niveau du Panel I «Transport & Logistique», les participants ont été unanimes pour dénoncer les coûts prohibitifs de transport et de logistique. Ils ont aussi souligné la nécessité de la mise en œuvre d’infrastructures physiques, la massification des flux de marchandises et la simplification des procédures, la diversification des corridors de desserte portuaire, le développement de l’inter-modalité du transport, etc. Selon M. Momar Ba, Directeur Commercial du Port de Dakar (Sénégal), «beaucoup de difficultés obèrent la compétitivité des entreprises de la sous-région dont l’absence d’infrastructures routières de qualité, la quasi absence du chemin de fer, etc.». Le Sénégal, dont le port est une porte d’entrée pour certains pays africains enclavés de la sous-région, comme le Mali, a ainsi entamé l’extension son port et met en place des plateformes logistiques sur 21 ha.

Le problème est plus complexe pour les pays enclavés comme le Burkina Faso. Ainsi, selon M. Fousseini Koné, Directeur Régional Adjoint du Port Sec de Bobo-Dioulasso qui se situe à 1 000 km des ports de la sous-région alors que plus de 85 % des échanges extérieurs du pays se font par voie maritime, «le transport représente jusqu’à 40 % voire 60 % du coût de revient des opérateurs selon les secteurs d’activité». En clair, selon André Soumah, PDG du Groupe ACE, «l’Afrique ne parviendra pas à se développer si elle ne développe pas et ne maîtrise pas la chaine de valeur tout au long de la chaine de Transport & Logistique». La preuve en a été donnée par le Maroc. Grâce aux importants investissements réalisés au niveau des infrastructures, de la logistique et des réformes entreprises au cours de ces dernières années, le Maroc est passé en 5 ans du 113 ème au 50 ème rang mondial en terme de performance logistiques.

Recommandations

Pour le Panel II «Protection des investissements et cadre règlementaire et fiscal», les intervenants ont beaucoup mis l’accent sur l’importance d’accélérer la signature et de la ratification des accords bilatéraux ainsi que l’accord commercial et d’investissement entre le Maroc et les pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africain). De même, ils ont tous insisté sur la protection des investisseurs et le principe de non double imposition, afin de drainer davantage d’investissements vers les pays africains. A noter que le Maroc est lié avec 14 pays africains par des accords de protection des investissements et 10 conventions de non double imposition. Toutefois, selon M. Mohamed Hdid de Saaïdi Hdid Consultants, «il faut des dispositifs fiscaux harmonisés afin que les avantages fiscaux accordés dans un pays ne soient pas obérés par le pays d’origine».

Enfin, au niveau du Panel III «Financement des échanges commerciaux et des investissements», si la problématique de l’accès au financement a été soulevée par plusieurs opérateurs durant les 2 jours du Forum, les intervenants ont davantage mis l’accent sur la multiplicité des sources de financement. Ainsi, pour la mise en place des infrastructures ou des grands projets structurants, outre le circuit classique bancaire, les opérateurs et les Etats peuvent recourir aux partenariats public-privé (PPP) et aux institutions internationales en vue d’assurer le cofinancement. De même, partant du besoin considérable de financement des PME africaines, les intervenants ont souligné la nécessité que les opérateurs diversifient leurs sources de financement, en recourant, en plus des crédits bancaires, aux fonds d’investissement et aux marchés des capitaux (introduction en bourse, emprunts obligataires, etc.).

Enfin, et à la suite de cette seconde édition, des recommandations ont été émises par les participants dans le but de contribuer à la levée des obstacles entravant le développement des échanges commerciaux et des investissements entre le Royaume et les pays africains. En gros, ces recommandations tournent autour de trois grands vœux : régler très rapidement la problématique de transport & de logistique, développer la protection des investissements et des cadres règlementaires intégrés propices à la coopération et faire du financement des investissements et des échanges commerciaux une arme de progrès et de confiance. Autant de recommandations qui seront explicitées dans un livre blanc, mis à la disposition des décideurs économiques et politiques marocains et africains afin que ces obstacles puissent être levés ou atténués dans les plus brefs délais.

Moussa Diop

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Et la Chine s’invita !

Cette seconde édition du Forum International Afrique Développement a été aussi marquée par la présence d’une délégation de la succursale parisienne de la Bank of China (BoC). Cette présence s’explique par la préparation d’accords de partenariats entre cette institution et le Groupe Attijariwafa bank.

La BoC, première banque commerciale internationale de la Chine figure parmi les 30 plus grands établissements de crédits du monde par sa taille. La BoC est présente dans une trentaine de pays sur les 5 continents. En Afrique, la banque est implantée dans 4 pays et le total de ses engagements sur le continent s’élève à plus de 8 milliards de dollars.

Il faut dire que la Chine, incontournable aujourd’hui dans le monde des affaires est le principal partenaire commercial de l’Afrique, devant les USA et l’Europe, avec des échanges commerciaux Chine-Afrique qui ont dépassé les 166 milliards de dollars en 2011, contre 10 milliards de dollars en 2000 et des investissements qui se sont établis à 14,7 milliards de dollars en 2009, avec de plus en plus d’entreprises chinoises opérant en Afrique.

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Trophées, honneur à la femme africaine

Comme lors de la première édition du Forum International Afrique Développement, cette seconde édition a été marquée par la cérémonie haut en couleur de l’attribution des Trophées de la Coopération Sud-Sud aux entreprises ayant contribué au développement des échanges et des investissements intra-africains.

Le premier prix de cette édition a été décerné à la société Velegda, spécialisée dans l’import/export de céréales et produits du cru, sesame, amande de karité. Ce Groupe qui intervient également dans le transport national et régional, le décorticage et l’égrenage des produits agricoles est dirigé par une femme, Mme Velegda B. Mamounata.

Le second et le troisième prix ont été accordés respectivement à la Compagnie Sahélienne des Entreprises (Sénégal) qui dispose d’une expertise de 42 ans dans le BTP et opérant dans 6 pays de l’Afrique de l’ouest et à Houd Investissement (Mali) présent fortement dans le secteur agroalimentaire.

En plus des trois lauréats, 7 autres entreprises finalistes africaines ont reçu des trophées d’encouragement : Good Market (Congo), MTN (Mauritanie), Cimat (Maroc), Buzzichelli (Maroc), SIFCA (Côte d’Ivoire) et Geofor (Caméroun).

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