Les choix stratégiques du Maroc en matière de change relèvent d’une libéralisation progressive que concrétise la réglementation des changes, à travers des mesures évolutives qui ne cessent d’assouplir le cadre régissant les transactions en devises.
Ce cadre réglementaire est défini par l’Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC).
Publié pour la première fois en 2011, ce texte structurant a été revu en 2012 et 2013, puis a fait l’objet de refontes successives en 2019, 2020, 2022 et 2024 pour accompagner l’ouverture graduelle de l’économie nationale et répondre aux besoins des opérateurs économiques dans leurs relations avec l’étranger, tout en veillant à la préservation des équilibres extérieurs du Royaume.
En effet, la solidité de la balance commerciale et de la balance des paiements, ainsi que le niveau des réserves de change, constituent des prérequis essentiels à la poursuite du processus de libéralisation de la réglementation des changes et, à long terme, à une convertibilité plus étendue du dirham.
La note mensuelle de l’Office des Changes de décembre 2025 fait état d’une hausse de 8 % des importations par rapport à 2024, tandis que les exportations ont enregistré une progression plus limitée de 2,8 %.
Cette évolution s’est traduite par une aggravation du déficit commercial de plus de 15,8 % en 2025 et par une détérioration de 2,9 points du taux de couverture des importations par les exportations.
Toutefois, les recettes de voyages issues du tourisme ont connu une croissance de 20,6 % entre fin 2024 et fin 2025.
Les flux nets des investissements directs étrangers (IDE) se sont, pour leur part, appréciés de 74,3 % sur cette période, tandis que les transferts de fonds effectués par les Marocains résidant à l’étranger ont progressé de 2,6 % sur un an.
Ainsi, les réserves de change du Maroc ont atteint un niveau record d’environ 48,6 milliards de dollars à fin 2025, en hausse de 30,8 % sur l’année, couvrant 6,2 mois d’importations, selon l’Economist Intelligence Unit et Fitch Solutions.
Les agences de notation les considèrent comme « confortables » et les jugent supérieures à la médiane des pays notés « BB ».
Au-delà de ces chiffres globaux, l’Office des Changes a réalisé plusieurs études d’impact afin d’affiner les nouvelles dispositions en matière de libéralisation des changes.
Ces analyses approfondies ont porté sur les besoins réels en devises de l’économie nationale, notamment pour les voyages d’affaires, les frais de scolarité et de séjour des étudiants à l’étranger, le développement des jeunes entreprises innovantes, les startups, ainsi que les dépenses liées aux voyages personnels.
Ces travaux sont complétés par une large concertation avec les associations, les groupements professionnels et les institutionnels, afin de recueillir les attentes et les suggestions des usagers.
« Cette démarche vise à consolider le régime de convertibilité et à instaurer un cadre réglementaire solide, favorisant la compétitivité des opérateurs, leur résilience face aux évolutions économiques et leur intégration dans un environnement régional et international en constante mutation », selon le communiqué de l’Office des Changes.
En conséquence, la version 2026 de l’IGOC, qui a connu une profonde restructuration de son architecture, définit de manière claire et explicite les droits et obligations des usagers en matière d’accès à la devise.
Le texte se veut lisible, accessible et mieux structuré, permettant aux usagers de se repérer plus facilement et d’identifier les dispositions applicables en fonction de la nature de leurs opérations et de leur profil.
Cette nouvelle version introduit également de nouvelles mesures de facilitation et d’assouplissement portant notamment sur l’allègement de la charge documentaire, la simplification des régimes et des procédures, ainsi que sur la mise en place de « Nouvelles Facilités de Change » au profit des personnes morales et physiques, au titre des opérations courantes et en capital.
Ces nouvelles dispositions visent, en particulier, à améliorer le climat des affaires et à consolider les régimes relatifs aux voyages professionnels et personnels.
La nouvelle version de l’Instruction Générale des Opérations de Change est entrée en vigueur le 1er janvier 2026.
En définitive, la nouvelle instruction de l’Office des Changes consolide la libéralisation progressive et maîtrisée de la réglementation des changes, tout en préservant les équilibres extérieurs du Royaume.
Elle prévoit des mesures ciblées destinées à soutenir l’investissement, promouvoir les exportations, simplifier le commerce électronique, faciliter les voyages d’affaires, améliorer le régime des importations de services et renforcer les instruments de couverture.
Elle étend notamment la possibilité de compensation des positions aux opérations de couverture contre le risque de change, le risque de taux d’intérêt ainsi que les risques inhérents à tout actif.
De fait, l’Instruction Générale des Opérations de Change 2026 couvre un champ particulièrement étendu d’opérations courantes et en capital.
Par l’ampleur de sa restructuration et des mesures d’assouplissement qu’elle introduit, elle constitue certainement l’une des versions les plus avancées de l’IGOC.
Afifa Dassouli
Les startups labellisées par l’Agence de Développement du Digital (ADD) peuvent réaliser des investissements à l’étranger en rapport avec leur activité, à hauteur de 10 millions de dirhams par année civile.
À ce titre, ces startups sont dispensées de la justification des trois années d’activité et de la certification des comptes par un commissaire aux comptes.
Les résidents peuvent également prendre des engagements de « garantie d’actif et de passif » à l’égard des investisseurs non-résidents au titre des opérations de cession d’actions ou de parts sociales.
Une facilité est, par ailleurs, accordée aux étrangers résidents détenant des investissements au Maroc depuis au moins dix ans et ne disposant pas des justificatifs de financement en devises.
Ils peuvent désormais transférer les revenus de ces investissements dans la limite de 2 millions de dirhams par année civile.
Le titulaire d’un marché à l’étranger peut alimenter son compte en devises ou en dirhams convertibles, en tant qu’exportateur de services, à hauteur du montant rapatrié, dans la limite de 15 % du montant total du marché.
Cette facilité n’est pas cumulable avec la possibilité de créditer ce compte de 70 % de la marge dégagée au titre de ce marché.
La nouvelle instruction introduit une définition élargie des importations de services, avec la suppression de la liste limitative des opérations déléguées aux banques.
Elle élargit également la liste des entités habilitées à réaliser des importations de services, en incluant notamment les associations de microfinance, ainsi que certaines charges et certains droits liés à leur fonctionnement.
Le plafond autorisé au titre de la dotation pour voyages d’affaires est relevé pour les sociétés ne disposant pas de comptes en devises ou en dirhams convertibles.
Il passe de 500 000 dirhams à 1 million de dirhams, sur la base de 100 % de l’impôt payé au titre de l’année n-1.
La dotation pour voyages d’affaires réservée aux opérateurs catégorisés est également relevée de 1 million à 1,5 million de dirhams, sur la base de 100 % de l’impôt payé au titre de l’année n-1.
La dotation e-commerce accordée aux startups labellisées par l’ADD est portée de 1 million à 2 millions de dirhams.
Une dotation e-commerce minimale annuelle de 50 000 dirhams est également accordée aux sociétés nouvellement créées, aux sociétés exonérées d’impôt ainsi qu’à celles dont l’impôt payé est inférieur à 50 000 dirhams.
Le plafond de la dotation commerce électronique pour les personnes physiques résidentes et les Marocains résidant à l’étranger est relevé de 15 000 à 20 000 dirhams par année civile.
Le plafond de la dotation supplémentaire pour voyages personnels est relevé de 200 000 à 400 000 dirhams, sur la base de 30 % de l’impôt sur le revenu acquitté au titre de l’année n-1.
Cette dotation supplémentaire est cumulable avec la dotation de base de 100 000 dirhams, dans la limite globale de 500 000 dirhams par personne et par année civile.
Le bénéfice du régime applicable aux voyages personnels et aux soins médicaux est également étendu aux étrangers résidents, dans les mêmes conditions que celles prévues pour les Marocains.
Le plafond mensuel des frais de séjour au titre des voyages pour études à l’étranger est, par ailleurs, relevé de 12 000 à 15 000 dirhams.
Le taux de financement des crédits immobiliers en dirhams accordés aux Marocains résidant à l’étranger est relevé à 80 % de la valeur du bien.
Cette mesure s’applique à toute opération d’acquisition de biens immeubles au Maroc, sans limitation du nombre de biens financés.
