Culture

Hommage à feue Zakia Zouanat

le 1 octobre 2012


Une nouvelle page du Royaume des Saints vient de s’écrire

Le 30 aout dernier Mme Zakia Zouanat, spécialiste reconnue du soufisme marocain et « faqirat », était rappelée à Dieu. 

A l’occasion de la commémoration du quarantième jour de son décès, La Nouvelle Tribune publie ci-après le témoignage de Mme Maryan Dassa, de Marseille, une disciple française de la Tariqa Boutchichiya, qui rend hommage à cette éminente femme de sagesse, de bonté et de foi, que fut la regrettée Zakia Zouanat, que Dieu l’accueille en sa sainte miséricorde. 

F.Y 

 

Madame Zakia Zouanat était docteur en anthropologie et chercheuse à l’Institut des études africaines de l’université Mohammed V à Rabat.  Elle était connue notamment pour ses travaux sur le soufisme marocain et son influence à travers le monde.

Elle a été l’auteure de nombreux ouvrages sur de grand maîtres soufis, comme Abd es Salaam Ibn Mashish ou ‘Abd el Aziz Dabbagh (« Paroles d’Or ). Mais son chef-d’œuvre restera son dernier ouvrage « Le Royaume des Saints », qu’elle avait eu l’occasion en 2009 de présenter elle-même à Sa Majesté le Roi du Maroc Mohammed VI.

Souhaitant que l’écrin soit à la hauteur de sa perle Zakia Zouanat, toujours éprise de beauté et en quête de perfection (cf. sa Revue « Parfaire l’Homme »), avait veillé personnellement à chaque détail de l’élaboration de ce livre. Des textes à la mise en page, en passant par les illustrations et les translittérations, chaque étape avait fait l’objet de nombreuses révisions attentives.

Par ses ouvrages et ses conférences, elle a contribué à faire connaître au public d’aujourd’hui l’histoire du soufisme marocain, permettant ainsi à de nombreuses personnes, notamment en Europe et outre atlantique, de redécouvrir les valeurs spirituelles et sociales qui fondent le respect et la sacralisation des saints.

Mais cette présentation est loin de résumer qui était réellement Lalla Zakia. Disciple engagée depuis de nombreuses années, elle suivait l’enseignement du maître soufi contemporain sidi Hamza Qadiri Boutchich. A ce titre, elle se présentait d’abord comme une faqirat, c’est-à-dire littéralement une « pauvre en Dieu », en quête de l’expérience directe de la Vérité.  Elle aimait d’ailleurs à raconter comment son travail de recherche universitaire, notamment sur Abd es Salaam Ibn Mashish, l’avait conduite vers celui qu’elle considérait comme le  maître du temps, et à qui elle vouait un amour et une fidélité sans faille.

 

Le décret de son Seigneur ne l’a pas surprise. Elle est décédée après la fin du mois de Ramadan, jeudi 30 août 2012 à l’âge de 55 ans, « la langue imbibée du souvenir de Dieu », pour reprendre l’expression d’un hadith connu. Depuis plusieurs années, portée par la plénitude de sa foi, elle avait été amenée à traverser avec patience et courage les épreuves de la maladie.

« Lorsque la dernière heure d’un croyant approche, il reçoit la bonne nouvelle de la satisfaction de Dieu et de Ses bénédictions sur lui; alors à ce moment-là, rien ne lui est plus cher que ce qui l’attend.  Il a hâte de rencontrer Dieu, et Dieu a hâte de le rencontrer. » (Sahih al-Boukhari)

Toujours discrète sur ses largesses, Lalla  Zakia la faqirat, était aussi connue pour son immense générosité. Quelle que soit sa situation personnelle, elle ne refusait jamais son aide lorsque celle-ci lui était demandée. Entière et passionnée, cette femme qui n’hésitait pas à clamer son amour profond pour son maître Sidi Hamza, a consacré toute son intelligence et toute son énergie au service de la voie soufie, à la fois sur les plans intérieur et extérieur.

Les femmes soufies sont souvent anonymes ou mal connues. Zakia Zouanat, en ayant mis ses talents de chercheur et d’écrivain au service de cette  dimension spirituelle de l’islam que constitue le soufisme, a pris place aux côtés de d’Eva de vitray-Meyerovitch et d’Annemarie Schimmel parmi celles dont la postérité n’oubliera pas le nom.

 

Elle a été rappelée de la meilleure manière, les lèvres encore parcourues de l’invocation de Dieu et le cœur rempli de l’amour de son maître. Puisse ces travaux lui apporter, par-delà la tombe, l’agrément divin et Ses bénédictions.

Son Shaykh Sidi Hamza a organisé pour elle 3 nuits de veillées de dhikr continu à la zaouïa de Madagh au Maroc. Les frères se sont relayés de jeudi à dimanche durant toute la nuit.

« En vérité, Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons » (Coran, Sourate X, Verset X)

 

Maryan Dassa

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