Hicham Boudraa, DG de l'AMDIE

Économie et Finance

Hicham Boudraa, DG de l’AMDIE, dresse le premier bilan de l’Agence

le 9 avril 2019



L’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations, AMDIE, vient de fêter tout récemment sa première année d’existence.
Fusion de l’AMDI, Maroc Export et l’OFEC, sa mission est aujourd’hui aussi bien définie qu’opérationnelle et les douze premiers mois de son existence ont permis de mettre au point une offre exhaustive des incitations à l’investissement, national et étranger ainsi que tous les mécanismes destinés à booster les exportations et assurer une réelle promotion coordonnée de l’image du Maroc et de ses produits à l’étranger.
Dans l’entretien qui suit, M. Hicham Boudraa, Directeur général de l’AMDIE expose pour nos lecteurs les composantes de ce premier bilan annuel fort honorable.
A.D

La Nouvelle Tribune :

M. Hicham Boudraa, vous dirigez l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations, fusion récente entre l’ex agence marocaine de développement des investissements, AMDI, Maroc Export et l’Office des Foires et Expositions de Casablanca réalisée en Décembre 2017, pouvez-vous partager avec nous le bilan de cette intégration une année après ?

Hicham Boudraa :

Comme vous le savez, l’AMDIE a été créée pour répondre à un besoin de renforcement et d’une montée en gamme du dispositif de promotion des investissements et des exportations et ce, par un renforcement de ses capacités et une définition claire de ses modes d’intervention.
Cette année a été une année charnière en termes d’organisation, de mise en place et d’adaptation à une nouvelle façon de faire de la promotion.

C’est ainsi que dans le cadre de la promotion de l’offre Maroc, l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations a mis en place plusieurs outils de communication et de promotion, notamment :
✔ Des outils de démarchage tels que des présentations sectorielles retraçant l’évolution des secteurs ainsi que les offres y afférentes (opportunités d’investissement, mesures incitatives, etc.) ;
✔ Des outils de communication tels que brochures sectorielles synthétisant l’Offre Maroc dans les secteurs ;

Tous ces efforts ont porté leur fruit puisque moins d’un an après sa création, l’agence a été primée en Chine comme meilleure Agence africaine de promotion des investissements, lors du « Africa Investment Meeting Roadshow 2018 ».

L’actuelle AMDIE a, depuis, une double politique de dynamisation des investissements extérieurs et des exportations, pouvez vous nous exposer ces deux politiques d’apparence très différente ? Comment l’AMDIE intervient concrètement pour attirer les investisseurs et de même dynamiser les exportations de notre pays ?

En fait, la dynamisation des investissements, (aussi bien nationaux qu’étrangers), et celle des exportations est édictée par une seule et unique politique dont les soubassements sont la stratégie de l’Etat et ce, conformément à l’article 3 de la loi n°60-16 portant création de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations.

C’est ainsi que l’AMDIE est chargée de la mise en œuvre de la stratégie de l’Etat en matière de développement, d’incitation et de promotion des investissements nationaux et étrangers ainsi que des exportations des produits et services et ce, à travers plusieurs actions qui sont énumérées dans ladite loi.

De même, l’Agence est une force de proposition et de conseil puisqu’elle est chargée, entre autres, de faire toute proposition et procéder à toute étude nécessaire à la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement en matière de développement de l’investissement et de l’export et à l’évaluation des réalisations dans ce cadre ainsi que donner son avis sur toutes les questions en relation avec le développement des investissements et la promotion des exportations.

Et concrètement, ces missions et attributions ont été déclinées en divers chantiers dans le cadre d’un plan d’action approuvé par le Conseil d’Administration.
C’est ainsi et dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie de promotion de l’offre Maroc, des mesures ont été mises en place, dont on peut citer notamment :

✔ La mise en commun des programmes d’investissement et d’exportation pour plus de cohérence et d’efficacité opérationnelle.
✔ Le déploiement de mécanismes de contractualisation entre l’AMDIE et les Fédérations et Associations Professionnelles avec des objectifs chiffrés et des résultats mesurables. En effet, l’adhésion de la profession est fondamentale pour assurer le succès aux actions promotionnelles et s’assurer de l’implication du secteur privé par la participation effective dans les différentes manifestations.
✔ Le renforcement du positionnement à l’export, par le ciblage et l’intensification des actions de promotion aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.

L’AMDIE ne se trouve-t-elle pas face à la grande responsabilité de contribuer à un certain équilibre de la balance des paiements, un des pré-requis de la nouvelle cotation du dirham, en rentrant le plus de devises possibles par les deux sources d’entrées de devises les plus importantes, en faveur des investissements extérieurs et des exportations ?

Comme vous le savez, les transferts des marocains résidents à l’étranger et le tourisme constituent les deux principales sources de devises au Maroc, selon les résultats préliminaires de l’office de changes au titre des onze premiers mois de l’année 2018 : Recettes MRE 59,7 MM MAD et Recettes voyages 67,1 MM MAD.
De même, celles provenant de l’investissement extérieur et des exportations contribuent positivement à l’amélioration de la balance des paiements et à l’augmentation des rentrées de devises.

En effet, il est attendu que la part des investissements directs étrangers y participe de manière conséquente et ce, en raison de l’importante hausse des flux des IDE observée ces dernières années.

Par ailleurs, les efforts de structuration des filières industrielles en écosystèmes ont permis d’accroitre la valeur ajoutée, de diversifier l’offre exportable et de réduire la demande extérieure en intrants, ce qui a réduit considérablement les sorties de devises.

S’agissant des exportations marocaines, elles sont actuellement constituées à environ 45% de produits manufacturés à technologie moyenne et haute, avec une tendance graduelle à atteindre la moyenne mondiale qui avoisine les 50%. Cette montée en technologie favorise la montée en valeur des exportations et la réduction du déficit de la balance des paiements.

De même, les industries nouvelles (automobile, aéronautique & électronique) sont devenues les premières pourvoyeuses de devises. Elles ont réalisé un niveau d’exportations qui frôle 80 milliards de Dhs en 2017, contre 46,8 milliards de Dhs en 2013, soit une croissance annuelle moyenne de 14,3% au cours de la période 2013-2017.

Dans quelle mesure les exportations marocaines, bénéficient–elles de la cotation « fluctuante » du dirham en matière de compétitivité de change ?

Depuis 2001, la parité du Dirham était déterminée à l’intérieur d’une bande de fluctuation de ±0,3% par rapport à un cours central fixé par Bank Al-Maghrib sur la base d’un panier de devises.

La composition de ce panier a connu plusieurs réaménagements avant d’arriver en 2001 à une structure autour de deux devises-clés : l’euro (80%) et le dollar (20%) dont les pondérations ont été révisées en 2015 pour s’établir à 60% pour l’euro € et 40% pour le dollar $ US.

La décision du 12 janvier 2018 maintient cette composition et cet ancrage. Elle a concerné uniquement l’augmentation de la bande de fluctuation de la parité du dirham, passant ainsi de 0,6% (±0,3%) à 5% (±2,5%).

Le changement que cette réforme a introduit n’est donc, pour l’instant, rien de plus qu’un élargissement de la bande de fluctuation du cours du dirham.

On est passé de plus ou moins 0,3% à plus ou moins 2,5%. Cela signifie que le système d’encadrement de la parité du dirham, en vigueur sous le régime de la fixité, est toujours là. Bank Al-Maghrib (BAM) continuant à intervenir, le cas échéant, pour maintenir la valeur du dirham dans les limites ainsi définies.

Aussi, vu la marge de fluctuation très limitée qui a été introduite en janvier 2018, il serait prématuré de dire que cette flexibilité impacte réellement nos échanges extérieurs.

Néanmoins, en règle générale, quand la valeur du dirham s’apprécie, les produits en provenance du Maroc deviennent plus chers sur les marchés internationaux.

Toutefois, il ne faut pas oublier, que cela rapporte aussi à la baisse la valeur monétaire de nos importations exprimées en devises. En revanche, une dépréciation du dirham donnerait un coup de fouet aux exportations nationales, mais elle entraîne mécaniquement une hausse des prix des biens importés.
Dans la réalité, les exportations d’un pays ne dépendent pas uniquement de ses prix compétitifs, mais également de la qualité de ses produits, de leur disponibilité et du degré d’ouverture des pays partenaires.

Entretien réalisé par Afifa Dassouli