Économie et Finance

Hicham Belmrah, président du directoire, MAMDA : MAMDA assure près de 80% de la Surface Agricole Utile nationale

par Fahd YATA | le 20 avril 2017


Hicham Belmrah, Président du directoire du Groupe MAMDA-MCMA répond ci-après aux questions de notre hebdomadaire dans un entretien réalisé à l’occasion de la tenue du 12è SIAM. Expertise, pédagogie, mobilisation au côté des acteurs et opérateurs du Plan Maroc Vert, couverture des risques et dommages, tels sont quelques-uns des atouts de MAMDA pour une couverture de plus en plus ample et exhaustive du monde agricole national, mais aussi pour une démonstration efficace de ses capacités aux visiteurs africains.

La Nouvelle Tribune :

La douzième édition du SIAM se tient ces jours-ci. En tant qu’acteur éminent du secteur agricole, quel sens donnez-vous à la participation de votre groupe et quels objectifs vous assignez-vous en cette occasion ?

Hicham Belmrah :

Mamda est effectivement un acteur important du secteur agricole et nous sommes fortement mobilisés dans le cadre du Plan Maroc Vert. A ce titre, il est important pour nous d’accompagner la plus grande manifestation agricole, non seulement du Royaume mais également du continent. Outre le témoignage de notre mobilisation aux côtés du secteur agricole et des agriculteurs, le SIAM est pour nous l’opportunité d’expliciter nos produits et de communiquer autour des différents produits d’assurances développés pour préserver les opérateurs du monde rural des aléas climatiques. Nous avons à ce titre essentiellement un objectif pédagogique visant à démontrer à nos visiteurs, acteurs agricoles ou institutionnels, les bénéfices de la souscription aux assurances agricoles. L’agriculture marocaine a opéré une extraordinaire mue ces dernières années et le développement de l’assurance des récoltes fait partie de ce mouvement non seulement de modernisation de notre agriculture mais également de stabilisation des revenus des acteurs du monde rural. L’enjeu des produits d’assurance est ainsi non seulement économique mais également social. Aujourd’hui le Maroc a vocation d’exemple sur tout le continent et le modèle développé chez nous pour les assurances agricoles fait partie du dispositif. La forte représentativité du continent africain pendant le SIAM nous permet également de présenter notre savoir-faire et notre expertise en la matière.

L’année agricole actuelle se caractérise par une pluviométrie plus que satisfaisante et bien répartie dans le temps et sur le territoire. Est-ce à dire que votre institution a été moins sollicitée en termes de couverture des risques ou de prévention par les opérateurs du secteur agricole ?

Le principe de l’assurance agricole est qu’elle est souscrite au démarrage de la saison sans préjuger de l’état des futures récoltes. L’acceptation progressivement de l’assurance climatique, qui a démarré depuis 2011, nous a permis de souscrire 1.000.000 ha pour la campagne agricole actuelle (au même niveau que l’année précédente).

Concernant les indemnisations, nous ne serons sollicités que si l’année s’avère mauvaise et que, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, après avoir diligenté conjointement les expertises avec Mamda, déclare une zone sinistrée.

C’est seulement à ce moment-là que nous interviendrions. A ce stade, et comme vous le mentionnez à juste titre, la pluviométrie est satisfaisante et nous n’anticipons pas d’indemnisations contre le risque de sécheresse.

Ceci étant, de notre côté, nous menons de vastes campagnes pour faire adhérer les agriculteurs aux autres produits d’assurances (incendie récolte, mortalité de bétail, …). Comme je le disais précédemment, l’assurance ne porte pas seulement un enjeu économique pour l’agriculteur mais porte également un enjeu social. Souscrire à un produit d’assurance permet de sécuriser son revenu en cas de mauvaise récolte et d’être ainsi à l’abri des aléas climatiques.

Quel bilan dressez-vous de votre forte implication dans le domaine de l’assurance agricole ? Êtes-vous satisfaits par rapport aux objectifs que vous recherchiez ?

C’est un objectif commun entre le Ministère de l’Agriculture et la Pêche Maritime et Mamda. Pendant longtemps, Mamda a assuré la gestion du système de garantie mis en place par le gouvernement afin de protéger la production céréalière contre la sécheresse. Avec la mise en œuvre de la stratégie agricole du Plan Maroc Vert, la garantie de l’Etat contre la sécheresse a cédé la place à de véritables produits d’assurances avec notamment le lancement en 2011 de la «multirisque climatique céréaliculture et légumineuse» (MRC) avec comme objectif de couverture 1.000.000 ha assurés en 2015. Nous avons dépassé cet objectif et nous en sommes particulièrement fiers, sachant qu’avant sa mise en place, seuls 65.000 ha étaient assuré chaque année. Nous avons ensuite procédé à l’extension de nos produits à l’arboriculture en mettant en place des produits adaptés aux risques spécifiques inhérents à ce type de cultures. Ainsi, nous disposons d’une couverture de près de 80% de la surface agricole utile marocaine.

Nous assurons également l’ensemble des éléments constituant le patrimoine ou la vie des agriculteurs avec notamment des produits dédiés à la santé et à la retraite ainsi qu’aux matériels, ou encore aux autres activités agricoles telles que la mortalité du bétail, l’aviculture et l’apiculture.

 Dans tous ces domaines il y a encore fort à faire car le principe et le concept de l’assurance n’est pas forcément dans les mœurs de nos interlocuteurs, mais nous sommes satisfaits, non seulement du chemin parcouru, mais également des résultats obtenus.

Dès juin 2016, Mamda a commencé à indemniser les agriculteurs touchés par la sécheresse de 2015. Cette opération a-t-elle été achevée?

Oui, cette opération est achevée et tous nos assurés ont bénéficié de leur indemnisation. Au vu de la situation pluviométrique de la campagne agricole 2015-2016, nous avions pris l’initiative de raccourcir le processus d’indemnisation des agriculteurs assurés à la Multirisque Climatique en démarrant 1 mois plus tôt pour que les agriculteurs touchés ne pâtissent pas de la situation. Cette réactivité a été possible grâce aux investissements que nous avons réalisés dans la géolocalisation des parcelles, dans des systèmes d’information propres permettant le traitement automatisé des expertises ainsi que le réseau étoffé des 200 experts dédiés.

A ce titre, nous avons indemnisé les agriculteurs pour un total de 950 millions de dirhams. Ce montant correspond à une indemnisation moyenne de l’agriculteur de 973 dirhams alors qu’il n’a cotisé que 30 dirhams par ha.

A l’occasion de la COP22, un focus a été mis sur le concept d’assurance indicielle, ou paramétrique. Quelle est la position de la MAMDA vis-à-vis de ce type de produit ?

L’assurance paramétrique prévoit le versement d’une indemnité en fonction de la valeur d’un indice et non pas sur la base de dommages constatés sur l’exploitation de l’agriculteur. Le bon fonctionnement du système repose sur le fait que l’indice soit fortement corrélé aux pertes réelles de l’assuré. D’un point de vue technique, le principal avantage de ce système est qu’il réduit de façon importante les délais d’indemnisation des agriculteurs, compte tenu de l’absence d’expertise.

Mamda a d’ores et déjà avancé sur la mise en place de ce type de produit d’assurance et nous disposons à date de l’ensemble des éléments pour démarrer sa mise en œuvre.

De même, de l’avis des experts, l’assurance agricole ne pourra perdurer sans des programmes de formation aux meilleures pratiques résilientes au changement climatique. De telles formations existent-t-elles au Maroc ? Sinon, sont-elles prévues ?

Dans le cadre du Plan Maroc Vert, notamment le pilier II, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, a mis en place des actions d’encadrement (formation, vulgarisation, …) pour l’amélioration de la productivité des agriculteurs. Ces actions existent et sont continuellement mises à jour en fonction des nécessités sur le terrain.

Par ailleurs, Mamda fait intervenir près de 200 experts sur le territoire nationale tant au niveau de la souscription aux produits d’assurance que lors de l’indemnisation. Leur rôle ne se limite pas aux aspects techniques mais englobe également un effort important de formation.

Entretien réalisé par
Fahd YATA