Les premiers résultats de la troisième enquête nationale sur le handicap, présentés jeudi à Rabat, révèlent une prévalence en nette hausse et surtout un coût qui pèse d’abord sur les familles.
Près de 29 % des ménages marocains comptent au moins une personne en situation de handicap. C’est le chiffre qui frappe le plus dans le bilan préliminaire de la troisième enquête nationale sur le handicap, dévoilé jeudi à Rabat par le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, Abdeljebbar Rachidi. « Les répercussions du handicap dépassent la personne concernée et touchent également sa famille », a-t-il souligné, évoquant les coûts directs et indirects, les soins et l’accompagnement.
Le taux de prévalence du handicap s’établit désormais à 8,7 % de la population, dont 2,3 % de handicap sévère. Un bond de 1,9 point par rapport à l’enquête de 2014, qui l’estimait à 6,8 %.
Faut-il y lire une dégradation de l’état de santé du pays ? Pas exactement. Le secrétaire d’État attribue l’essentiel de l’écart à un changement d’outils de mesure : l’enquête 2026 inclut pour la première fois les enfants de 2 à 17 ans, adopte les normes de l’Unicef et applique la liste élargie du Groupe de Washington pour les 18 ans et plus. S’y ajoute une raison démographique de fond : le vieillissement de la population. La prévalence grimpe d’ailleurs à environ 26 % chez les personnes âgées.
L’enquête a aussi changé d’échelle : 20 412 ménages interrogés contre environ 16 000 en 2014, avec 47 équipes et 236 enquêteurs mobilisés sur le terrain depuis janvier 2026, et un cadre cartographique permettant de généraliser les résultats.
Les femmes représentent 53,6 % des personnes en situation de handicap, contre 46,4 % pour les hommes. Et 60,5 % de cette population vit en milieu urbain, contre 39,5 % en zones rurales — un déséquilibre qui, selon M. Rachidi, impose de passer « d’une politique unifiée à des stratégies mieux ciblées, tenant compte des besoins réels de chaque territoire ».
L’écart entre régions donne la mesure du chantier : la prévalence atteindrait 14,2 % à Béni Mellal-Khénifra contre 2,4 % à Dakhla-Oued Ed-Dahab. Les maladies non héréditaires et l’état de santé général expliqueraient plus de 56 % des situations recensées.
C’est peut-être le résultat le plus politique de l’enquête : 65,6 % des personnes en situation de handicap déclarent que les dépenses de médicaments et de produits pharmaceutiques restent à la charge de la famille. Et moins d’un tiers (29,7 %) disposent d’un diagnostic médical formel — sans lequel l’accès aux droits et aux dispositifs d’appui devient un parcours du combattant.
Sur le front de l’emploi, le tableau reste sombre : un taux d’emploi de 12,7 % pour l’ensemble de cette population, avec un écart de genre saisissant — environ 23 % chez les hommes contre 4 % chez les femmes.
Interrogés sur leurs attentes, les personnes en situation de handicap et leurs familles placent en tête la garantie d’un accès effectif aux droits et aux services de base : santé, éducation, emploi. Plus de 77 % réclament la gratuité des soins. Viennent ensuite les bourses scolaires et la mise à disposition d’accompagnateurs pour la scolarisation, ainsi que l’application effective du quota d’emploi prévu par la loi.
Réalisée par le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale en partenariat avec le Haut-Commissariat au Plan, l’Observatoire national du développement humain et le Fonds des Nations unies pour la population, l’enquête doit servir de socle à une politique publique intégrée. Reste à savoir combien de ces indicateurs se traduiront en lignes budgétaires.
LNT
