H1N1, quand « l’infox » tue plus vite que la grippe …

le 7 février 2019


La grippe A H1N1 est dans nos murs depuis plusieurs semaines déjà, en un retour hivernal qui se produit chaque année depuis 2009, date de sa première apparition dans notre pays.

Officiellement, seize personnes ont succombé à ses effets, mais pour l’opinion publique, les dégâts humains seraient beaucoup plus importants, notamment parce que sur les réseaux sociaux, « infox » et « fake news » ont largement alimenté les peurs et entretenu la panique !

Pourtant, le Ministère de la Santé, le département en charge de la Communication officielle du gouvernement, et, surtout, l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS, ont donné d’amples et convaincantes informations sur cette maladie saisonnière qui, selon leurs dires, ne représente nullement un caractère de pandémie, alors que les process sont en place, les médicaments spécifiques disponibles (Tamiflu notamment) et les mesures préventives déjà appliquées dans les hôpitaux, centres de santé, cliniques privées, etc.

Alors pourquoi cette panique, ces rumeurs folles, ces parents éperdus de crainte qui prennent d’assaut les écoles pour y retirer leurs enfants, ces informations incontrôlées et non  vérifiées qui flambent sur les réseaux sociaux, ces crèches, garderies, écoles, primaires et autres, tentées par des fermetures abusives et d’ailleurs refusées par les autorités de tutelle ?

Il y a, bien sûr, plusieurs raisons qui expliquent ces phénomènes irrationnels, où la raison et le raisonnement sont remplacés par les sentiments et les affects, lesquels sont compréhensibles lorsqu’il s’agit de la vie et de la santé d’êtres proches, enfants, parents âgés, personnes aux maladies chroniques, femmes enceintes, etc.

La première, la plus importante sans nul doute, est la défiance que manifeste bien souvent une bonne part de l’opinion publique envers la communication officielle.

« Les gens » ne croient pas que « l’Autorité » leur dit la vérité lorsqu’elle se met en devoir de démentir une information ou de convaincre du bien-fondé et de la véracité de ses assertions.

La défiance a depuis fort longtemps remplacé la confiance, parce que trop souvent dans le passé, la Communication officielle n’a point été à la hauteur des attentes ou des exigences du grand public !

Ce phénomène a trouvé son origine à la fois dans la nature et la qualité des messages qui étaient adressés aux citoyens et du fait de la personnalité ou des fonctions de ceux qui étaient en charge de leur diffusion.

Et si aujourd’hui, les réseaux sociaux ont plus de poids sur la question de la Grippe H1N1 que  l’OMS elle-même, c’est parce que le mal est profondément installé dans les esprits des Marocains et Marocaines, au point où la  rumeur est plus forte que les informations fournies par une organisation internationale aux procédures strictes, aux mécanismes de contrôle intransigeants, aux missions d’évaluation très sévères et incontournables pour les autorités sanitaires des États membres, dont le Maroc, bien évidemment !

Ainsi, lorsque l’OMS déclare qu’il n’y a pas de pandémie de grippe H1N1 dans le Royaume, que cette maladie est en fin de cycle annuel (qui débute généralement à l’automne), et que le nombre de victimes est (malheureusement) dans la normalité internationale (plusieurs milliers de décès dus à la grippe en France chaque année !), il pourrait s’avérer légitime que ces précisions soient comprises et acceptées par notre opinion publique.

Mais las !

Les sites électroniques spécialisés dans le tapage, les publications à sensation, les exagérations journalistiques le plus souvent commises par des plumitifs peu informés et très peu formés, font le « bad buzz » et ni MM. Anas Doukkali et Mustapha El Khalfi ne peuvent se mesurer à ceux qui, sans trop comprendre ce qu’ils font, glosent à longueur de journée et de colonnes sur « la grippe porcine ».

Le porc étant totalement prescrit par notre religion, la dangerosité de la grippe H1N1 s’en trouve terriblement renforcée dans les esprits parce qu’elle est assimilée à un interdit majeur de l’Islam !!!

Et, dans ce combat sans fin entre la vérité et l’approximation, la dénaturation et le sensationnalisme, l’exemple de la grippe n’est pas le seul à nous prouver que le chemin vers de la logique et la raison sera long avant que la réflexion et l’intelligence ne l’emportent sur les passions irréfléchies !

Chaque jour d’ailleurs nous en apporte la preuve.

Ainsi, dans l’affaire de la facture électronique et de l’ICE, quelques grossistes malintentionnés ont eu plus d’influence sur les petits commerçants que la Direction générale des Impôts !

De même, si Nasser Zefzafi connaît quelques ennuis de santé, les propos de son père, relayés par les réseaux sociaux, ont plus de valeur que tous les communiqués de la Direction de l’Administration pénitentiaire ou les visites d’inspection du Conseil National des Droits de l’Homme pourtant aujourd’hui dirigé par une femme à la probité et l’honnêteté reconnues de tous, Mme Amina Bouayach !

Dans ce contexte donc, il appartient aux organes de communication, journaux, portails, et notamment ceux qui ne relèvent pas de l’autorité publique, d’aborder l’information sensible avec esprit de responsabilité, intelligence et professionnalisme.

Ce qui, loin s’en faut, n’est pas toujours le cas !

Fahd YATA