La commission électorale nationale a proclamé mardi les résultats provisoires du référendum constitutionnel de dimanche. Le texte instaurant un régime présidentiel fort recueille 70% des suffrages, pour une participation d’environ 55%. La Cour suprême doit rendre les résultats définitifs dans les prochains jours. Aucun recours n’a été déposé.
Le projet de Constitution soumis aux électeurs bissau-guinéens le 30 août a été approuvé par 70% des suffrages, selon les résultats provisoires annoncés par la commission électorale nationale. La participation s’est établie autour de 55%.
Le texte opère un changement de nature du régime. La Guinée-Bissau passe d’un système semi-parlementaire à un régime présidentiel fort. Le chef de l’État se voit doté du pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que de dissoudre le Parlement, dont le nombre de sièges est ramené de 102 à 65.
La présidente de la commission électorale, Carmen Izaura Lobo, a qualifié le processus de réussi, en saluant le professionnalisme et la transparence dont auraient fait preuve les commissions régionales et les agents des bureaux de vote. Aucun recours n’avait été déposé au moment de la proclamation. La Cour suprême doit valider les résultats définitifs dans les prochains jours.
L’opposition conteste la légitimité du scrutin. Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, formation historique du pays, a dénoncé un vote organisé dans un contexte de libertés publiques restreintes. Le président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’homme, Abubacar Ture, a averti que la présidentialisation concentre le pouvoir de manière dangereuse.
Le contexte institutionnel donne à ces objections leur portée. Une junte militaire dirige le pays depuis le 26 novembre 2025, après le renversement du président Umaro Sissoco Embaló à l’issue d’une élection présidentielle contestée dont les résultats n’ont jamais été proclamés. Le général Horta N’Tam conduit la transition, sous une charte qui lui interdit de se présenter aux élections prévues le 6 décembre 2026.
Le débat de fond porte sur le diagnostic. Les partisans de la révision invoquent l’instabilité chronique du pays, qui a connu depuis son indépendance en 1974 une succession de coups d’État, et attribuent les blocages à la dualité de l’exécutif. Leurs adversaires objectent que la concentration des pouvoirs n’a jamais constitué, dans l’histoire politique de la sous-région, une garantie de stabilité, et qu’une réforme adoptée sous un régime de transition militaire tire sa fragilité de ses conditions d’élaboration.
L’échéance du 6 décembre constituera le test du dispositif : la première élection présidentielle organisée sous le nouveau cadre en déterminera la portée réelle.
LNT