GITEX à Marrakech, définir le monde d’après
Une grille de mots croisés générée à partir de cet articles.
En ouvrant ses portes le 7 avril 2026, à l’heure même où le détroit d’Ormuz vacille et où les prix du baril défient les hypothèses de la Loi de Finances, le GITEX Africa Morocco n’est pas un simple salon technologique.
Il faut mesurer le paradoxe. Depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, est en quasi-paralysie. Le baril a atteint un record de 110 dollars quand le budget du Maroc avait été construit sur l’hypothèse d’un maximum de 65. Le gouvernement Akhannouch a constitué une commission ministérielle d’urgence. Et dans ce même Maroc sous pression énergétique, sous tension inflationniste, Marrakech accueille 1 450 entreprises technologiques venues de 130 pays, pour débattre de l’avenir numérique de l’Afrique.
Ce n’est pas une incongruité, c’est une réponse structurelle à la vulnérabilité que la guerre en Iran vient de rendre aveuglante : un pays qui importe son énergie, ses équipements, ses technologies, est un pays qui ne décide pas seul de son destin. La souveraineté numérique n’est pas une abstraction de politique publique, dans le monde qui se recompose sous nos yeux, c’est la condition même de l’autonomie stratégique.
La ministre déléguée Amal El Fallah Seghrouchni ne s’y trompe pas lorsqu’elle avertit que “les cartes du monde sont en train de changer”. L’intelligence artificielle, dit-elle, est désormais “un levier de compétitivité, un enjeu de souveraineté, un objet de régulation et une nouvelle manière de gouverner”. La formule mérite d’être pesée mot à mot. Parce que derrière le vernis événementiel du GITEX, les stands, les pitchs de startups, les conférences plénières, se joue quelque chose de beaucoup plus profond. Qui va écrire les règles de l’IA africaine ? Washington ? Pékin ? Bruxelles ? Ou Marrakech ?
La compétition est documentée. Les États-Unis ont investi plus de 300 milliards de dollars dans l’IA ces dernières années. La Chine poursuit une stratégie industrielle avec plus de 100 milliards d’investissements publics et privés cumulés. L’Union européenne prépare un plan à 200 milliards d’euros. Trois blocs, trois visions, trois modèles de gouvernance technologique. Et l’Afrique dans tout ça ? Un continent de 1,4 milliard d’habitants, dont l’IA pourrait générer 1 200 milliards de dollars de valeur d’ici 2030, qui risque pourtant de se retrouver simple marché consommateur si elle ne prend pas place à la table où se définissent les normes. Le Président de la CGEM, Chakib Alj a résumé sans détour à l’ouverture du salon : “Si l’Afrique ne participe pas à l’élaboration des règles de l’IA, d’autres les définiront à sa place.”
C’est là que le Maroc joue une partition particulière et périlleuse. Le Royaume navigue dans un monde où chaque choix technologique est désormais un choix géopolitique. La présence simultanée à ce GITEX d’acteurs mondiaux qui y affichent explicitement leurs ambitions de “souveraineté numérique en Afrique”, dit tout de la complexité du grand jeu.
Dans ce contexte, le GITEX Africa Morocco 2026 vaut moins par ce qu’il expose que par ce qu’il signifie. Il signifie que le Maroc a fait un choix, celui d’être une plateforme et non un spectateur. Il signifie que la souveraineté numérique n’est pas le luxe de lendemain de crise, mais l’investissement qui rend les crises supportables.
Les data centers de Casablanca, Dakhla et Settat, le hackathon RamadanIA qui a mobilisé 4 000 jeunes dans toutes les régions du Royaume, le programme Morocco 300 pour internationaliser les startups nationales, ce sont des briques d’un édifice dont les tensions mondiales viennent de rappeler l’utilité cardinale.
Le monde qui sort de cette séquence, sera un monde où l’on sera soit souverain, soit dépendant. Le Maroc a choisi son camp. Il appartient maintenant au pays de tenir la promesse que le salon incarne.
Zouhair Yata
