GITEX 2026 : Entre innovation et souveraineté, le Maroc veut tracer sa voie numérique
La quatrième édition de GITEX Africa Morocco se déroule à Marrakech dans un contexte marqué par l’accélération des transformations numériques à l’échelle mondiale et les enjeux croissants de souveraineté technologique. Dès la cérémonie d’ouverture, les interventions des responsables publics et privés ont convergé autour d’un même constat : le Maroc entend consolider son positionnement en tant que plateforme technologique régionale, capable de connecter les dynamiques africaines aux grands flux d’innovation mondiaux, tout en affirmant une approche fondée sur la souveraineté numérique et la création de valeur locale.
Intervenant à cette occasion, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a souligné que le Royaume « s’impose comme une plateforme de référence en matière d’infrastructures à forte valeur ajoutée, de recherche scientifique et d’innovation ». Il a insisté sur le fait que cette dynamique repose sur des fondements structurels, notamment une stabilité institutionnelle, des infrastructures modernisées et un capital humain qualifié.
Selon lui, le gouvernement a engagé une politique volontariste plaçant le numérique au cœur des priorités budgétaires et institutionnelles, avec pour objectif de créer un environnement propice à l’investissement et à l’innovation. Cette orientation se traduit notamment par le déploiement de la fibre optique, le lancement de la 5G et le développement de projets énergétiques verts destinés à soutenir les infrastructures numériques stratégiques.
Le chef de l’exécutif a également rappelé les avancées du Maroc en matière d’intelligence artificielle, citant notamment la progression du Royaume de 14 places dans l’indice de préparation des gouvernements à l’IA en 2025, signe d’une amélioration des capacités institutionnelles et de gouvernance dans ce domaine.
Au-delà des performances nationales, Aziz Akhannouch a inscrit cette dynamique dans une perspective continentale, estimant que l’Afrique dispose d’un potentiel considérable, porté par sa jeunesse et son énergie, mais qu’elle nécessite davantage d’outils numériques, de financements et d’opportunités pour transformer ce potentiel en croissance durable.
De son côté, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a mis en avant le choix stratégique du Maroc de bâtir un modèle de souveraineté technologique fondé sur une gouvernance digitale renouvelée et renforcée par l’intelligence artificielle.
Elle a indiqué que le Royaume entend « inventer un nouveau jeu » dans un contexte de compétition technologique mondiale où se conjuguent enjeux d’investissement, de capacités industrielles et de souveraineté scientifique. Selon elle, l’ambition marocaine consiste à construire une puissance technologique capable de fédérer les acteurs et de mettre l’innovation au service du développement global et du bien commun.
Dans cette optique, Amal El Fallah Seghrouchni a évoqué les quatre piliers structurant cette vision : une souveraineté technologique opérationnelle, une modernité adaptée aux réalités nationales, une capacité de médiation entre différentes sphères géopolitiques et une contribution active au dialogue international sur les enjeux du digital et de l’intelligence artificielle.
Elle a également souligné que la position géographique du Maroc, combinée à la diversité de ses partenariats et à sa tradition de dialogue multilatéral, constitue un atout pour en faire une plateforme internationale de réflexion sur une IA éthique, responsable et inclusive.
Les discussions ont également mis en lumière le rôle central des infrastructures dans la construction d’une souveraineté numérique durable. Dans ce cadre, la ministre a évoqué le projet « Igouda », présenté comme le plus grand data center d’Afrique, dont la construction est envisagée dans la région de Dakhla.
Ce complexe, conçu comme une « data embassy », devrait atteindre une capacité de 500 mégawatts à l’horizon 2030, tout en étant alimenté exclusivement par des énergies renouvelables et refroidi par l’eau de l’océan Atlantique. Ce projet illustre la volonté du Maroc de maîtriser ses capacités de stockage et de traitement des données, considérées comme un levier stratégique de compétitivité.
Par ailleurs, les interventions ont insisté sur la nécessité de développer des infrastructures numériques robustes, incluant le cloud souverain, les réseaux à haut débit et les capacités de calcul, afin de réduire les dépendances technologiques et d’assurer la sécurité des données.
Le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc, Chakib Alj, a pour sa part mis en avant les atouts structurels du Maroc pour accompagner l’essor technologique africain. Il a souligné que le Royaume bénéficie d’un mix énergétique durable, avec près de 45% de la capacité installée issue des énergies renouvelables, ainsi que d’une connectivité internationale renforcée et d’une position géographique stratégique.
Selon lui, l’Afrique est engagée dans une transition profonde, passant progressivement du statut de consommatrice de technologies à celui d’actrice de leur développement. Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives dans des secteurs clés tels que l’industrie, la finance et l’agriculture.
Toutefois, Chakib Alj a également mis en garde contre les défis liés à la cybersécurité, à l’éthique et à la formation des compétences, appelant à renforcer les investissements dans le capital humain et à intensifier la coopération à l’échelle continentale.
Dans cette dynamique, il a salué les initiatives portées par des acteurs nationaux, à l’image de la plateforme d’intelligence artificielle développée par ABA Technology, qui témoigne du potentiel d’innovation local.
Le directeur général de l’Agence de Développement du Digital, Amine El Mezouaghi, a souligné que le succès croissant de GITEX Africa reflète le positionnement du Maroc en tant que hub régional de l’innovation et plateforme de connexion entre l’Afrique et le reste du monde.
Il a indiqué que l’événement a enregistré, en l’espace de trois éditions, une croissance significative, avec une hausse de plus de 60% du nombre de visiteurs et d’exposants, un quasi-doublement du nombre de startups et une progression notable des investisseurs et intervenants.
Selon lui, cette dynamique s’inscrit dans une trajectoire de transformation numérique amorcée depuis la fin des années 1990, à travers des stratégies successives visant à intégrer le digital au cœur des mutations économiques et sociales.
Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, l’ambition du Royaume dépasse la simple adoption des technologies pour s’orienter vers une logique de production et de création de valeur, nécessitant un renforcement des investissements, des partenariats et de la coopération Sud-Sud.
Les travaux de cette édition ont également donné lieu à des échanges sur les modalités de coopération internationale en matière de technologie. Lors d’un panel ministériel consacré à la souveraineté numérique, plusieurs responsables africains et européens ont plaidé pour un partenariat fondé sur l’éthique, le partage d’expertise et une approche centrée sur l’humain.
La ministre française chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, a ainsi défendu une vision européenne visant à réduire les dépendances dans des secteurs stratégiques tels que le cloud, la cybersécurité et l’intelligence artificielle, tout en exprimant la volonté de renforcer la coopération avec les pays africains.
De son côté, le ministre gabonais de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, a insisté sur l’importance de l’accès à une énergie compétitive pour le développement de l’économie de l’IA, soulignant que certains pays africains disposent d’avantages comparatifs en la matière, notamment grâce à l’hydroélectricité.
L’intervention de Latifa Guerrouj, responsable au ministère de la Transition numérique, a permis d’élargir la réflexion à l’échelle continentale, en mettant en avant les conditions nécessaires à la construction d’une souveraineté technologique africaine.
Elle a identifié quatre leviers fondamentaux : le capital humain, les infrastructures numériques, les écosystèmes d’innovation et la gouvernance réglementaire. Selon elle, ces piliers constituent les fondements d’une transformation durable et inclusive, permettant à l’Afrique de définir ses propres trajectoires de développement.
Elle a notamment insisté sur l’importance de la formation des talents, considérée comme « l’investissement à plus fort rendement » dans l’économie numérique, ainsi que sur la nécessité de développer des infrastructures souveraines garantissant l’autonomie stratégique des États.
Au-delà des enjeux technologiques, les différentes interventions ont convergé vers une vision du numérique comme levier de transformation économique et sociale. La stratégie « Maroc Digital 2030 » illustre cette ambition, avec des objectifs chiffrés en matière de création d’emplois, de contribution au PIB et de développement de l’écosystème startup.
Dans ce cadre, le Maroc vise notamment la création de 240.000 emplois directs dans le secteur numérique, la formation annuelle de 100.000 talents et le développement d’un tissu entrepreneurial capable de produire des solutions technologiques exportables.
Cette approche s’inscrit dans une logique de coopération continentale, à travers des initiatives visant à partager l’expertise marocaine avec d’autres pays africains, notamment dans des domaines tels que l’agriculture, l’éducation ou les modèles de langage locaux.
SB
