Politique

Genève-Sahara-ONU : chronique d’un échec annoncé

le 28 novembre 2018


A l’approche de la réunion quadripartite de Genève, (Maroc, Algérie, Mauritanie et séparatistes du polisario), prévue pour la première semaine de décembre, et convoquée par l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, M. Horst Köhler, on perçoit aisément que cette « table ronde consultative » va droit au mur, tant les positions de certains des protagonistes sont figées et rigides, exprimant clairement leur refus obstiné d’une solution politique et négociée de la question du Sahara occidental marocain.

L’Algérie dans le déni

En effet, parce que la dernière résolution du Conseil de Sécurité fait obligation à l’Algérie (et à la Mauritanie) de participer à ces consultations exploratoires, les dirigeants algériens ne peuvent cacher leur gêne d’être ainsi directement désignés comme partie prenante au règlement de ce conflit.

Cela est tellement vrai que la presse algérienne, aboyeuse en diable, n’a de cesse d’écrire que l’Algérie se rendra à la réunion sur les bords du lac Léman en tant qu’« observateur » alors que la résolution onusienne d’avril 2018, puis celle d’octobre de la même année, exigent explicitement l’implication de l’Algérie (et de la Mauritanie) dans la recherche d’une solution acceptable par toutes les parties !

Et c’est à travers le prisme de cette position bornée, qui veut cacher l’ingérence directe du pouvoir algérien depuis plus de quarante-trois ans pour empêcher l’accomplissement définitif du processus de recouvrement de l’intégrité territoriale du Royaume, qu’il faut apprécier l’attitude d’Alger envers l’offre généreuse et ouverte d’un dialogue bilatéral, présentée par le Roi Mohammed VI lors du discours du 6 novembre 2018.

Cette « main tendue », proposée ouvertement devant le peuple marocain et l’opinion internationale, n’a, à ce jour, reçu aucune réponse officielle de l’Algérie.

Motus et bouche cousue

Bien au contraire, elle a été qualifiée de « non-événement » par une source diplomatique anonyme d’Alger, position complaisamment étalée dans tous les titres de presse de ce pays et dont les commentaires anti-marocains furent particulièrement virulents en cette occasion.

Et, pour montrer que « la bergère méritait quand même une réponse du berger », le régime du Président Bouteflika proposa une réunion des ministres des AE des cinq États composant l’Union du Maghreb Arabe.

Une façon évidente de « botter en touche », sachant que l’UMA est en situation de coma avéré depuis des lustres et que trente-trois précédentes sessions ministérielles n’ont point permis aux États membres d’avancer d’un centimètre dans la concrétisation de l’idéal maghrébin commun.

Car, au demeurant, comment songer à relancer l’UMA alors que ses deux principaux membres vivent une période de glaciation bilatérale depuis plusieurs années ?

Nonobstant cette triste évidence, le Royaume du Maroc a néanmoins marqué son accord de principe d’une telle réunion…

À l’opposé, l’offre du Maroc d’instaurer un dialogue ouvert et franc entre Alger et Rabat se voulait et se veut toujours comme un moyen concret d’aborder les divergences, de discuter des problèmes de fond, sans tabou, sans restriction, sans impasse, sur tous les dossiers en suspens.

Belote et rebelote

Et c’est justement pour marquer cette volonté de dialogue que le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Nacer Bourita a convoqué tout récemment l’ambassadeur d’Algérie à Rabat pour lui réitérer l’offre royale.

Mais, n’allons pas croire pour autant que le Royaume, qui sait parfaitement à quoi s’en tenir sur l’entêtement buté de l’Algérie dans son appréhension de nos relations bilatérales, s’attend encore à une réponse positive de son voisin de l’Est !

La diplomatie marocaine, comme notre opinion publique et tous les observateurs pertinents n ‘ignorent pas qu’en l’absence d’évolution ou de changement au sein même des cercles dirigeants algériens, rien de nouveau ou de positif ne viendra annoncer une avancée ou une amélioration entre les deux pays.

Ces constats, regrettables au demeurant parce qu’affectant deux peuples voisins et frères, donnent donc pour conséquences une prévision et une certitude.

La prévision énonce que la rencontre de Genève des 5 et 6 décembre prochains risque fort d’être purement formelle et protocolaire, et ce quel que sera le niveau de la représentation marocaine.

La certitude, malheureusement, veut qu’il n’y ait pas de progrès sur cette question pendante à l’ONU depuis 1975 (et même avant !), tant que l’Algérie campera sur sa position d’obstruction systématique.

Alors, sommes-nous partis pour une « guerre de Cent ans » ?

Fahd YATA

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