Le maire de Londres, Boris Johnson, dans sa ville le 21 février 2016 © AFP NIKLAS HALLE'N

International

GB-Brexit : Cameron lâché par Boris Johnson

le 22 février 2016


Le Premier ministre britannique David Cameron présente lundi au parlement l’accord obtenu vendredi à l’arraché avec ses partenaires européens à quatre mois d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE au résultat indécis.

M. Cameron espère convaincre une majorité de Britanniques de voter « oui » au référendum du 23 juin sur le maintien de la Grande-Bretagne, mais a déjà échoué à rallier le charismatique maire de Londres Boris Johnson, qui a rejoint dimanche le camp des pro-Brexit.

« Je ferai campagne pour partir » de l’Union européenne, a annoncé Boris Johnson dans une allocution devant son domicile à Londres. « Il ne faut pas confondre les merveilles de l’Europe, les vacances en Europe, la nourriture fantastique et les amitiés etc. avec un projet politique qui est en marche depuis des décennies et menace maintenant d’échapper au contrôle démocratique », a-t-il justifié.

Le Premier ministre avait jusqu’ici réussi à éviter la défection des principales personnalités du parti conservateur, comme Theresa May. Il avait tenté de rallier M. Johnson plus tôt dans la journée en lançant sur la BBC: « Je voudrais dire à Boris ce que je dis à tout le monde, à savoir que nous serons plus en sécurité, plus forts et plus prospères dans l’Union européenne ». Son entrée en campagne dans le camp pro-Brexit constitue un revers pour M. Cameron, qui joue sa place dans l’Histoire, et celle de son pays dans le monde et plaide pour le maintien de son pays dans l’UE.

« La perspective de collaborer avec (le chef du parti europhobe Ukip) Nigel Farage et (l’ex-député) George Galloway et de faire un saut dans l’inconnu n’est pas la bonne voie pour notre pays », avait-il ajouté, en référence à ces figures de proue de la campagne pro-Brexit.

Mais Boris Johnson a annoncé qu’il se tiendrait éloigné de ces personnalités et qu’il ne participerait pas à des débats télévisés contre son parti d’ici au référendum prévu le 23 juin.

– ‘Coup de grâce’ –

« Boris veut donner le coup de grâce », écrit le Daily Mail en pleine page lundi, en évoquant « une guerre peu civique » au sein du Tory. Dans le camp des conservateurs pro-Brexit, le maire de Londres rejoint cinq ministres –dont le titulaire du portefeuille de la Justice, Michael Gove, ami personnel de Cameron–, une secrétaire d’Etat et le candidat conservateur à la mairie, Zac Goldsmith.

David Cameron a maintenant quatre mois pour convaincre ses compatriotes du bien-fondé de l’accord qu’il vient de négocier à Bruxelles pour renforcer le « statut spécial » du Royaume-Uni dans l’UE.

Selon le premier sondage réalisé depuis l’accord pour le Mail on Sunday, 48% des Britanniques interrogés ne veulent pas quitter l’UE, 33% sont pro-Brexit et 19% sont encore indécis.

Un Brexit provoquerait également l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse, comme l’a rappelé dimanche la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon.

« Si nous sortons de l’Union européenne, cela déclencherait une demande pour un second référendum sur l’indépendance », a-t-elle indiqué sur la BBC. Lors du premier référendum organisé en septembre 2014, le Non à l’indépendance l’avait emporté à 55 % des voix.

– ‘Illusion de souveraineté’ –

Conscient des enjeux, David Cameron a lancé toutes ses forces dans la bataille dimanche, profitant de cette émission de la BBC, très regardée, pour attaquer frontalement les pro-Brexit, qui arguent que le Royaume-Uni serait plus souverain en dehors du bloc des 28.

En quittant l’UE, le Royaume-Uni n’aura qu’une « illusion de souveraineté », a martelé le dirigeant, annonçant le dépôt prochain d’un projet de loi visant à protéger la souveraineté du Parlement britannique.

David Cameron a mis en garde contre les « années d’incertitude » qui suivraient un Brexit, avec « à la fin de ce processus, aucune garantie que nos entreprises auront un accès complet au marché » européen.

De plus, si le Royaume-Uni parvient à conserver l’accès au marché unique, il devra non seulement accepter les règles de ce marché sans avoir un droit de regard sur elles, mais il devra aussi accepter la libre circulation des personnes et contribuer au budget européen, a-t-il rappelé, comme c’est le cas pour la Norvège.

En effet, cauchemar pour les europhiles, libération pour les europhobes, le Brexit, ou sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, représenterait un saut dans l’inconnu, aucun pays n’ayant jusqu’ici fait sécession du club.

L’UE, par la voix du président de la Commission Jean-Claude Juncker a affirmé qu’il n’y avait pas de plan B, et Downing Street n’a rien dans ses cartons : l’heure est donc à l’improvisation.

Certains en ont même fait le thème d’un War Game (jeu de simulation), organisé fin janvier à Londres en présence d’anciens responsables européens. Et avec le scénario du Brexit, la discussion tournait rapidement au vinaigre.

Première étape obligée cependant: les deux parties négocient cette sortie, comme le prévoit l’article 50 du Traité de Lisbonne. Les discussions doivent aboutir dans les deux ans, sauf prolongation d’un commun accord.

 – Pas de « pays de Cocagne » –

De ces discussions dépend largement la suite : la Grande-Bretagne resterait-elle dans l’Espace économique européen (EEA) à l’instar de la Norvège ou l’Islande, et donc partie du marché unique, ou en sortirait-elle?

Dans la City, plus importante place financière d’Europe, hostile à un Brexit, les scénarios sont déjà étudiés. Le président du géant bancaire européen HSBC, Douglas Flint, qui vient de choisir de rester à Londres, a souligné qu’il pourrait facilement délocaliser 1.000 emplois vers Paris.

« Méfions-nous de ceux qui prétendent que quitter l’Europe conduit automatiquement au pays de Cocagne », a plusieurs fois averti le Premier ministre David Cameron.

Selon une étude du think tank Open Europe, un Brexit coûterait environ un point en moins du produit national brut en 2030. « Quitter le marché unique et l’Union douanière ne serait pas compensé par la conclusion d’un nouvel accord commercial avec l’UE », estime l’étude, selon laquelle le pays « ne prospérera hors de l’UE qu’à travers une libéralisation commerciale et une dérégulation ».

Mais ouvrir ses frontières à la concurrence de pays à bas coût de main d’œuvre vient contredire la volonté affichée de limiter drastiquement l’immigration, point névralgique du Brexit.

Une certitude dans les différents scénarios: le Royaume-Uni reprendrait le contrôle de ses frontières et limiterait l’immigration de tous les pays, y compris d’Europe de l’Est, privant leurs ressortissants de prestations sociales.

Car le Parlement pourrait à sa guise abolir les règles de l’UE incorporées dans la loi britannique.

Question subsidiaire: la police des frontières britannique resterait-elle stationnée en France, ou la France déciderait-elle d’arrêter les contrôles de son côté, laissant partir vers le Kent, via l’eurotunnel, les milliers de migrants bloqués dans l’insoutenable « Jungle » de Calais?

Quant aux conséquences dans la vie quotidienne des citoyens de l’UE résidant au Royaume-Uni, traités comme tous les autres étrangers, ils auraient besoin d’un permis de séjour et d’un permis de travail. Et les pays de l’UE pourraient répliquer en appliquant les mêmes règles aux citoyens du Royaume-Uni.

En matière de sécurité et de défense, on peut raisonnablement parier que tout le monde aurait intérêt à continuer la coopération et l’échange d’informations dans les domaines militaire et de la lutte anti-terroriste.

 – Retour aux « mesures impériales » –

Mais le rôle du Royaume-Uni sur la scène mondiale ne pourrait qu’en être affaibli: il est de fait un point d’entrée en Europe pour les grandes puissances, États-Unis et Chine. Les présidents américain Barack Obama et chinois Xi Jinping ont ainsi publiquement appelé Londres à rester dans l’UE.

Autre conséquence annoncée: l’Écosse organise un nouveau référendum sur son indépendance, furieuse d’être divorcée de force d’une UE dont elle veut rester membre. Et cette fois, contrairement à 2014, la sécession passe.

Quant à David Cameron, il entre dans l’histoire comme le Premier ministre qui a si mal manœuvré l’euroscepticisme consubstantiel à son pays qu’il l’a sorti de l’UE — et en politique fiction, il est lui-même sorti du pouvoir pour être remplacé par l’eurosceptique Boris Johnson, maire de Londres et candidat à sa succession.

Sans compter de possibles conséquences plus inattendues : rien n’empêcherait l’abandon du système métrique imposé par une régulation européenne en 2009 et le retour aux « mesures impériales », rendant enfin justice au groupe de pression des « Martyrs métriques ».

LNT avec Synthèse dépêches Afp