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Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Gaspillage alimentaire : le CESE plaide pour un plan d’action national structuré

Gaspillage alimentaire : le CESE plaide pour un plan d’action national structuré

Par LNT
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Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara, a appelé à l’adoption d’un plan d’action ciblé visant à réduire les pertes et le gaspillage alimentaires (PGA) au Maroc. Cette recommandation a été formulée à Rabat lors d’une rencontre consacrée à la présentation des conclusions de l’avis du Conseil intitulé « Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace ».

À l’ouverture de cette rencontre, M. Amara a souligné que le choix du CESE de se pencher sur cette problématique s’explique par l’importance croissante des pertes et du gaspillage alimentaires, tant sur le plan économique que social et environnemental. Il a indiqué que ces phénomènes posent des défis majeurs en matière de production, de distribution et de consommation alimentaires, et qu’ils nécessitent des réponses structurées afin de garantir une utilisation optimale des ressources et renforcer leur durabilité.

Des pertes importantes le long de la chaîne alimentaire

Selon le président du CESE, les pertes alimentaires se manifestent à différents niveaux de la chaîne de valeur, notamment dans certaines filières agricoles telles que les fruits, les légumes et les céréales. Dans ces secteurs, les pertes peuvent atteindre entre 20 % et 40 % lors des phases de production, de récolte, de stockage et de transport.

Face à cette situation, Abdelkader Amara a plaidé pour l’intégration de la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires au cœur d’une future stratégie nationale d’alimentation durable. Une telle approche permettrait, selon lui, de renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, de préserver les ressources naturelles et d’optimiser les importations alimentaires, tout en favorisant l’émergence d’un modèle alimentaire plus durable et plus résilient face aux crises.

Vers un cadre juridique et institutionnel

Parmi les principales recommandations formulées par le CESE figure l’élaboration d’une loi dédiée à la lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires. Le Conseil propose également de clarifier et d’harmoniser les dates de péremption des produits alimentaires, en distinguant clairement la mention « à consommer jusqu’au », liée à la sécurité sanitaire, de la mention « à consommer de préférence avant », qui renvoie à la qualité du produit.

Le CESE suggère par ailleurs la mise en place d’un mécanisme de gouvernance réunissant les ministères concernés, le secteur privé et la société civile afin d’assurer la coordination des actions de lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires.

Dans cette perspective, l’institution recommande la création d’un observatoire national chargé de centraliser les données, de produire des indicateurs et analyses stratégiques et de proposer des mesures adaptées aux réalités locales.

Améliorer les infrastructures et les circuits de distribution

Le Conseil met également l’accent sur la nécessité de renforcer les infrastructures de stockage et de transport dans les zones à fort potentiel agricole. Il préconise notamment le développement de silos hermétiques et de chambres froides alimentées par l’énergie solaire afin de prolonger la durée de conservation des produits périssables.

Au niveau local, le CESE recommande l’installation d’unités de transformation de proximité, y compris des mini-unités mobiles permettant de traiter rapidement les récoltes et de valoriser localement les produits agricoles.

Le Conseil souligne également l’importance de favoriser les circuits courts et de renforcer la régulation des marchés afin de réduire le nombre d’intermédiaires, de limiter les pertes liées au transport et à la logistique et d’améliorer la rémunération des producteurs.

Encourager l’innovation et les initiatives citoyennes

Le CESE appelle par ailleurs les entreprises opérant dans la chaîne alimentaire à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution. Il encourage également les dons en nature portant sur les surplus alimentaires ou sur les produits susceptibles d’être perdus, dans le cadre des incitations fiscales existantes.

L’institution recommande également le développement d’applications numériques dédiées à la gestion des stocks, à la traçabilité des produits et à la redistribution rapide des invendus, notamment au profit des réseaux de solidarité et des associations caritatives.

Elle souligne aussi l’intérêt de soutenir les initiatives citoyennes de lutte contre le gaspillage, telles que les frigos solidaires ou les applications de dons alimentaires, afin de renforcer les actions locales à fort impact social.

Un phénomène aux impacts multiples

Présentant les principales conclusions de l’avis, la membre du CESE et rapporteure du document, Mina Rouchati, a rappelé que les pertes et le gaspillage alimentaires constituent un défi multidimensionnel en raison de leurs conséquences économiques, sociales et environnementales.

Elle a indiqué que les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit l’équivalent de 113 kilogrammes par habitant et par an.

Au-delà du coût économique, ce phénomène exerce également une pression importante sur les ressources naturelles. Selon les estimations présentées, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées alimentaires qui ne sont finalement pas consommées.

Mme Rouchati a précisé que les pertes alimentaires se concentrent principalement dans les zones rurales et agricoles lors des phases de production, de récolte, de stockage et de transport. Dans les zones urbaines, le gaspillage se manifeste davantage au niveau des ménages, de la restauration et de la grande distribution.

L’avis du CESE s’est appuyé notamment sur des auditions d’acteurs publics et privés ainsi que sur des consultations menées via la plateforme numérique de participation citoyenne « ouchariko.ma ».

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