Économie et Finance

La FNACAM organise sa 4è rencontre pour promouvoir un dialogue impératif avec ses partenaires

le 9 septembre 2019


La FNACAM, Fédération nationale des courtiers et agents d’assurance, organise une journée, mercredi 11 septembre, pour réunir la profession et ses interlocuteurs, ACAPS, DGI, FMSAR et autres, autour des problématiques de leur activité commune.

En cette occasion son Président, M. Farid Bensaid, a bien voulu répondre à nos questions dans l’entretien qui suit. 

La Nouvelle Tribune : Vous présidez la FNACAM depuis un an, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs, la portée que vous voulez donner à l’événement que vous organisez cette semaine. Est-ce la suite normale des trois précédents, où avez vous des messages précis à faire passer ? Si oui, lesquels ? 

Farid Bensaid :

Je vous remercie de votre question parce que justement, pour moi la journée de mercredi n’est pas qu’un simple événement , mais une occasion de donner une nouvelle impulsion aux actions de la FNACAM!

Je considère que nous avons perdu beaucoup de temps en cette première année de mon mandat et qu’il nous faut nous atteler aux différentes  problématiques de la profession des courtiers et agents d’assurance.

Cet événement est l’occasion de partager avec nos principaux interlocuteurs sur les différents points qui handicapent l’avancement et la modernisation de nos métiers.

Avant de parler des thèmes et du programme de la journée dédiée à cette Rencontre des agents et courtiers d’assurance, pouvez-vous nous expliquer pourquoi avez-vous perdu toute une année, soit le tiers de votre mandat ?

Le premier objectif de mon mandat, sur lequel même j’ai été élu, portait sur l’union de l’ensemble de la profession et aurait consisté à intégrer l’UMAC et la FNACAM  dans une confédération afin de constituer une véritable force au service de l’intermédiaire d’assurance !

Nous, à la FNACAM, y avons travaillé intensément cette année au point que les nouveaux statuts étaient prêts à être signés.

Comme vous le savez, nous n’avons pas une fédération pour les courtiers et une pour les agents ! La FNACAM a 25 ans d’âge et réunit autant les courtiers que les agents qui sont tous les deux des intermédiaires en assurance.

La fédération que je préside nourrissait le projet de créer une confédération qui aurait réuni deux fédérations ou associations, la FNACAM pour les courtiers et l’UMAG (ex UMAC) pour les agents, avec dans un premier temps la simple intégration des 2 associations actuelles

Ce sujet est d’une grande importance pour notre secteur d’activité, Le comité directeur de la FNACAM s’y est  attelé depuis que j’ai pris la présidence de la FNACAM.

Et surtout, je n’ai  accepté la présidence de la fédération qu’après avoir eu l’accord de l’UMAC pour créer  une association distincte par catégories d’intermédiaires en assurance et fédérer les deux dans une Confédération. Cette distinction en deux associations, s’appuie sur les spécificités propres à ces 2 professions alors même qu’elles partagent également des problématiques communes.

Ce point était donc en tête de ma feuille de route.

D’ailleurs, des engagements ont été pris de part et d’autre, devant le régulateur du secteur, l’ACAPS et son Président M. Boubrik en personne.

La confédération en question prévoyait une présidente tournante entre les agents et les courtiers tous les 3 ans.

Au final l’UMAC n’a pas respecté ses engagements, en rajoutant juste avant la création de la Confédération sur laquelle nous étions d’accord sur tous le points, des exigences non convenues devant le régulateur, et mis donc le projet en échec.

Personnellement, je regrette un tel échec parce que l’on y aurait tous beaucoup gagné.

Quoi au juste ?

Le secteur des intermédiaires, fort de ses 2300 membres, se serait unifié, et donc devenu plus représentatif et plus puissant face à ses interlocuteurs ! C’est important pour obtenir satisfaction dans nos discussions  avec l’autorité de marché et la fédération des assurances.

Par ailleurs, une confédération des intermédiaires aurait pu imposer l’adhésion de tous les acteurs du métier et mis en place un vrai code de déontologie permettant de régler  de nombreux problèmes communs, de manière plus rapide et plus efficace.

A titre d’exemple, la Fédération des assurances et l’Autorité du marché des assurances s’étaient engagées à ouvrir certains dossiers d’importance à la condition d’avoir une confédération des intermédiaires en face. 

Comment compter vous redéployer vos actions ?

La FNACAM se doit d’assumer cet échec dans les négociations, même s’il n’est pas de son ressort, et de continuer son engagement différemment.

Tout particulièrement en s’efforçant de s’élargir à un maximum d’agents et de courtiers pour se consolider  et devenir une force encore plus influente pour régler les questions importantes de son activité. Les intermédiaires agents d’assurance sont beaucoup plus nombreux que les courtiers, soit respectivement plus de 1600 environ contre 500, même s’ils   ont moins de part de marché.

Mon objectif est clairement de donner une nouvelle impulsion à la FNACAM en centrant nos actions sur l’avancement et la réalisation de nos autres objectifs, dans l’intérêt des intermédiaires, tous statuts et toutes tailles confondus.

Quels sont-ils ?

Nous avons des problématiques précises sur lesquelles nous voudrions communiquer. Dont celui très important de négocier avec les compagnies d’assurances la rémunération des intermédiaires, que nous considérons être faible, d’autant que le taux de commissionnement n’a pas bougé depuis des années.

Ce sujet est très sensible parce qu’aujourd’hui il y a des intermédiaires qui souffrent, n’arrivent pas à tenir leurs engagements financiers parce qu’ils ont investi dans leur installation, mais « le gâteau n’a pas autant grossi que le nombre d’intermédiaires qui doivent le partager ».

Cette concurrence de marché s’est aggravée par le fait que l’autorité de marché a continué à organiser des sessions d’examens pour intégrer de nouveaux courtiers et agents en assurances.

Ce marché est déjà en sureffectif avec environ 1300 agents installés pour moins de 10 compagnies d’assurances.

Comment expliquez vous cette situation, comment en est-on arrivé à cet excès ?

Certes, à un certain moment, les compagnies d’assurance ont eu besoin d’une capillarité d’agences pour la distribution surtout de l’assurance automobile. Et la concurrence sur le marché de ce produit, s’est faite à travers le nouveau nombre  d’intermédiaires qui s’est démultiplié.

En conséquence, de nombreux  intermédiaires en assurance, ont du mal à boucler leurs fins de mois Certains louent leur agrément, d’autres ferment boutique.

Le revenu de l’intermédiaire pose donc aujourd’hui problème.

D’où la nécessité de trouver une solution sur ce sujet, en bonne intelligence entre les parties concernées.

Que faire selon vous pour remédier à cette situation ?

Pour remédier à ce problème, plusieurs solutions se présentent. La plus simple consiste à augmenter le taux la commission due aux intermédiaires. Ce que les compagnies refusent dans l’état, au motif que leurs profits sont en baisse.

On pourrait également rémunérer en plus certains services rendus par les intermédiaires, sachant qu’il est très difficile aujourd’hui d’augmenter la prime d’assurances automobiles

Les intermédiaires pourraient également être intéressés, en plus, à la rentabilité des contrats qu’ils gèrent.

Outre cette problématique de la commission d’intermédiation, quels sont les autres points du combat de la FNACAM ?

Tout d’abord, nous tenons à rétablir l’image de marque de la FNACAM qui a souffert du préjugé que notre fédération ne représentait que les grands intermédiaires du secteur ou qu’elle manquait d’efficacité dans la défense des intérêt du secteur.

Nous voulons détruire cette idée préconçue et prouver, au contraire, que grands et petits, agents et courtiers, tous ont des intérêts communs, des problématiques identiques, des revendications partagées, même s’il y a des spécificités au métier d’agent ou de courtier.A ce titre, nous devons nous montrer unis et solidaires pour faire avancer nos revendications qui, au delà de la question du revenu de l’intermédiaire, concerne également des sujets majeurs comme le problème très important de la TVA imposée sur nos commissions.

Un benchmark montre que la TVA sur les commissions d’assurance n’existe dans aucun pays africain ou du bassin méditerranéen.. Le Maroc est une exception en soit.

En effet, le chiffre d’affaires de l’intermédiaire est inclus dans la prime d’assurance émise par une compagnie, qui est déjà soumise à taxe.

Le fait de lui appliquer dune TVA consiste à appliquer « une taxe dans la taxe ».

Les compagnies prélèvent aussi directement la TVA sur les commissions d’intermédiaires pour la reverser au Fisc.

De plus, l’intermédiaire en assurance ne peut déduire la TVA de ses charges. Donc, nous sommes victime d’une double taxation et d’une double peine !

La solution que nous souhaitons, c’est que la commission qui est actuellement TTC, se transforme en commission hors taxe.

Cela permettrait aux intermédiaires de bénéficier d’une augmentation de 14 % de leurs chiffres d’affaires, ce qui règle une partie du sujet de son manque de revenus !

Comment la journée des intermédiaires en assurance va-t-elle couvrir l’intégralité de ces thèmes ? 

La FNACAM doit gagner en importance en attirant plus d’adhérents et en devenant plus dynamique.

Nous espérons y arriver en communiquant sur cet objectif à travers notre évènement !

D’ailleurs, nos différents panels traduisent nos problématiques prioritaires.

Ainsi, le premier panel, dédié aux questions sectorielles, se fera avec la participation de la Direction générale des Impôts, pour aborder le sujet de la TVA.

Le second panel traitera de la digitalisation, un sujet très important parce qu’il y a un fort engouement pour tout ce qui est digital aujourd’hui, avec un risque pour les intermédiaires qui n’y s’y préparent pas

Les gens considèrent qu’il s’agit d’une simple vague, alors qu’il s’agit d’un véritable danger. Sur les 2300 intermédiaires du secteur, certains risquent de souffrir, surtout ceux qui ne se rendent pas compte qu’il faut impérativement anticiper, parce que la dématérialisation est inéluctable et programmée à brève échéance.

La transition a commencé. Bientôt un contrat d’assurance pourra se conclure en ligne, « on line », sans forcément l’intervention d’un courtier ou d’un agent. Que deviendront donc tous ceux qui n’auront pas anticipé ce phénomène ?

Enfin, le dernier panel programmé est organisé pour un dialogue entre les représentants des compagnies et ceux des intermédiaires, c’est-à-dire la FMSAR et la FNACAM, sachant qu’il y a déjà eu dans la dernière période un dialogue bipartite constructif sur les problématiques et questions qui sont pendantes entre ces partenaires.

Et si aujourd’hui le dialogue est important, c’est parce qu’il est impératif d’aborder sérieusement ces attentes et ces mutations qui caractérisent notre secteur.

Votre événement donnera-t-il lieu à des recommandations, un livre blanc peut-être ?

 Nous allons établir une feuille de route officielle et publique, devant le régulateur (l’ACAPS).

Mais la trame de notre démarche repose sur dix points essentiels que la FNACAM espère bien concrétiser dans les meilleurs délais.

Il s’agit de :

  • L’unification des intermédiaires avec le sujet de la Confédération
  • Le Commissionnement, qui concerne notamment l’automobile ;
  • La déontologie ;
  • Le Livre IV du Code des Assurances qui est aujourd’hui dans le cursus législatif ;
  • Le traité de nomination que les agents reçoivent de leurs compagnies ;
  • La TVA, un sujet prioritaire aujourd’hui ;
  • La défense solidaire de tous les membres de la FNACAM ;
  • La question de la circulaire du 16 juillet 2015 sur les encaissements ;
  • La question des nouveaux agréments dont l’attribution devrait être faite de façon claire ;
  • La diversification des sources de revenus de l’intermédiaire en assurances en promouvant des métiers annexes, comme cela se pratique dans de nombreux pays.

 

Entretien réalisé par Afifa Dassouli