Économie et Finance

La feuille de route de la Bourse est prête, mais…

par Afifa Dassouli | le 15 mai 2017


Du marché des capitaux, l’on n’entend plus beaucoup parler ! Pourtant, la reconduction de M. Boussaid au ministère des Finances était attendue et souhaitée par les acteurs de la Place Financière de Casablanca, tout particulièrement pour la continuation des réformes prévues pour ce secteur d’une importance capitale pour le financement de l’économie marocaine. D’ailleurs, l’on se souvient que M. Boussaid avait affirmé tenir personnellement à ce projet lors de la cérémonie de la démutualisation de la Bourse des Valeurs, en décembre 2015. Une démutualisation qui, au demeurant, s’est avérée être plutôt un renouvellement de concession en faveur des principaux acteurs du marché financier et donc de l’ouverture du capital de la bourse en leur faveur en substituant notamment les banques à leurs sociétés de bourse filiales.

A tort ou à raison, les attentes se focalisent sur les réformes de la bourse. Et pour cause !

Son nouveau Conseil d’Administration, présidé par Hamid Taoufiki, de CDG Capital, et doté d’administrateurs représentant au plus niveau les banques de la place, en les personnes de MM. Brahim Benjelloun, (BMCE Bank) Ismail Douiri, (AWB), Mohamed Karim Mounir, (BCP), Jawad Hamri, (BMCI), qui ne sont plus à présenter et auxquels il convient d’ajouter, M. Mohamed Bensalah en personne pour le secteur des assurances, a créé une certaine confiance qui se matérialise par une attente !

En off et en secret…

Celle-ci a été partiellement satisfaite en marge de la manifestation organisée à la City Londres, à la fin du mois d’avril dernier, « The Capital Moroccan Market Days », par l’annonce en « off » que la feuille portant sur les réformes de la bourse serait prête et que le Conseil d’Administration de la société gestionnaire attendrait pour l’annoncer au grand public, de la soumettre dans un premier temps à l’Autorité Marocaine des Marchés de Capitaux qui suit ce projet pour le compte du Trésor. Cela devrait être fait dès cette semaine qui commence, avant sa présentation au ministre des Finances lui-même.

En attendant ces échéances, ce que l’on sait, c’est que pas moins de 9 groupes de travail se sont penchés sur l’élaboration de cette feuille de route, qui répond en tous points aux exigences du cahier des charges de la concession et qu’elle serait porteuse de deux gros chantiers.

Le premier porte sur la construction d’une nouvelle organisation qui se traduirait par une holding de participation majoritaire de la Bourse, de la Chambre de Compensation et de la société qui portera le projet du marché à terme.

Le second porte sur les différentes réformes et notamment le nouveau règlement de la Bourse, l’introduction de nouveaux compartiments au marché, tels celui de la PME et celui en devises. Ces points de la réforme, tels que précisés par des informations qui ont fuité du travail du nouveau Conseil de la Bourse, (malgré un « black out » qui ne craint pas l’effet de la montagne accouchant d’une souris), sont certes nécessaires. Mais ils porteront uniquement encore une fois sur l’architecture du marché financier lui-même, que ne constitue que l’un des compartiments du marché des capitaux.

Pourtant, le marché obligataire, qu’il s’agisse de celui de la dette publique ou privée, a également besoin de réformes !

En effet, pour ce qui est des bons du Trésor, le problème de la cotation des lignes n’est pas réglé et se fait anormalement essentiellement sur la plateforme du Trésor.

Quant à la dette privée, elle a sérieusement besoin d’être assortie de garanties, ce qui devient déjà une exigence des souscripteurs. Et ce, sans vouloir aller dans le détail de tout ce qui devrait être fait pour faciliter la négociation de ces valeurs portant sur la dette sur un marché secondaire liquide.

Les leçons du passé

Ce que l’on peut regretter, c’est qu’avec toutes ces réformes, nous continuons encore à parfaire la construction organisationnelle et réglementaire des marchés alors que le fonctionnement de tout marché est basé sur l’offre et la demande.

Que fait-on pour améliorer l’offre des différents compartiments du marché des capitaux ?

Pour ce qui concerne la bourse, on table encore et encore sur le sauvetage du marché par l’introduction à la cote des entreprises publiques, mais après ?

Quelles leçons avons nous tiré de ces introductions ? Et notamment de la Samir pour ne prendre que cet exemple !

Que faire pour que les entreprises privées voient en la bourse un outil de financement gratuit sachant que sous d’autres cieux, les sociétés s’introduisent en bourse pour se désendetter et diminuer le coût de leur financement en général et celui de leurs investissements en particulier.

Du côté de la demande, jusqu’à quand va-t-on attendre pour comprendre que la seule solution pour l’attirer sur le marché financier consiste en une défiscalisation efficace, sachant que ce qui fait l’illiquidité de notre marché, c’est principalement l’encouragement, (un abattement de 50% de l’IS), des introductions boursières par cession de capital, lesquelles se sont traduites par un simple enrichissement des actionnaires cédants ?

Pourtant, l’on a bien défiscalisé plus intelligemment les revenus et les bénéfices des statuts CFC comme en témoigne le nombre de sociétés de services divers qui sont aujourd’hui installées au Maroc et leur participation à plus de 40% aux investissements étrangers au Maroc.

Enfin, le retard des réformes ne porte pas seulement sur celui de leur élaboration, mais aussi et beaucoup sur le processus d’adoption des textes de lois, des décrets et autres circulaires d’application.

Quand on sait par exemple que le texte portant loi sur l’AMMC n’est pas encore passé ou encore que nombre d’autres textes de grande importance attendent dans les tiroirs du Secrétariat général du gouvernement ou sur les bureaux des deux chambres parlementaires, sans compter l’attente de leurs décrets et circulaires d’application…

Le Ministre des Finances, M. Boussaid a créé un comité de pilotage qui, à ce jour, ne se réunit pas. On lui saurait donc gré, non seulement de l’activer pour le suivi des réformes, mais surtout pour accélérer le passage à l’action.

Et ce, comme, M. Abdeslam Aboudrar, Ambassadeur du Maroc au Royaume-Uni Londres l’a si justement préconisé dans son mot de conclusion du Capital Moroccan Market Days à Londres, il y a quelques jours !

Afifa Dassouli