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Feu vert israélien à la démolition d’un village bédouin emblématique

le 5 septembre 2018


La Cour suprême israélienne a donné mercredi son feu vert à la démolition d’un village bédouin palestinien devenu emblématique en Cisjordanie occupée, qui pourra intervenir à partir de la semaine prochaine.

Khan al-Ahmar, village principalement constitué de logements et de structures de fortune situé à l’est de Jérusalem près de colonies israéliennes, retient l’attention de gouvernements européens, de l’ONU et d’ONG qui cherchent à empêcher sa destruction.

Ils arguent que la démolition permettrait d’étendre les colonies et de couper en deux la Cisjordanie, rendant encore plus compliquée la création éventuelle d’un Etat palestinien indépendant, solution de référence de la plus grande partie de la communauté internationale pour résoudre le conflit avec Israël.

Mercredi, la Cour suprême a rejeté les recours contre la destruction du village. Dès la levée de la mesure judiciaire suspensive, prévue « dans sept jours », les autorités israéliennes pourront mettre en oeuvre l’ordre de démolition, selon la Cour.

Celle-ci avait déjà rejeté en mai un appel des habitants contre la démolition du village, construit illégalement selon les autorités israéliennes, mais avait suspendu provisoirement l’ordre de démolition à la suite de deux recours en justice.

Les autorités israéliennes ont offert aux habitants de s’installer près d’Abou Dis en Cisjordanie, mais ces derniers refusent, en faisant valoir que l’endroit proposé est situé à proximité d’une décharge, dans une zone urbaine où ils ne pourraient plus faire paître leurs animaux.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a applaudi sur Twitter la nouvelle décision de la Cour suprême.

« Je félicite les juges pour la décision courageuse qu’ils ont prises face aux attaques hypocrites orchestrées par Abou Mazen (Mahmoud Abbas, le président palestinien), la gauche et des pays européens », a-t-il dit.

« Personne ne nous empêchera d’exercer notre souveraineté et notre responsabilité en tant qu’Etat » ajouté le ministre.

– « Suivre le gouvernement » –

Les défenseurs des villageois justifient les constructions sans autorisation par la quasi impossibilité pour eux d’obtenir des permis dans une grande partie de la Cisjordanie, sous contrôle israélien.

Tawfiq Jabareen, avocat des habitants, a accusé la Cour suprême de « suivre le gouvernement de droite israélien ».

Interrogé sur la possibilité que les habitants consentent à partir pacifiquement, l’avocat a dit à l’AFP n’avoir « jamais vu quelqu’un rester les bras croisés quand il est expulsé et qu’on lui détruit sa maison ».

Israël occupe depuis plus de 50 ans la Cisjordanie où plusieurs communautés de bédouins se sont installées à l’est de Jérusalem, dans un secteur où selon des ONG de défense des droits de l’Homme, Israël projette d’étendre la colonisation.

Le 4 juillet, plus de 30 personnes ont été blessées, selon le Croissant-Rouge, lors d’affrontements entre forces de l’ordre israéliennes et manifestants, quand des équipements lourds, dont un bulldozer, ont été déployés autours du village.

Entre la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est annexée, plus de 600.000 colons israéliens vivent une coexistence souvent conflictuelle avec près de trois millions de Palestiniens.

Ces colonies rognent peu à peu les territoires sur lesquels les Palestiniens souhaitent créer leur État, et compromettent la continuité territoriale, donc la viabilité d’un tel État.

La colonisation est illégale au regard du droit international et considérée par une grande partie de la communauté internationale comme faisant obstacle à la paix avec les Palestiniens.

Le gouvernement israélien conteste que les colonies entravent la recherche de la paix et incrimine un refus palestinien d’accepter un État juif dans quelque frontière que ce soit.

LNT avec AFP

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