Festivals : “Let the music play”

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De nos étés, on retient volontiers les plages bondées, les mariages à rallonge, les embouteillages du retour ou les retrouvailles avec nos compatriotes du monde de retour au pays. Mais, l’été marocain est aussi la saison où le pays se met en musique et se raconte à voix haute à travers ses festivals.

Et, il faut le reconnaitre, pour la plupart d’entre nous, les festivals de musique et d’art sont ce qui se rapproche le plus d’un lien vivant et d’un rapport continu à la culture, la nôtre en particulier. Ce rituel rythmé et annuel peut paraitre une évidence aujourd’hui, mais il faut mesurer le chemin parcouru. Il n’y a pas si longtemps, aimer le Metal pouvait valoir une association à la sorcellerie et une accusation de satanisme, tandis que le moindre déhanché réveillait les injonctions à la pudeur des illuminés de la lampe. De cette époque-là à aujourd’hui, la distance est considérable, et elle s’est franchie en musique.

Car ce qui frappe désormais, c’est l’amplitude du phénomène. La production festivalière marocaine couvre tout le spectre des sensibilités du pays, des moussems aux arts populaires, de la culture amazighe aux musiques sacrées, des qraqebs et des guembris aux rythmes venus du monde entier. Il y en a, littéralement, pour tous les goûts.

Et c’est précisément là que tout se joue parce que tous les goûts, cela signifie aussi accompagner l’ouverture du Maroc, ou plutôt la confirmer, parce que notre situation géographique a toujours fait de nous un pays interfacé avec le reste du monde. Des légendes musicales ont toujours fait escale au Maroc, d’Essaouira à Tanger, reconnaissant l’apport de notre patrimoine à leur art avant nous.

Toutes ces éditions de Festivals organisés depuis bientôt trente ans, et encore plus à l’ère d’Instagram et de TikTok, représentent aussi des milliers d’artistes venus de tous les continents et de tous les horizons qui partagent leur univers avec nos concitoyens, le temps de fusions improbables, et qui repartent surtout avec un bout du Maroc en eux.

Cette circulation a fini par être consacrée au plus haut niveau. Certains rendez-vous, comme le Festival Gnaoua, ont porté si haut l’étendard de la culture marocaine que l’UNESCO a inscrit, en 2019, la musique gnaoua au patrimoine immatériel de l’humanité. Une musique née de l’esclavage et longtemps reléguée aux marges est devenue l’une des signatures du Royaume dans le monde.

Et puis, dans un Royaume où la régionalisation figure au cœur des objectifs royaux, ces festivals valorisent les régions, révèlent leurs attributs phares et donnent à voir un pays à la fois uni et pluriel. Chaque scène devient une vitrine, chaque édition un argument de plus pour un Maroc qui s’assume dans sa diversité et qui la célèbre.

Restent les cassandres. Elles continueront de fustiger les carrés VIP et l’argent des sponsors, comme s’il revenait au seul secteur culturel de résorber les inégalités d’un monde qui en déborde. Mais, en oubliant toujours l’évidence, la musique porte assez loin et assez fort pour toucher les âmes de tous ceux qui s’y exposent, qu’ils soient en tribune d’honneur ou debout dans la foule.

Last but not least, de Jazzablanca à Mawazine, de Gnaoua à Timitar, des Arts populaires aux Musiques sacrées, en passant par le Festival des Plages et tant d’autres dans tout le pays, face à des millions de festivaliers, ce sont des milliers de prestataires, d’employés, d’intermittents, d’artistes, de restaurateurs et de commerçants qui vivent désormais de cette dynamique. Une dynamique impulsée par des passionnés qui, longtemps, ont tenu la barre contre vents et marrées.

Let the music play.

Zouhair Yata

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