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Festival Gnaoua : Quand la culture se veut métissée

le 22 mai 2015


Pour cette 18ème édition, Essaouira la belle n’a pas dérogé à la règle et prouve, encore une fois, qu’elle peut se transformer en un lieu de rencontres, de magies et de vivre ensemble.

Après dix-sept années à célébrer l’identité marocaine et africaine, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde a, cette fois, donné la part belle aux nouvelles générations de musiciens. Une rencontre spirituelle pour le plus grand plaisir des curieux comme des habitués avec des artistes venus, notamment, du Maroc, d’Afrique subsaharienne mais aussi d’Afghanistan, Norvège, Guadeloupe et France.

Une cérémonie d’ouverture dans un esprit de famille

Sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le festival a débuté, le jeudi 14 mai 2015, par une parade représentant les traditions musicales gnaouies. Les Gnaouas, venus des quatre coins du pays, ont défilé au rythme incessant de leurs tambours (ganga) percé par les sonorités aigües de leurs crotales.

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Une foule, au visage métissé, s’est réunie pour apprécier le spectacle haut en couleurs. Petits et grands, occidentaux comme originaires d’Afrique ou d’Asie, tous se sont rassemblés dans la ville côtière d’Essaouira pour se laisser bercer par la magie de l’événement. Un festival dont la réputation dépasse les frontières.

Liberté, convivialité, universalité et fraternité

Pour le concert d’ouverture, la cithare est allée à la rencontre du guembri pour s’adonner à une fusion hors du temps et de l’espace entre le maâlem Hamid El Kasri et le musicien afghan Humayun Khan. Une réunion aux traditions musicales ancestrales contrastées que les deux comparses ont réussi à rendre, tant bien que mal, complémentaires. Ils étaient accompagnés par un joueur de tablas et un quatuor américain composé d’un batteur, un bassiste, une violoncelliste et un trompettiste.

Au fil de la prestation, une danseuse s’est ajoutée à la magie dans une incessante ronde derviche poussée par l’énergie des crotales gnaouas, venus en renfort avec les joueurs de trompes de la confrérie Issaoua. Une première prestation percutante et spirituelle rendue possible par le dynamisme du public, toujours avide de sonorités nouvelles.

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Sur cette audacieuse introduction, la scène Moulay El Hassan a accueillit une seconde fusion entre le maâlem Mustapha Bakbou, grande personnalité de la tagnaouite de Marrakech, et le groupe danois Mikkel Nordso Band. Une rencontre en terres africaines rafraîchie par les vents frais de Scandinavie, dont les sonorités jazz rock ont su se fondre harmonieusement avec le traditionnel art gnaoua.

Dans les rues, malgré une pénombre bien installée, la foule, elle, ne désemplissait pas. Chaque soir, des familles avec poussette discutaient le long des remparts pendant que des bandes de jeunes se délectaient des nombreuses merveilles, dont la médina sait si bien garder le secret. Du marchand ambulant au boutiquier, chacun gardait son rideau levé dans l’espoir de faire une dernière vente, de combler un dernier passant sur le chemin de son hôtel. C’est seulement aux alentours de trois heures qu’Essaouira la douce retrouvait son calme apparent. Laissant les ruelles aux innombrables chats errants, les véritables princes de la cité.

L’Afrique à venir

En dehors des nombreux spectacles, à l’heure où les joyeux lurons se laissaient encore bercer par les bras de Morphée, le festival a poursuivi sa réflexion autour du thème « Femme d’Afrique : créer, entreprendre » avec son Forum initié par le Conseil national des Droits de l’Homme. La femme, actrice majeure dans l’économie et présente dans tous les domaines, a élevé sa voix au travers d’éminents professeurs, anthropologues, artistes, militantes et chefs d’entreprise pour souligner le rôle essentiel qu’elle joue dans la transformation du continent.

Sous la forme de table ronde, ces rencontres ont permis au public comme aux invités de croiser leurs expériences, d’échanger mais surtout d’enrichir la position centrale de la femme dans les sociétés à venir.

La gent féminine s’est par la suite faite entendre, mais cette fois sur scène, par la chanteuse marocaine d’origine amazighe, Hindi Zahra. L’artiste a su réveiller les foules en mêlant des chansons de son nouvel album Homeland avec des morceaux phares du précédent. Un univers musical propre et poétique où la langue berbère s’est entendue avec la touche gnaouie de Mehdi Nassouli.

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Une programmation sans frontières

Au niveau international, il ne fallait guère plus qu’une thématique autour des musiques du monde pour que Les Ambassadeurs, groupe emblématique du Mali des années 70 et 80, décide de prendre domicile place El Menzah. Fraichement débarquée en costume cravate, la bande a ressuscité son univers jazz sous la houlette d’un Salif Keita toujours autant effréné, du groovie Cheick Tidiane Seck et d’Amadou Bagayoko du duo « Amadou et Mariam ». Une inspiration traditionnelle d’Afrique de l’ouest s’est ainsi mêlée à des sonorités plus funk et à des rythmes latinos.

Dans une ambiance fiévreuse, de petits groupes se sont formés au milieu de la foule pour s’adonner à des concours de danse. Acrobaties, déhanchés, mouvements saccadés; la transe chuchotait aux oreilles des amoureux de cette reformation, qui, trente ans après, surprenait toujours délicieusement.

Encore une fois, le Festival Gnaoua et Musiques du monde a su prouver que le métissage est possible. Qu’il n’y a pas de barrières entre les musiciens et les spectateurs puisque tout le monde vit en symbiose le temps d’un long weekend. Blancs ou Noirs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, tous se sont réunis à Essaouira pour participer à cette grande communion, à cette découverte musicale où les différences ne rendent que plus belle l’Humanité.

Arnaud Chastagner 

Crédit photos : Ahmed Boussarhane