La 29ᵉ édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde s’est ouverte jeudi soir à Bab Al Makina, avec une création originale mettant à l’honneur les artisans et les savoir-faire qui constituent l’un des fondements du patrimoine culturel marocain. Organisé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, l’événement se tient cette année sous le thème « Fès et les Mâalemines, gardiens du geste et du patrimoine ».
Intitulé « Anima Ex Materia, Du Ciel à la Terre », le spectacle inaugural a proposé une immersion dans l’univers des métiers d’art à travers une succession de tableaux mêlant musique, danse, lumière et performances visuelles. Des artistes venus du Maroc, mais aussi d’Inde, de Chine, d’Asie centrale, du Cambodge et des Balkans ont participé à cette création collective, conçue comme un hommage à la transmission des savoir-faire et au rôle des artisans dans la préservation du patrimoine matériel et immatériel.
Au fil de la représentation, les spectateurs ont été invités à parcourir symboliquement les ruelles de la médina de Fès et les ateliers où prennent forme les œuvres de dinandiers, potiers, forgerons, tisserands ou maîtres du zellige. Le spectacle a mis en scène les éléments fondateurs de l’artisanat traditionnel — l’eau, la terre, l’air et le feu — à travers des images inspirées des gestes ancestraux qui continuent de façonner l’identité culturelle de la cité idrisside.

La création a également proposé un voyage à travers différentes civilisations et traditions artisanales. Des références à la découverte de la soie dans la Chine ancienne, aux mosaïques antiques de Volubilis ou encore aux techniques de forge du sud marocain se sont succédé, illustrant les liens historiques entre les cultures et les échanges qui ont nourri les métiers d’art à travers les siècles.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence notamment de la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor, et du ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid.
À cette occasion, cinq jeunes artisans ont reçu le Prix « Jeunes Talents – Esprit de Fès », une distinction destinée à encourager la relève dans les métiers traditionnels. Les lauréats sont Nabil Idriss-Azami dans le brocart, Soukaina Moubtassim pour les selles brodées, Mohammed Ajana pour le cuir ziwani, Brahim Boulaghmoud pour les poufs en cuir brodé et Fatima Abdike dans la céramique de Meknès. Ils étaient accompagnés de leurs maîtres artisans respectifs, soulignant l’importance de la transmission intergénérationnelle dans la préservation de ces savoir-faire.
Cette ouverture a donné le coup d’envoi d’une programmation qui se déploiera durant quatre jours dans plusieurs sites emblématiques de la ville, notamment Bab Al Makina, les jardins de Jnan Sbil, la salle de la Préfecture de Batha ainsi que le Palais des congrès et de l’artisanat de Fès.
Selon les organisateurs, cette édition réunira quelque 160 artistes venus de différents pays pour 18 spectacles et concerts. Le programme fait la part belle aux traditions musicales du monde, avec notamment la chanteuse irlandaise Niamh Bury, l’Ensemble Yassawi et Qulansaz du Kazakhstan, le trio composé de Redi Hasa, Rami Khalifé et Bijan Chemirani, ainsi qu’une création réunissant plusieurs voix féminines d’Orient et d’Occident, parmi lesquelles Ghada Shbeir, Nabyla Maan, Kaushiki Chakraborty et Kat Frankie.
Parmi les temps forts annoncés figure également le concert de Sami Yusuf, artiste reconnu pour son travail autour des musiques spirituelles et des traditions musicales du monde.
Créé pour promouvoir le dialogue interculturel à travers la musique, le Festival de Fès des musiques sacrées du monde s’est progressivement imposé comme l’un des principaux rendez-vous culturels internationaux du Royaume. En 2001, il avait été distingué par les Nations unies comme un événement contribuant au dialogue des civilisations.
LNT
