Économie et Finance

La FED hausse son taux directeur et le monde entier s’en ressent !

par Afifa Dassouli | le 20 décembre 2016


C’est en fin de semaine dernière que la décision de la FED de resserrer le refinancement est tombée ! Celle-ci, même si elle était largement anticipée par les marchés, marque un tournant de la politique monétaire américaine.

En effet, la FED vient de procéder au changement de son taux directeur le 14 décembre dernier de 0,25 points de base à 0,75% alors que la Banque Centrale Européenne, BCE, avait maintenu le sien à 0% en mars dernier. Il faut rappeler que le dernier changement de taux de la Réserve Fédérale américaine datait de décembre 2008, c’est donc un changement de stratégie monétaire significatif qui vient d’être opéré par la FED.

Et si son taux directeur devrait poursuivre sa remontée progressive dans les prochains mois, cela marquerait clairement la fin de sa politique expansive et l’entrée dans une phase de resserrement de son refinancement.

Pas de yo-yo pour Yellen

Mais la question qui reste en suspens et qui suscite toutes les interrogations et supputations des milieux financiers, est de savoir jusqu’où ira la FED dans sa nouvelle démarche?

En effet, la remontée des taux directeurs de la FED se base sur la santé économique des Etats-Unis qui semble s’être améliorée. Les critères de croissance du PIB, du taux de chômage et du niveau de l’inflation sont déterminants en ce cas d’espèce.

Ils se sont effectivement améliorés, respectivement à 2,7% de croissance du PIB, moins de 5% de taux de chômage et moins de 1,5 % d’inflation. Ces performances sont nuancées toutefois par leur irrégularité dans le temps, notamment pour la croissance économique qui a varié d’un trimestre à l’autre, mais surtout parce que le taux de croissance n’est pas vraiment transcendant par rapport aux prévisions récentes qui estimaient que le PIB irait jusqu’à 4,7%.

Pour ces raisons, la FED, qui porte la responsabilité d’éviter de jouer au yo-yo et qui se doit d’agir en prévision d’un futur proche pour capitaliser sur la confiance, n’a augmenté son taux directeur que d’un quart de point et avancera très précautionneusement dans la remontée des taux, en confortant ses critères.

Toutefois, cette « petite « et première mesure de la FED a eu un grand effet dans le monde occidental et de diverses façons.

D’abord, elle commence à creuser un fossé, pour l’instant réduit, mais dont il faudra surveiller l’approfondissement, entre l’Europe et les Etats-Unis en matière de santé économique.

Quand on pense que la crise économique de 2007-2008 est venue des USA et qu’elle s’est répandue en Europe et dans le monde, la reprise économique de la première puissance du monde peut donner l’espoir d’un impact positif sur le Vieux continent et le reste de la planète !

Le Vieux continent à la peine

Un espoir certes refroidi par les chiffres de la croissance européenne qui sont inférieurs à 2% et même à 1,7%, l’inflation nulle, voire négative dans certaines économies les plus dépressives et des taux de chômage à des niveaux de 10%, tel celui de la France ou qui dépassent les 20% dans certains pays y compris les mieux lotis comme l’Espagne alors qu’ils frôlent les 25% en Grèce !

Par ailleurs, cette dernière hausse du taux directeur de la FED, aussi faible qu’elle soit, a eu pour conséquence une augmentation immédiate et conséquente du dollar, de plus de 7%, rapprochant la devise américaine de la parité avec l’Euro. Or, un dollar fort peut ralentir encore plus l’économie européenne ainsi que les économies émergentes. Pour commencer par ces dernières, elles sont déjà victimes de fuites de capitaux vers l’économie américaine largement en reprise comme l’atteste la flambée des marchés financiers new yorkais.

De plus, leurs monnaies se dévaluant vis-à-vis du dollar, renchérissent leurs importations alors même que leurs exportations, mêmes plus compétitives, ralentissent avec la morosité mondiale.

C’est le cas en particulier de la Chine qui était devenue le moteur des économies émergentes. Quant aux pays occidentaux, la croissance du dollar accompagnée d’une remontée du cours du pétrole à 52 dollars le baril, constituent largement des freins à leur croissance économique.

En Europe, la baisse de l’euro, du fait de la hausse du dollar, n’est pas bien accueillie parce qu’elle ne rendra pas les exportations plus compétitives notamment vers les Etats-Unis qui comptent fermer leurs frontières économiques, comme l’a souhaité et exprimé le « président élu » Donald Trump.

On comprend donc à tout cela que les raisonnements économiques classiques sont perturbés par les changements politiques survenus du fait des forts impacts et de la durée de la crise économique déclenchée en 2008.

Le dollar pourrait donc continuer dans sa hausse, en raison de la remontée des taux d’intérêts, mais aussi à cause de la nouvelle tendance isolationniste américaine !

Et nous ?

Le Maroc, en tant que pays qui s’ouvre de plus en plus et qui fait tout pour s’intégrer à l’économie mondiale, va également devoir assumer le retour à un dollar fort.

Même si les exportations de l’OCP libellées en dollars comptent beaucoup dans nos balances commerciale et des paiements et que nous importons beaucoup plus que nous n’exportons, nos partenaires commerciaux européens travaillent en euros.

Quant aux importations de pétrole, le Maroc subira un double effet, celui du retournement des cours et celui du renforcement du dollar…

Afifa Dassouli